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Labyrinthes des églises et fil d'Ariane - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

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Labyrinthes des églises et fil d’Ariane
(D’après « Le Mois littéraire et pittoresque », paru en 1910)
Publié / Mis à jour le mardi 29 mars 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
On donnait dans l’Antiquité le nom de labyrinthes à ces édifices considérés par les anciens auteurs comme inextricables et composés d’allées ou de galeries dont les innombrables ramifications mettaient le visiteur dans l’impossibilité de sortir. Au Moyen Age et notamment en France, le labyrinthe devient une disposition particulière du pavage des églises, l’arrangement, la coupe et la couleur des pavés formant des lignes sinueuses conduisant par de nombreux détours à différentes stations, et finalement à un calvaire figuré.

Notre mot labyrinthe n’est qu’un mot grec francisé. Quelle est à son tour l’origine du mot grec ? Ici les avis sont partagés. Les uns y trouvent la même racine qu’un autre terme grec signifiant un passage étroit et souterrain. D’autres, peut-être avec plus de raison, en font une transformation du mot égyptien Lope-rohunt, temple à l’entrée du lac, indiquant le fameux labyrinthe que le roi Amenemhat III, quelque deux mille ans avant notre ère, avait fait construire non loin du lac Mœris, sans doute pour servir de sépulture à sa dynastie.

Hérodote, Diodore de Sicile, Pline, ont décrit ce labyrinthe avec admiration. « Les pyramides, écrit Hérodote, étaient déjà des monuments supérieurs à leur réputation ; chacune d’elles pouvait être comparée à tout ce que la Grèce a de magnifique ; mais le labyrinthe l’emporte encore sur les pyramides. Il se compose de douze cours couvertes, dont les portes se font face les unes aux autres.

Thésée et le minotaure, par Edward Burne-Jones (1861)
Thésée et le minotaure, par Edward Burne-Jones (1861)

« Six de ces cours sont exposées au Nord, et six au Midi ; elles sont contiguës et enfermées dans une même muraille extérieure. Les chambres de ce monument sont toutes doubles, les unes souterraines, les autres au-dessus du sol et bâties sur les premières ; il y en a trois mille, quinze cents à chaque étage. Nous avons vu l’étage supérieur, et il surpasse tout ce qui est sorti de la main des hommes.

« Nous éprouvions mille surprises à la vue des nombreuses communications pratiquées entre les différents corps de logis et des sinuosités infinies que présentent les cours, quand nous passions de ces cours aux bâtiments, des bâtiments aux galeries, des galeries à d’autres corps de logis, et de là encore à d’autres cours. Partout les plafonds sont de pierre, ainsi que les murs, qui sont couverts de figures sculptées. Chaque cour est entourée d’un péristyle de pierres blanches ajustées avec le plus grand soin. »

De tous les labyrinthes, le plus célébré par les poètes fut celui que Dédale construisit en Crète, sur les ordres du roi légendaire Minos, fils de Zeus et d’Europe. Au centre était le Minotaure ; et quiconque s’y aventurait était incapable d’en sortir et devenait la proie du monstre. Enfin, guidé par le fil d’Ariane qu’il déroulait après lui, Thésée parvint jusqu’au centre et tua le Minotaure.

Au lieu que dans l’antiquité le labyrinthe se présente sous forme de bâtiment architectural, dans la suite et de nos jours encore on le retrouve dans les genres les plus différents, ornementations murales, pavages, tracés de jardins ; le Moyen Age en orne plus d’une fois nos vieilles cathédrales.

Il commence à abonder dès le début du XIIe siècle. Dans la cathédrale de Saint-Quentin, un labyrinthe de forme polygonale constitue une partie du pavement de la nef ; son diamètre est d’un peu plus de dix mètres. En s’y engageant sur les pavés blancs, même sans connaître le chemin, on est sûr de parvenir au centre après avoir patiemment parcouru tous les détours.

Dans la cathédrale de Chartres se trouve un labyrinthe, circulaire celui-là, d’environ douze mètres de diamètre ; un autre, de forme octogonale, et encore un peu plus grand, dans celle d’Amiens. Tous deux font aussi partie du pavement. Ces premiers labyrinthes n’étaient en général pas compliqués, et simplement constitués par un sentier unique, mais souvent fort long, qui parcourait toute la surface et menait infailliblement au centre.

