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29 septembre 1902 : le romancier Emile Zola et son épouse asphyxiés. Accident ou meurtre. Hommage rendu à l'écrivain - Histoire de France et Patrimoine


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Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


Emile Zola meurt asphyxié le
29 septembre 1902 : hommage lui est rendu
(Extrait de « Le Figaro » du 30 septembre 1902)
Publié / Mis à jour le mardi 29 septembre 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
Le 29 septembre 1902, la nouvelle se répandait : Zola est mort asphyxié et sa femme est mourante. La plupart de ses amis se rendent à l’hôtel de la rue de Bruxelles, à Paris, doutant encore que cette stupéfiante nouvelle fût vraie. Au milieu du XXe siècle, la thèse de l’assassinat sera avancée, commis par Henri Buronfosse, ramoneur, militant de la Ligue des patriotes, et qui aurait délibérément bouché la cheminée des Zola en raison de l’engagement de l’écrivain dans l’affaire Dreyfus. Au lendemain de son décès, le critique littéraire André Beaunier rend un vibrant hommage à son œuvre dans un article du Figaro.

Émile Zola est mort. Un accident absurde et par son absurdité même terrifiant, a tué cet homme robuste que n’avait dompté nulle souffrance. Avec une émotion poignante, c’est l’hommage des plus humbles lettrés que j’apporte à la tragique mémoire de cet écrivain, l’hommage de quiconque est respectueux d’un immense effort d’art, entrepris énergiquement, continué sans relâche et sans défaillance jusqu’au dernier jour d’une laborieuse vie.

Émile Zola
Émile Zola

L’œuvre littéraire d’Émile Zola est admirée par les uns, détestée par les autres. Il fallait qu’il en fût ainsi. Aujourd’hui même qu’il est mort et que le drame de sa mort doit éveiller en toutes les âmes un pareil sentiment de déférence attristée, on ne saurait faire abstraction de l’hostilité que suscitèrent les hardiesses et l’intransigeance de son esthétique. Il voulait qu’il en fût ainsi. Il savait qu’une nouveauté dans l’Art, n’est jamais acceptée sans lutte, quand elle ne cherche pas à s’insinuer en douceur mais prétend s’imposer de vive force : elle provoque une résistance égale à son ardeur. Or, il avait cet orgueil et cette vaillance de ne consentir à nulle atténuation de son idée pour qu’on l’adoptât plus facilement.

Il fut un batailleur forcené, un impitoyable ennemi. Possédé par sa conception de l’Art, à elle tout entier, il ne s’inquiéta point du goût des autres qu’il contrariait ou blessait. Il est naturel que son œuvre ait soulevé de grandes haines. Lui-même haïssait. Mais sa haine n’était ni personnelle ni mesquine : elle résultait de sa foi complète et absolue dans la valeur de son idée. Avec un peu de scepticisme, il se fût montré plus conciliant et plus tolérant. Quelque grâce qu’on trouve à des littératures plus aimables, celle-ci, par sa brutalité courageuse, commande l’admiration de ceux même qui ne sauraient s’y plaire.

Réalisme, naturalisme, expérimentalisme, les mots n’importent pas. Mais ce qu’affirmait Zola dès sa première manifestation, c’est que l’Art procède directement de la nature. Il niait les poncifs surannés qui s’interposent entre l’artiste et la réalité, et il niait aussi les idéologies vagues qui altèrent la réalité, qui surtout l’appauvrissent et la privent de sa substance.

Lorsque Zola commença d’écrire et lorsqu’il conçut – avec quelle puissance cérébrale ! — l’œuvre qu’ensuite il lui fallut trente ans pour exécuter, toute la pensée occidentale subissait l’influence de la philosophie positive. Le mouvement d’idées qu’Auguste Comte avait produit se transformait en un superbe épanouissement scientifique. Alors, comme jamais, on crut à la Science, et par la Science on crut à la réalité. On attendit de la méthode expérimentale une authentique révélation du monde et, dans la hâte où l’on était d’une telle prise de possession de ce qui est par ce qui pense, on s’enivra de certitudes anticipées. Les métaphysiques ont survécu à ces espoirs ; le domaine de l’hypothèse est demeuré vaste et déconcertant. Mais une grande époque s’était déroulée pendant laquelle on avait eu la glorieuse illusion d’être en contact avec la Vie et d’en saisir le secret.

Témoin des progrès incessants de la Science positive, Zola mit toute sa confiance dans la méthode expérimentale qui autour de lui faisait merveilles. Tandis que les physiciens, les chimistes, les savants de toute espèce l’utilisaient pour leurs découvertes particulières, il la voulut appliquer, lui, aux si complexes phénomènes de la vie sociale. Les lois que les physiologistes formulaient — celle de l’hérédité, par exemple — il en aperçut l’efficacité dans le désordre apparent des faits sociaux. Ce qu’il vit illustrait les théories et celles-ci expliquaient ce que son observation constatait.

Et c’est pourquoi il entreprit cette œuvre colossale, qu’il rêva signifiante et démonstrative. Voici, en quelque sorte, un synthétique échantillon de la vie telle qu’on la dut concevoir aux plus beaux jours du positivisme scientifique. Zola, bon serviteur de la Science, lui a laissé ce monument de sa dévotion parfaite. Plus de quarante volumes, où la Vie se révèle en tous ses aspects, divers, contradictoires, étonnants. Et, dans ces quarante volumes, plus de douze cents personnages : chacun d’eux a son individualité marquée, son caractère, ses passions, ses frénésies, et chacun d’eux participe à la vie d’un groupe qui agit sur lui et sur lequel il agit, participe à la vie de collectivités plus amples et enfin participe à la vie totale des êtres et des choses, des animaux, des arbres et des pierres, dans l’unité de la substance.

