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De la création à la destruction de l'Ordre du Temple. Doctrine des Templiers. Procès intenté par Philippe le Bel et pape Clément V - Histoire de France et Patrimoine


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Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


Destruction (La) de l’Ordre du Temple :
nécessaire à la préservation
de l’Église et de l’État ?
(D’après « Les Sectes et Sociétés secrètes, politiques
et religieuses. Essai sur leur histoire depuis les temps
les plus reculés jusqu’à la Révolution française », paru en 1863)
Publié / Mis à jour le dimanche 20 mars 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Si nombre d’historiens s’accordent à reconnaître le caractère inique de la procédure judiciaire intentée aux Templiers, laquelle conduisit à leur effondrement temporaire, l’essayiste Le Couteulx de Canteleu tente au milieu du XIXe siècle d’en expliquer selon lui les réelles motivations, et en quoi nécessité fit alors loi : après deux siècles d’existence, la puissance menaçante que constitue l’Ordre du Temple au début du XIIIe siècle, et qui déjà ébranle les pouvoirs spirituel et temporel, bute sur un inflexible Philippe le Bel — auquel le pape Clément V emboîte le pas – qui voit en l’accusation d’hérésie et de pratiques diaboliques le plus sûr moyen de tuer dans l’œuf une doctrine s’appuyant sur un système d’affiliation maçonnique visant à détruire l’Église et l’État

C’est en 1863 que le capitaine de cavalerie Jean-Emmanuel Le Couteulx de Canteleu (1827-1910), plus tard auteur d’un Manuel de la vénerie faisant encore autorité, publie un ouvrage intitulé Les Sectes et Sociétés secrètes, politiques et religieuses. Essai sur leur histoire depuis les temps les plus reculés jusqu’à la Révolution française, cité en tête de chapitre dans Le Pendule de Foucault, roman paru en 1990 de l’érudit Umberto Eco — auteur du célèbre Nom de la rose — mettant en scène un homme imaginant un plan mondial organisé pour diriger le monde.

Couteulx de Canteleu explique que du grand mouvement des croisades allait naître une association redoutable et pour l’Église et pour les États. Au moment des croisades, il existait, en Orient, des chrétiens schismatiques qui s’intitulaient frères d’Orient, et dont il est nécessaire d’expliquer la doctrine pour comprendre, notamment, les croyances futures des Templiers.

Croyances des Chrétiens d’Orient
Suivant cette doctrine, les prêtres d’Égypte, législateurs, juges et pontifes, adeptes de premier ordre, conservant le dépôt des connaissances métaphysiques et des sciences naturelles, ne présentaient au vulgaire qu’une théologie extérieure composée de dogmes absurdes et de pratiques extravagantes, mais qui tendaient à donner plus d’empire à la superstition et à consolider leur gouvernement. Moïse, initié lui-même et profondément instruit de tous ces mystères, finit, avec l’aide de Dieu, par délivrer ses compagnons, laissa la doctrine épurée à Aaron et aux chefs des Hébreux, qui furent divisés en plusieurs classes, selon l’usage des prêtres égyptiens.

Sculpture représentant Salomon portant le Temple
Sculpture représentant Salomon portant
le Temple (cathédrale de Laon)
Suivant cette même doctrine, Salomon construisit le temple de Jérusalem pour garder le dépôt sacré des lois et des règles secrètes transmises par Moïse, et légua à ses Élus le soin de leur conservation ; mais Nabuchodonosor II — roi de Babylone entre 604 av. J.-C. et 562 av. J.-C. —, après avoir pris trois fois la cité sainte, irrité de la résistance pendant un an de siège, fit détruire le temple de fond en comble par son général Nabuzardan, en enleva tous les trésors, et emmena le roi et peuple captifs à Babylone (600 av. J. C). Les maîtres pleurèrent le sort du temple ; mais, après soixante-dix semaines de captivité, Cyrus rendit la liberté au peuple juif et remit à Zorobabel, alors leur chef, les trésors du temple.