Le but ou le sens de pareilles ornementations était tout religieux. Le labyrinthe était destiné à être parcouru à genoux. Ceux qui en avaient la patience, car il fallait souvent plus d’une heure pour suivre tous les détours, gagnaient de riches indulgences ou se libéraient par cet expédient d’un vœu comme celui d’aller en Terre Sainte.

Ainsi, dans l’abbatiale de Saint-Bertin, à Saint-Omer, dans le bras Sud du transept, était un de ces labyrinthes qui symbolisait le Temple de Jérusalem, avec des stations pour les pèlerins. Quiconque avait fait le vœu de visiter les Lieux Saints et s’en trouvait empêché pouvait l’accomplir ou du moins le commuer en parcourant à genoux le labyrinthe de Saint-Bertin.

A Reims, au XVIIe siècle, les enfants avaient transformé ce pèlerinage simplifié en un divertissement bruyant ; aussi les chanoines firent-ils enlever le labyrinthe de la cathédrale. En raison de sa longueur et de sa signification, le labyrinthe était parfois appelé « chemin de Jérusalem », « lieue », et ce dernier nom n’était pas loin d’être mérité. A Caen, par exemple, se trouve dans l’abbaye de Saint-Etienne un labyrinthe d’à peine quatre mètres de diamètre, mais dont les détours sont si artistement compliqués que le parcours total forme près de deux kilomètres.

Labyrinthe de la cathédrale d'Amiens
Labyrinthe de la cathédrale d’Amiens

Quelquefois, le labyrinthe était de dimensions plus restreintes. Il était alors d’ordinaire appliqué sur un mur, et les fidèles se contentaient de le parcourir du doigt. On en trouvait ou l’on en trouve encore de tels dans les cathédrales de Poitiers, de Reims, d’Arras, dans l’église de San-Vitale à Ravenne, à Aix-en-Provence, dans l’abbaye de Toussarts, à Châlons-sur-Marne ; à Sainte-Marie in Aquiro, à Rome.

Ainsi commun dans les vieilles églises de France et du continent, le labyrinthe ne se trouve peut-être pas une seule fois dans celles d’Angleterre. Par contre, il n’est probablement pas un seul comté anglais qui n’ait ou n’ait eu quelque labyrinthe tracé sur un gazon ou dans un bois. Le fait seul que beaucoup de ces labyrinthes sont la reproduction de ceux que l’on trouve dans les églises du continent, et que presque tous sont placés près d’anciens monuments religieux, suffit à prouver qu’ils ont, eux aussi, une origine ecclésiastique et ne sont pas l’œuvre de quelque berger, ou autre habitant de la campagne. Chose curieuse, ces labyrinthes tracés sur des pelouses sont à peu près inconnus ailleurs qu’en Angleterre.

Dans tous les cas, de tous les labyrinthes, ceux-ci sont, on le conçoit, les plus fragiles. Combien de temps subsista le labyrinthe d’Egypte, il est difficile de le savoir. Ceux de nos cathédrales datent de plusieurs siècles. Un labyrinthe de gazon se détruit, lui, en quelques années, si l’on n’en prend soin. Ainsi en fut-il de celui de Leigh, dans le Dorset, qui se trouvait au sommet d’une colline, non loin du village ; il avait environ vingt-cinq mètres de diamètre. En 1868, l’herbe avait grandi dans les petits fossés qui en constituaient les sinuosités, si bien qu’il fut impossible d’en retrouver la trace.

Venons-en maintenant à l’intéressante question de savoir comment sortir d’un labyrinthe. Thésée se guida par le fil d’Ariane. C’était là un moyen sûr de retrouver son chemin après avoir pénétré au centre et tué le Minotaure. Mais il risquait fort de mettre longtemps avant d’atteindre le centre, et peut-être de ne pas l’atteindre du tout s’il allait toujours au hasard et sans règles fixes. Depuis Thésée, le poétique fil d’Ariane a cédé la place à quelques principes plus rationnels permettant d’aboutir, sinon par le plus court chemin, du moins avec certitude, au centre du labyrinthe le plus enchevêtré, et d’en sortir avec non moins de certitude.

