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Coutumes et traditions. Contes pour enfants de Charles Perrault, Origine des Contes de Ma Mère l'Oie. Carrière de Perrault - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Contes de Ma Mère l’Oie de Perrault
ou l’itinéraire d’un talentueux autodidacte
(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1928)
Publié / Mis à jour le mardi 12 janvier 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Conteur, philosophe, avocat, architecte, académicien, Charles Perrault eut une existence bien remplie, écrivant de longs poèmes, polémiquant avec Boileau sur l’éternelle question des Anciens et des Modernes, conseillant Colbert, révolutionnant les mœurs de l’Académie, aidant son frère Claude dans l’édification de la merveilleuse colonnade du Louvre. Mais si son nom passa à la postérité, c’est grâce à huit petits contes naïfs destinés à amuser les petits enfants...

Ces Contes de Ma Mère l’Oie, qui bercèrent et charmèrent nos jeunes ans, ces contes dans lesquels tant de générations, depuis plus de trois siècles — Perrault les publia en 1697 — ont appris à lire, ces contes, les petits Français d’aujourd’hui les connaissent-ils encore ?... Et si Perrault vit encore dans la mémoire populaire, c’est bien moins aux enfants qu’aux amis du folklore et des traditions qu’il le doit.

Au surplus, notre conteur n’eut pas un seul instant l’idée que ces bluettes, qu’il écrivit en se jouant, le mèneraient à l’immortalité. Il avait maintes raisons d’espérer une gloire fondée sur de plus nobles travaux. Né à Paris le 12 janvier 1628, il fit de bonnes études au collège de Beauvais.

Charles Perrault
Charles Perrault

Tout jeune, il se sentit piqué de la tarentule littéraire. Le burlesque, en ce temps-là, faisait fureur. Cyrano de Bergerac était l’auteur à la mode. On annonçait la publication prochaine d’un Enéide travesti, par Scarron, dont la première partie parut en effet en 1648. Charles Perrault, délibérément, se lança dans le burlesque et, s’étant mis en tête de distancer Scarron, il parodia le plus beau chant de l’Enéide.

C’est dans cette traduction burlesque de Perrault que se trouvent ces vers qui enchantèrent Cyrano, et que Voltaire et Marmontel attribuèrent à tort à Scarron, les déclarant les meilleurs de son Virgile travesti :

J’aperçus l’ombre d’un cocher
Qui, tenant l’ombre d’une brosse,
Nettoyait l’ombre d’un carrosse.

Mais, tout en se livrant à ces fantaisies poétiques, Perrault n’en poursuivait pas moins des études d’un ordre plus sévère. Il faisait son droit. Bientôt il fut reçu avocat. Cependant il ne plaida guère. « Ennuyé, suivant sa propre expression, de traîner une robe dans le palais », il quitta le barreau pour l’administration. Son frère aîné, receveur général des Finances de Paris, le prit comme commis. Cette place lui laissait des loisirs. Il en profita pour se livrer tout entier à son goût pour la poésie. Quelques pièces galantes le signalèrent à l’attention des amateurs. Un Dialogue de l’Amour et de l’Amitié eut l’heur de plaire au surintendant Fouquet, qui le fit transcrire sur vélin et adorner de magnifiques illustrations.

Perrault n’était pas moins bon courtisan que bon poète. Deux odes, l’une sur la Paix des Pyrénées, l’autre sur le Mariage du Roi, éveillèrent l’intérêt de Colbert, qui s’attacha l’auteur et le nomma premier commis de la surintendance des bâtiments. Dans cette fonction, Perrault rendit de grands services aux artistes et s’assura de précieuses amitiés.

Colbert ayant décidé de créer une petite académie chargée de fournir des devises latines pour les bâtiments royaux, il inscrivit d’abord le nom de Perrault. On voit que cette compagnie fut l’embryon d’où sortit plus tard l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le grand ministre tenait en si haute estime son commis qu’il ne faisait rien sans le consulter.