A peine de retour à Jérusalem, les élus qui s’étaient succédé en se perpétuant la tradition recherchèrent l’entrée de la voûte qui avait échappé aux destructeurs, et, l’ayant trouvée, résolurent de détruire le piédestal de toute science pour le soustraire à tout nouveau danger de découverte ; ils brisèrent donc la pierre, fondirent le Delta en or et convinrent de se transmettre les mystères par la seule tradition. Travaillant alors à la reconstruction du temple mais inquiétés par leurs ennemis, ils furent forcés de travailler l’épée d’une main, la truelle de l’autre. Bientôt les Romains vinrent attaquer la Judée, prirent et rasèrent Jérusalem, et dispersèrent la nation (70 av. J. C). Plusieurs des maîtres restèrent sur les lieux et conservèrent la tradition, tantôt sous les Romains, tantôt sous les Sarrasins, attendant l’heure où ils pourraient rebâtir le temple.

Toujours selon cette doctrine, Jésus-Christ parut ensuite ; pénétré de son esprit divin, élevé à l’école d’Alexandrie, il sut, quoique enfant, parvenir à tous les degrés de l’initiation égyptienne, et, conduit à Jérusalem, dévoila aux chefs de la synagogue les nombreuses altérations que la loi de Moïse avait subies entre les mains des Lévites. Il les confondit par la force de son génie et l’étendue de son savoir, mais les prêtres juifs aveuglés persistèrent dans leurs erreurs. Jésus-Christ, dirigeant le fruit de ses méditations vers la civilisation universelle et le bonheur du monde, déchira le voile qui cachait la vérité, prêcha l’amour de Dieu et de ses semblables, et l’égalité de tous les hommes, et, confirmant par son sacrifice les dogmes célestes, fixa pour jamais sur la terre, avec son Évangile, la religion de l’éternité. Il conféra l’initiation évangélique à saint Jean le disciple bien-aimé et aux autres apôtres, et les divisa en plusieurs ordres, ainsi que cela se pratiquait chez les prêtres égyptiens et hébreux.

Saint Jean l’évangéliste, disciple de saint Jean-Baptiste, à l’école duquel il avait déjà puisé le germe de ses profondes connaissances, s’attacha à son divin maître, eut seul, dans la nuit fatale, le privilège de connaître le traître qui devait le livrer, seul eut le courage de l’accompagner au supplice, et seul reçut le dernier gage de la tendresse de son divin ami. Apôtre de l’amour fraternel, il ne quitta jamais l’Orient, et sa doctrine, toujours pure, ne fut altérée par le mélange d’aucune autre doctrine. Saint Pierre et les autres apôtres portèrent les dogmes de Jésus-Christ chez des peuples lointains ; mais forcés, pour propager la foi, de se prêter aux mœurs des diverses nations et même d’admettre des rites particuliers, des nuances et des changements se glissèrent dans la doctrine des sectes chrétiennes.

Saint Jean, relégué dans l’île de Pathmos, y présida une assemblée générale des frères, auxquels il donna des lois et des statuts. Il y composa l’Apocalypse, ce livre étonnant où il détaille les forfaits du despotisme représenté par la bête à dix cornes et à sept têtes de rois, et célèbre le triomphe futur de la liberté représentée par les anges qui vengent le sang des martyrs en écrasant la bête, domptant ses armées et réduisant en cendres la grande Babylone. Saint Jean mourut à Éphèse, et les frères élevèrent, dans la suite et sur ses cendres, un temple magnifique qui disparut plus tard, avec presque tous les autres monuments de la Grèce.

Hugues de Payns, fondateur et premier maître de l'Ordre du Temple
Hugues de Payns, fondateur et premier
maître de l’Ordre du Temple
Les mystères de l’initiation égyptienne, transmis aux Juifs par Moïse, aux Chrétiens par Jésus-Christ, furent religieusement conservés par les successeurs de saint Jean l’apôtre, rapporte Le Couteulx de Canteleu, et ces mystères et ces initiations, régénérés par l’initiation évangélique, étaient un dépôt sacré, gardé par les frères d’Orient.