Les labyrinthes peuvent être répartis en deux catégories bien distinctes. Les uns sont, peut-on dire, de simples jeux de patience : une fois l’entrée trouvée, il suffit de suivre la route unique que l’on a devant soi ; on est assuré, peut-être après de longs détours, de parvenir au centre. Dans cette première catégorie se rangent la plupart des labyrinthes anciens, plusieurs des labyrinthes d’Angleterre, presque tous ceux de nos cathédrales.

Les autres sont à la fois œuvres de patience et œuvres d’ingéniosité : on pourrait les appeler labyrinthes à carrefours. Dans les premiers, vous n’arrivez jamais à un endroit où vous deviez choisir entre deux routes. Dans ceux-ci, au contraire, vous trouvez un certain nombre de bifurcations, et vous êtes obligé de vous décider pour une des routes qui s’offrent à vous. En général, une seule sera la bonne, les autres seront des impasses.

Comment donc éviter celles-ci ? Ou du moins comment ne pas manquer de prendre tôt ou tard le bon chemin sans errer indéfiniment ? Supposons-nous à l’entrée d’un labyrinthe dont nous ne connaissons nullement le plan. Voici alors la première règle à suivre : si le labyrinthe en question est d’un seul tenant, c’est-à-dire s’il n’a aucune partie détachée de l’ensemble, il suffit de longer constamment un mur, en l’ayant, par exemple, à main droite (ou constamment à main gauche), et cela sans s’inquiéter des carrefours. Si l’on arrive ainsi à des culs-de-sac, on en ressortira tout naturellement en longeant le mur de l’autre côté ; on passera sûrement par tous les sentiers du labyrinthe ; on atteindra donc le centre, et l’on sortira infailliblement après avoir parcouru deux fois chaque allée.


Résolution d’un labyrinthe par la méthode de Trémaux

Si le labyrinthe présente ainsi des parties détachées, des « îles », le parcours peut en être fort difficile. Un procédé ingénieux, datant du XIXe siècle, est dû à Trémaux, ancien élève de l’École Polytechnique et ingénieur des télégraphes. Supposons un labyrinthe, relativement simple, formé de quatre enceintes concentriques indépendantes (figure ci-dessous).

Vous entrez par la porte A, vous y tracez à terre un cercle ou quelque autre signe, et vous longez, comme dans la première méthode, le mur de droite (suivant le pointillé). Vous faites de la sorte le tour de la première enceinte, et vous retrouvez le cercle tracé à l’entrée. Vous retournez alors sur vos pas, mais en suivant le mur d’en face que vous aurez, par conséquent, à votre droite encore. Arrivé ainsi à la porte B, vous tracez un cercle à terre, et en suivant toujours le mur de droite vous pénétrez dans la seconde enceinte. Vous en faites le tour ; vous revenez, au cercle B ; vous passez en face comme tout à l’heure. En C vous entrez dans la troisième enceinte. Vous franchissez enfin la porte D et vous êtes au centre. On voit qu’en suivant cette méthode on ne passe jamais plus de deux fois au même endroit.

Le but des deux procédés que nous venons d’indiquer est de donner un moyen sûr de parvenir au centre de n’importe quel labyrinthe. Mais ils ne donnent pas, on le voit, le plus court chemin, ni le nombre de chemins différents pour y arriver. D’ailleurs, si l’on excepte le cas de labyrinthes simples et réguliers, on peut dire que cette détermination est en général assez compliquée. On peut y réussir en couvrant de hachures tous les passages sans issue, et en examinant ensuite aussi exactement que possible les différentes routes qui restent ouvertes.

Jeunes ou vieux, gens calmes ou nerveux, artistes ou hommes de science, il en est peu que n’intéressent par quelque côté les labyrinthes : les uns s’acharnent à en trouver la solution, les autres y cherchent seulement l’esthétique, et il est incontestable qu’ils la trouvent dans cette alliance à peu près unique de la régularité, de la symétrie sans laquelle il n’y a pas de beau, et de l’irrégularité et de l’enchevêtrement sans lesquels il ne saurait y avoir de labyrinthe.




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