Cette grandiose vision de la réalité fut celle de ce génial écrivain. C’est la Nature que son œuvre évoque, avec la somptuosité de son Tout, avec la misère de ses détails. « Il n’y a rien de vil dans la maison de Jupiter », — cette parole de Spinoza, il la faudrait inscrire en épigraphe sur le premier volume des « Rougon-Macquart ». Le panthéisme exclut l’idée du révoltant et du laid. La Maison de Jupiter, qui est l’Univers absolu, dans lequel le réel et le possible s’identifient, n’admet de hideurs ni de turpitudes et l’accidentel s’y résorbe dans la nécessité de ce qui est.

Aussi ne faut-il point envisager la crudité de ses peintures comme du cynisme indécent ! On l’a dit et il s’est dit lui-même réaliste. Il le fut, car il posséda le don suprême de voir la réalité, de l’aimer et d’en susciter de vives images. Mais il fut idéalisé plus encore. II ne lui suffit pas de reproduire la réalité telle quelle, il l’expliqua et il l’interpréta. Comme le savant tire des faits les lois de leur développement, il induisit des phénomènes sociaux qu’il observait leurs principes générateurs. Et ici sa féconde imagination s’est donné carrière, son imagination romantique et lyrique, ainsi qu’on l’a définie, son imagination prodigieuse qui complétait l’insuffisance des documents, parfois, et qui surtout élargissait jusqu’à l’énorme la réalité entrevue.

On a dit qu’il déformait la réalité, qu’il était donc un mauvais réaliste. Mille anecdotes courent sur la rapidité de ses enquêtes. Il ne conçut jamais la réalité toute seule, indépendante des idées que, suivant lui, elle contient, et c’est-à-dire, en somme, de ses idées à lui. En désespoir de cause, il déclarait que l’Art c’est la Nature telle qu’un tempérament la perçoit. S’efforça-t-il comme d’autres, comme Flaubert, comme le Tolstoï de jadis, d’être absent de son œuvre, de constituer son œuvre en dehors de lui ? Non, sans doute.

Son œuvre tout entière est pleine de sa pensée, pessimiste d’abord, et ensuite confiante dans la bonté définitive de la Vie. Le pessimisme des « Rougon-Macquart », jusqu’à l’Argent à peu près, est infini. Il résulte de la doctrine darwinienne : la lutte partout, la souffrance au tréfonds de tout, la mort condition de la vie. Êtres et choses, tout être et toute chose, sont en conflit cruel avec le reste de ce qui est ; ils n’ont d’autre force pour la lutte que celle de leur instinct vivace et aveugle, et ne peuvent obéir qu’à cet instinct qui est leur essence même.

On a reproché à Zola de n’avoir vu que tristesse et que mal. Pareillement, de bons esprits en veulent à La Rochefoucauld de ne diagnostiquer, en l’âme humaine, que l’égoïsme. Il est vrai. Mais notre souriante bonhomie n’a-t-elle point de telles objections à faire aux romanciers embellisseurs qui, eux, négligent mal et tristesse et transforment la Nature en une trop agréable idylle ? Zola réintégrait l’homme dans la Nature, et la Nature apparaissait tragique et sanglante dans les hypothèses des savants. Il la vit ainsi, il vit l’homme ainsi, bête plus compliquée que les autres, mais de pareille complexion.

Émile Zola photographié par Nadar
Émile Zola photographié par Nadar

Oui, telle fut sa terrifiante vision de la Vie, jusqu’à ce qu’enfin son pessimisme tombât devant l’étendue même de la douleur universelle. Il prit une conscience plus juste de la Vie quand il cessa de la considérer en ses effets et la prit pour le seul absolu de ce qui est. Il y a la Vie qui s’éploie et se développe et se diversifie suivant ses lois, suivant ses volontés obscures et fécondes. Il ne faut pas la juger par rapport à autre chose qu’elle-même ; elle est à elle-même sa fin, sa raison d’être et son principe. Elle est la substance de tout. Elle est belle et elle est bonne. Alors, il écrivit l’évangile de la Vie.

Je veux noter que cet optimisme vint à Émile Zola, dans le temps le plus douloureux, le plus cruel de son existence. Il avait essayé d’étendre au delà de l’œuvre littéraire ses idées et sa foi. Il souleva contre lui d’effrayantes hostilités qui ne sont pas encore apaisées. Un flot de haine le rejeta hors de son pays. Mais la souffrance personnelle ne modifia pas le dogme que sa pensée avait atteint : l’amour passionné de l’universelle Vie.

Voilà que disparaissent tous les grands écrivains d’hier. Qui les remplace parmi nous, hélas ! Flaubert, Daudet, Zola, ces trois amis, sont morts trop tôt pour les lettres françaises. Et la mort de chacun d’eux est bizarrement caractéristique de ce qu’ils furent. Flaubert est terrassé par l’opiniâtre labeur d’écrire ; Daudet succombe à ses nerfs fatigués de trop aigus frémissements, et la catastrophe où Zola périt a quelque chose de tragique et d’effrayant comme son œuvre.

Et c’est fini de ce visage que le génie tourmentait, de ce front « en forme de tour », de ces lèvres qui ne souriaient pas, de ces yeux attristés d’avoir trop longtemps vu la matière et ses jeux, de cette physionomie à la fois têtue et inquiète, de ces mains fortes et frissonnantes, de tout ce corps puissant, bâti pour la lutte.




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