Ceux qui étaient restés à Jérusalem fondèrent un hospice en faveur des pèlerins qui venaient visiter le temple, et les maîtres élus, qui s’étaient retirés loin de Jérusalem, et qui étaient restés cachés dans les déserts de la Syrie et de la Célésyrie — région du sud de la Syrie antique —, et autour du mont Liban, où ils se gouvernaient suivant leurs lois, prirent le nom d’Esséniens et se livrèrent de nouveau à l’étude des sciences occultes, et du grand œuvre qu’ils avaient négligé depuis Salomon. Ceux qui étaient devenus chrétiens prirent le nom de Thérapeutes, et restèrent, néanmoins, attachés à leurs frères et initiés comme eux. On les nommait aussi Kadosh ou saint, séparé, régénérateur. Les croisades annoncées, les maîtres élus et les Thérapeutes accoururent, sentant renaître en eux l’espoir de la reconstruction du temple.

Fondation de l’Ordre du Temple
Telles étaient les croyances d’une partie des chrétiens d’Orient au moment où neuf chevaliers français, Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer, Roral, Godefroy Bisol, Pagan de Montdidier, Archambault de Saint-Aignan, André de Montbard, Gondemar et Hugues de Champagne, fondèrent l’ordre du Temple, dont le but premier était de secourir, soigner et défendre les Pèlerins. Baudouin II — roi de Jérusalem de 1118 à 1131 — les reconnut et leur permit de s’établir sous le parvis du temple de Jérusalem. En 1128, le grand Concile étant réuni à Troyes, ils vinrent se faire confirmer et par le concile et par le pape, et saint Bernard, leur protecteur, neveu d’André de Montbard, leur donna une règle.

Puis ils retournèrent en Syrie après avoir parcouru l’Europe, dont les princes et les peuples les dotèrent richement, en même temps qu’une masse de gentilshommes grossissaient leur nombre. C’est alors que les chrétiens d’Orient, persécutés et appréciant le courage de ces chevaliers, crurent devoir leur confier ce qu’ils considéraient comme le trésor des connaissances acquises depuis tant de siècles ; ils les reçurent, les initièrent, leur inculquèrent leur doctrine, et Hugues fut revêtu du pouvoir patriarcal, et placé dans l’ordre, pour eux légitime, des successeurs de saint Jean l’évangéliste.

Baudouin II accueillant Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer
Baudouin II accueillant Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer

Les Templiers firent de grandes conquêtes sur les Maures, en Espagne et en Portugal, et s’établirent dans le Temple de Paris, dont ils possédaient le quartier composé de marais. Leurs exploits allaient bientôt remplir toute l’histoire des Croisades, et en même temps allaient retentir les plaintes que faisaient contre eux et les princes croisés, qui venaient y combattre, et les autres ordres religieux. Le Couteulx de Canteleu explique qu’avec l’esprit qui présidait à leur organisation et le but qu’ils se proposaient, renouvelant, dans leur ordre, le système religieux et despotique des prêtres égyptiens, pour lesquels les vices et la superstition des masses n’étaient qu’un moyen d’empire plus grand et de gouvernement plus facile, ils laissèrent introduire dans l’ordre les vices de l’Orient. Pendant les deux siècles qu’ils occupèrent la Syrie et le Liban, poussés par le besoin de dominer des nations de races et de religion différentes, ils y jetèrent les bases d’une doctrine profonde et secrète, et établirent un système d’affiliation maçonnique, mélangé de leurs propres cultes et initiations, avec celle d’une partie des musulmans, les Assassins.

L’Ordre des Assassins
Les Assassins ou Hachichiens étaient une branche des Ismaéliens de l’Est dont les premières bases avaient été jetées par le sultan Hakem, qui avait fondé au Caire, vers la fin du XIe siècle, une loge franc-maçonnique où l’on enseignait la philosophie, les mathématiques et une doctrine secrète, poursuit Jean-Emmanuel Le Couteulx de Canteleu. Les initiés, après avoir passé par plusieurs grades, finissaient par apprendre à ne rien croire et à enseigner que tout était permis. Le sultan disparu, ses sectateurs croyaient qu’il devait se perpétuer par une filiation secrète, mais suivie, jusqu’à l’arrivée d’un Iman qui viendrait les délier de l’observation de toutes les lois.