Sait-on, par exemple, que c’est à Perrault que les Parisiens d’alors durent de pouvoir aller se promener librement aux Tuileries ? Colbert, ayant fait replanter le jardin, voulait le fermer au public. « Cette résolution, dit Perrault, me parut bien rude et bien fâcheuse pour tout Paris ». Et le brave homme plaida la cause des Parisiens : il représenta au ministre que les femmes et les enfants qui venaient là respectaient les plantes et les fleurs, et que les égrotants n’avaient nul autre endroit pour respirer un air balsamique... Tant et si bien que Colbert changea d’avis, et que les portes des Tuileries demeurèrent ouvertes aux Parisiens.

Elu membre de l’Académie française en 1671, Perrault ne tarda pas à suggérer quelques réformes importantes dans le règlement de l’illustre compagnie. Avant lui, les discours académiques n’avaient d’autres auditeurs que les académiciens eux-mêmes. La Compagnie ne recherchait par les suffrages de la foule. C’est après son admission que les séances devinrent publiques.

« Le jour de ma réception, écrit Perrault dans ses Mémoires, je fis une harangue dont la Compagnie témoigna être satisfaite, et j’eus lieu de croire que ses louanges étaient sincères. Je leur dis alors que mon discours leur ayant fait plaisir, il aurait fait plaisir à toute la terre si elle avait pu m’entendre ; qu’il me semblait qu’il ne serait pas mal à propos que l’Académie ouvrît ses portes aux jours de réception. Ce que je dis parut raisonnable ».

Frontispice de l'édition originale des Contes de Perrault
Frontispice de l’édition originale des Contes de Perrault

Et l’Académie adopta le vœu de Perrault. Désormais le public fut convié aux réceptions : le « beau monde » s’y pressa. L’Académie, peu connue jusqu’alors, devint célèbre, et, suivant le mot du bon Perrault, « fit le sujet des conversations ».

C’est à cette époque que se place la grande querelle des Anciens et des Modernes, qui divisa longtemps Perrault et Boileau. Le premier, dans un poème intitulé Le siècle de Louis le Grand, s’était laissé aller, pour mieux exalter son temps, à traiter de façon fort irrespectueuse l’antiquité. Boileau protesta. Perrault s’obstina et écrivit un Parallèle des Anciens et des Modernes, dans lequel il témoignait pour les grands écrivains de la Grèce et de Rome, le même dédain que deux siècles plus tard les romantiques devaient manifester pour nos auteurs classiques.

Eternel sujet de dispute que celui-là. Mais la querelle, cette fois, prit un tour singulièrement violent. Boileau morigéna de la belle façon le sacrilège qui osait insulter à la gloire des Anciens. Il ne fallut pas moins que l’entremise du grand Arnauld, de Racine et même de Bossuet pour clore le différend et amener les deux adversaires à se réconcilier.

Il semble que cette épreuve ait épuisé la nature combative de notre homme. Il évita dès lors toute matière à discussion et se consacra à des travaux de tout repos : quelques éloges des hommes illustres de son siècle et la rédaction de ses Mémoires, lesquels, en dépit de quelques longueurs, sont infiniment précieux pour l’étude des mœurs du temps.

On ne sait trop pour quelle raison, à cette époque, la faveur du roi l’abandonna. Le courtisan déçu fit place au philosophe. Dans une confortable maison du faubourg Saint-Jacques, que sa femme lui avait apportée en dot, Perrault se retira et se consacra à l’éducation de ses enfants. C’est pour eux qu’il écrivit ces délicieux Contes de Ma Mère l’Oie, qui devaient assurer à son nom l’immortalité.

Oh !... il ne les inventa pas... Sainte-Beuve observe fort justement que les contes de Perrault « ne sont pas de ceux qui sentent l’œuvre individuelle ». Et il ajoute : « Perrault n’a été que le secrétaire. Mais il n’a pas été un secrétaire comme tout autre l’eût été. Dans sa rédaction juste et sobre, encore naïve et ingénue, il a atteint à la perfection du conte pour la race française... La vérité, avec lui, se continue même dans le merveilleux ». Il y a, en effet, dans les contes de Perrault, une ingénuité qui met au niveau le conteur et l’enfant qui l’écoute. Tous ces récits existaient avant Perrault : il les a recueillis et parés du merveilleux coloris de son style naïf et pur.