Hassan ibn al-Sabbah, initié, chassé du Caire, propagea cette doctrine en parcourant les provinces, et vint se fixer à Damaghan, puis à la forteresse d’Alamût dont il s’empara par ruse en 1090. Là il se fortifia et jeta les bases de son système politique et religieux, qui peuvent se résumer ainsi : « Rien n’est vrai ni défendu, tout est permis. » Il établit une hiérarchie : 1° le grand Maître, Vieux ou Prince de la Montagne ; 2° les Daïlkebir ou grands prieurs ; 3° les Daïs ou maîtres initiés ; 4° les Réfiks ou compagnons (ces derniers et les grades suivants ne jouissaient point du privilège de l’initiation) ; 5° les Fédavis ou dévoués, puis les aspirants et les profanes. La hiérarchie spirituelle avait aussi sept degrés, et le catéchisme, sept parties, dont la première comprenait les préceptes sous la forme symbolique et la dernière l’interprétation allégorique. Les membres avaient des mots et des signes de reconnaissance, entre autres une petite pierre noire taillée ou en forme d’animal, ou à deux têtes féminines.

Hassan ibn al-Sabbah, fondateur de l'Ordre des Assassins
Hassan ibn al-Sabbah, fondateur
de l’Ordre des Assassins
On sait que c’est dans son vaste palais, au milieu des montagnes, que le Vieux de la Montagne élevait un grand nombre de jeunes gens à obéir aveuglément à ses ordres. Il les enivrait avec le hachich, qui les plongeait dans les rêves les plus agréables, puis les transportait dans des jardins enchantés où tous les plaisirs leur étaient offerts. Les excès et l’ivresse continue du hachich les amenaient à un degré d’illuminisme tel qu’ils devenaient des sectaires dévoués, prêts à courir à la mort et à propager sa puissance par les armes et l’assassinat. Hassan II, troisième prince des Hachichiens, ayant dévoilé les mystères de l’Ordre, périt comme tous les grands Maîtres de cet ordre terrible, sous le poignard de Mahomet II, qui lui succéda, fit assassiner Conrad de Montferrat, et envoya le grand prieur à Jérusalem.

C’est alors que les Templiers, voyant le royaume de Jérusalem marcher rapidement vers sa ruine, et voulant conserver leurs possessions de Palestine, firent alliance et traité avec les Assassins. Il paraît positif que ce fut Guillaume de Montbard qui reçut du Vieux de la Montagne l’initiation maçonnique dans une caverne du Liban, et la transmit à ses compagnons qui tous furent initiés au culte maçonnique ; de là, plus tard, dans le procès, ces graves accusations inexpliquées, relatives au Baphomet, la pierre noire, car les Assassins, adonnés à une partie des croyances des Ophites, étaient coupables d’idolâtrie et d’immoralité, et le Baphomet ou Baptême de Meté, de feu, était représenté sous les deux sexes, comme symbole de la sensualité et interprété chez les Ophites par le mélange des sens.

C’est ce qui explique comment les Druzes futurs expliquèrent descendre des chevaliers des Croisades, ce que leur grand émir Fakardin déclarait à la cour des Médicis, en invoquant l’appui de l’Europe contre les Turcs, et ce qui est si souvent rappelé dans les lettres patentes de Henri IV et de Louis XIV en faveur des peuples du Liban, avec lesquels les Templiers avaient fait des alliances si puissantes, en prenant la succession du patriarcat des frères d’Orient et en recevant l’initiation maçonnique des Hachichiens.

Ainsi s’expliquent, et les Druzes parlant de leurs coreligionnaires d’Europe, principalement de ceux des montagnes d’Ecosse (la Loge mère Hérodon de Kilwinning), et les francs-maçons fondant, en France, les loges des Druzes réunis, des commandeurs du Liban, etc., et comment un franc-maçon, voyageant dans le Liban, peut se faire reconnaître des Druzes qui lui demanderont probablement sa pierre noire qu’ils ont conservée, et qui fut le Baphomet si inexpliqué du procès des Templiers, avance Le Couteulx de Canteleu, qui ajoute qu’on comprend dès lors pourquoi les chevaliers avouèrent, dans leurs interrogatoires, rejeter presque tous les sacrements, à leurs yeux, institués par saint Pierre et ses successeurs, la messe, la confession, le mariage, etc., et pourquoi ils célébraient un sacrifice eucharistique suivant le récit de la Cène par saint Jean.

Condamnation de l’Ordre du Temple
Cependant l’ordre du Temple avait acquis, en peu d’années, une puissance immense ; cinquante ans après son institution, il n’existait point, en Europe, de potentats aussi riches. Ses biens et son pouvoir ne firent qu’augmenter, et l’Ordre finit par posséder plus de neuf mille manoirs et un revenu de plus de 2 millions lorsque le roi n’avait que 80 000 livres. Le faste des chevaliers était prodigieux ; leur marine faisait la course dans le Levant, et le trafic des prises.

Les donations qui leur étaient faites, les dots que les frères apportaient à l’ordre, le trafic des réceptions, les sacrifices que s’imposaient les familles pour y faire entrer leurs enfants, le change et la banque établis dans diverses maisons pour les croisés ou les pèlerins allant au delà des mers, les fonds que l’Ordre prêtait aux princes et aux États, enfin les trésors transportés d’Acre à Chypre et de Chypre au Temple, tout cela en faisait une puissance imposante. Le nombre immense des affiliés, la facilité de ranger sous sa bannière, en divers points, de gros corps de troupes ; des ressources en argent suffisantes pour soudoyer des auxiliaires, comme ils le faisaient en Palestine avec les Tartares pris à leur solde ; une milice supérieure à toutes celles de l’Europe en bravoure, en discipline et en tactique, une masse de forteresses répandues sur tous les points importants, une flotte puissante en Orient, et jointes à cela, la vigueur et la force du régime, sous le pouvoir entier et despotique du grand Maître, l’activité dans l’intrigue et l’habileté dans la politique suivie, rendaient cette puissance encore plus redoutable, explique notre essayiste.

D’ailleurs, bien des causes de haine existaient encore entre eux. Après les Vêpres siciliennes, et le frère de saint Louis chassé du trône, les Templiers avaient donné des secours aux Aragonais, auteurs de cette révolution, ce qui avait profondément blessé Philippe le Bel. A l’époque des démêlés avec Boniface VIII, ils avaient fait sortir de France de grandes masses d’argent, contrairement aux ordonnances. Dans les émeutes de Paris, au sujet de l’altération des monnaies, ils s’étaient montrés ouvertement contre l’autorité royale, et actifs à souffler le feu qui s’allumait contre elle. Dans tous les États où ils résidaient, ils ne voulaient reconnaître aucune autorité temporelle ni spirituelle ; en Espagne ils avaient opposé une résistance terrible à l’autorité royale, et à Mayence ils avaient montré une attitude menaçante.

Le dernier grand maître de l’Ordre du Temple, Jacques de Molay (né entre 1240 et 1250), avait puissamment aidé le seigneur de Tyr à détrôner le roi de Chypre Henri II de Lusignan, qui parvint pourtant en 1285 à reprendre ses États ; enfin l’ordre avait ouvertement soutenu les peuples croates dans leur insurrection contre leur duc André, afin de leur donner un nouveau prince de son choix. Leur attitude, leurs tentatives pour s’immiscer dans les secrets d’État, le silence et les mystères dont ils enveloppaient leur administration intérieure et leur politique extérieure, tout cela devait les rendre suspects à l’autorité royale, d’autant plus qu’on parlait ouvertement de plans tendant au renversement des trônes et à l’établissement d’une république aristocratique.

Certes, cela suffisait bien pour mettre sur ses gardes le gouvernement, surtout quand il était dans les mains d’un homme comme Philippe le Bel. Quant à leurs croyances et à leurs hérésies, elles devaient être probablement connues du pape et l’effrayer pour l’Église ; et c’est sans doute pourquoi on aima mieux les accuser d’hérésies bizarres, de croyances absurdes, de rapports diaboliques, plutôt que de divulguer une croyance qui, avec le martyre, eût pu faire de nombreux prosélytes.