Ses personnages sont habillés à la mode du jour. Quand les sœurs aînées de Cendrillon se présentent pour aller au bal, elles mettent leur habit de velours rouge et leur garniture de dentelle d’Angleterre ; elles envoient quérir la bonne coiffeuse pour dresser leur cornette à deux rangs et font acheter des mouches. Des deux frères qui délivrent la femme de Barbe-Bleue, l’un est dragon et l’autre mousquetaire. Quand l’ogresse de la Belle au Bois Dormant veut manger ses petits-fils, elle songe à les accommoder à la sauce Robert. Et la sauce Robert venait d’être tout récemment inventée.

Que de détails du même genre ne pourrait-on pas citer où l’on verrait le rusé conteur s’inspirer habilement des faits d’actualité ! Où prit-il son bien ?... Mais partout, dans les contes bleus qui nous venaient des traditions les plus diverses et les plus lointaines.

L’histoire de Peau d’Ane, par exemple, savez-vous qu’elle existe dans le Pantcha-Tantra, un recueil de contes de l’Inde ancienne ? Quand La Fontaine écrivit :

Si Peau d’Ane m’était conté,
J’y prendrais un plaisir extrême.

ce n’était pas du conte de Perrault qu’il parlait, puisque le conte de Perrault n’était pas encore écrit.

De même, rappelez-vous la scène du Malade Imaginaire, dans laquelle Argan interroge la petite Louison sur la conduite de sa grande sœur Angélique. « Dites-moi tout ce que vous savez », fait-il d’un ton sévère. Et la fillette lui répond avec une malicieuse candeur : « Je vous dirai, si vous voulez, le conte de Peau d’Ane, qu’on m’a appris depuis peu. »

Le Petit Poucet
Le Petit Poucet

Or, quand Molière écrivait ce dialogue, Perrault n’avait pas encore commencé son livre. Louison, pourtant, connaissait déjà le conte de Peau d’Ane : elle le connaissait sans doute par le récit de sa gouvernante. Au surplus, vingt ans plus tard, Perrault, dans sa préface, nous dira que, tous les jours, grands-mères et gouvernantes en amusaient les enfants.

Il en est de tous les autres contes comme celui de Peau d’Ane. Ils se retrouvent, avec plus ou moins de variantes, dans les traditions de tous les peuples. On a découvert naguère un certain Pentamerone, recueil de contes écrits dans la première moitié du XVIIe siècle, en patois napolitain, pour l’amusement des petits enfants de la Campanie.

On y lut, non sans surprise, la Belle au Bois Dormant, le Chat Botté, Cendrillon... « Voilà, s’écria-t-on, le nid d’où Perrault a tiré de si jolis oiseaux ! » Eh bien non ! Il est peu probable que Perrault ait connu ce Pentamerone. Il n’avait pas besoin de cela pour que ces contes fussent venus jusqu’à lui. A l’époque où il les écrivit, ces récits de bonne vieille, ces Contes de Ma Mère l’Oie — car on les appelait ainsi et ce n’est pas Perrault qui inventa ce titre — attiraient l’attention de la haute société. C’était un jeu de salon.

On n’imagine pas l’attrait que la littérature féerique eut alors sur les esprits. On se passait de main en main les contes de Perrault ; on les lisait dans les salons. Les personnages les plus graves y prenaient goût. Fénelon, pour instruire le petit-fils d’un roi, ne dédaignait pas d’appeler les fées à son aide.

« O l’heureux temps que celui de ces fables ! » disait plus tard Voltaire, qui préférait les jolies histoires naïves de Riquet à la Houppe, du Petit Poucet, de la Belle au Bois Dormant ou du Petit Chaperon Rouge, aux prétentieuses élucubrations des conteurs moralistes de son époque.




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