Certes, ajoute Jean-Emmanuel Le Couteulx de Canteleu, loin de moi la pensée de défendre la procédure cruelle suivie contre plusieurs membres de l’Ordre, et la torture appliquée dans la suite aux interrogatoires ; loin de moi la pensée de croire toutes les absurdités dont on les accusa à dessein, probablement. Mais, au milieu de toutes ces cruautés et de toutes ces infamies, le fond de l’accusation était vrai ; ils le savaient, et c’est ce qui fit avouer, à plus de trois cents membres non encore soumis à la torture, des faits qui nous paraissent si extraordinaires, mais qui s’expliquent quand on connaît le fond de leur doctrine renouvelée des initiations égyptiennes et hébraïques, leur affiliation aux francs-maçons de l’Orient, et les vices que les grands Maîtres avaient laissé introduire dans l’Ordre, afin, probablement, d’augmenter leur pouvoir.

Malgré tous leurs efforts et leurs alliances, ils venaient de perdre la puissante ville d’Acre en 1291. Ayant fait de nouvelles tentatives pour reprendre pied en Syrie, mais, chassés de nouveau, ils désespérèrent de s’y rétablir, et, après une courte résidence à Chypre, se déterminèrent à revenir en Europe y fixer leur établissement central. Aussi est-ce muni de tout son matériel, du trésor, des chartes et des archives, et suivi de tous ses grands officiers, que Molay débarqua en France. C’est ce qui accéléra, probablement, leur perte. Philippe le Bel, s’entendant depuis longtemps, à ce sujet, avec Clément V, qui doutait encore, par un coup de main hardi les fit tous arrêter en France le même jour, 13 octobre 1307, et s’établit immédiatement lui-même avec toute sa cour au Temple.

Jacques de Molay, dernier grand maître de l'Ordre du Temple
Jacques de Molay, dernier grand maître de l’Ordre du Temple

Il fit commencer de suite l’instruction par Guillaume de Paris, archevêque de Sens, et cependant Clément V eut tant de peine à croire à cette hérésie redoutable, qu’il suspendit d’abord la poursuite de ce prince ainsi que la commission des inquisiteurs français. Ce n’est qu’après avoir fait interroger en sa présence soixante-douze chevaliers, en homme intéressé à les trouver innocents, et n’avoir exigé d’eux d’autres serments que de répondre aux questions qui leur seraient faites ; ce n’est qu’après leurs aveux, prononcés en présence des notaires, qu’il fut bien forcé de reconnaître leur culpabilité, qu’il révoqua la suspension des évêques, et permit qu’on suivît pour leur jugement le dispositif de Philippe le Bel. A la commission française fut adjointe, en 1309, la commission papale composée des archevêque de Narbonne, évêques de Bayeux, de Mende, de Limoges, archidiacre de Rouen, Jean de Mantoue, archidiacre de Trente, Jean de Montlaur, archidiacre de Maguelone, et le prévôt d’Aix, Guillaume Agassin.

Cinq cent quarante chevaliers, ayant à leur tête Jacques de Molay, Guy dauphin d’Auvergne, etc., et plusieurs grands prieurs, comparurent et firent presque tous des aveux. Le 12 mai 1310, cinquante-quatre d’entre eux, qui s’étaient chargés de la défense de l’Ordre, furent brûlés. Le concile de Vienne prononça l’abolition de l’Ordre, qui fut confirmée par une bulle le 2 mars 1312. Molay, Guy d’Auvergne et Hugues Peyraut, gardés en prison, furent brûlés dans l’île du palais, sur le terre-plein du Pont-Neuf, le 18 mars 1314. Molay rétracta ses aveux sur l’échafaud. Quant à l’appel à comparaître au tribunal de Dieu, qu’il aurait fait à Philippe le Bel et à Clément V, rien n’en prouve l’authenticité.




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