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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Godard (Pierre), graveur sur bois
(D’après un article paru en 1843)
Publié le mercredi 13 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

Pierre-François Godard naquit à Alençon (Orne), le 21 janvier 1768, de parents peu fortunés. Son père, ouvrier imprimeur et relieur, en voyant à l’imprimerie où il travaillait de mauvaises planches gravées sur bois, conçut le projet de les imiter. Le défaut d’outils ne l’arrêta pas, et à force de laborieux essais il parvint à son but.

Quelques-unes des gravures de l’histoire d’Alençon, par Odolent-Desnos, sont de lui ; mais les notions du dessin lui manquaient complètement. Alençon n’avait pas alors de maîtres de dessin, et le jeune Godard dut chercher en lui-même les principes et les règles dont il fit depuis une heureuse application. Ses parents ne purent lui donner qu’une éducation bornée, les seules ressources de la maison paternelle étant consacrées à celle du frère aîné, qui se destinait à l’état ecclésiastique. Obligé de travailler à la reliure pendant tout le jour pour soutenir la maison, Godard consacrait les nuits entières à l’étude du dessin, de la gravure et de toutes les branches qui s’y rattachent ; afin de subvenir aux frais que nécessitaient ses études, il faisait de petites images et des reliques pour les couvents de la ville.

La Révolution ne tarda pas à éclater ; on renouvela tous les signes, tous les emblèmes du pouvoir et des administrations publiques, et ces circonstances ouvrirent au jeune graveur une carrière plus fructueuse ; mais la guerre vint à son tour l’arracher à ses paisibles travaux. Il partit volontaire avec son frère en 1792, et le bataillon de l’Orne dont il faisait partie fut envoyé dans la Vendée.

A l’affaire de Machecoul, Godard fut fait prisonnier et envoyé à Nantes ; par un hasard inouï, lui seul ne fut pas dépouillé de son sac, qui renfermait ce qu’il avait de plus précieux, ses outils et ses livres d’étude ; il put encore se livrer au travail, et de son produit il pouvait satisfaire à ses besoins et à ceux de son frère. Le prisonnier artiste fut bientôt connu des imprimeurs de la ville ; les maladies qu’engendrent les misères de la guerre vinrent l’assaillir dans la prison malsaine où il se trouvait, sans ralentir ses travaux. Sur le point d’être sacrifiés, ces malheureux prisonniers ne durent leur salut qu’à l’intervention des dames de Nantes : Godard recouvra sa liberté. Il entra dans la maison Mellinet, qui, par son alliance avec celle des Malassis d’Alençon, avait connu ses essais : on l’y reçut avec bonté, et on lui fit oublier une partie de ses souffrances. Le besoin de revoir ses parents le fit revenir à Alençon, où il se maria ; quelques années après, il prit un établissement de librairie et de reliure.

Au milieu de ses occupations industrielles, Godard trouva le temps de graver une quantité prodigieuse de sujets de tout genre ; ce nombre ne s’élève pas à moins de huit mille motifs, qui sont tous dessinés et presque tous composés par lui ; ils se trouvent réunis dans deux gros volumes in-folio. Ceux qui l’ont connu ne furent pas surpris d’une telle fécondité, car on le voyait toujours au travail ; il ne perdait jamais une minute.

Si ses dessins manquent parfois de pureté et de couleur, ses compositions sont toujours variées et ne manquent pas d’originalité. Il avait réussi à se former dans Alençon une collection très étendue de gravures anciennes et modernes, et c’est dans cet immense recueil qu’il puisait sans cesse sans se copier. Il laissa plusieurs volumes d’étude de dessins à la plume, genre qu’il affectionnait, et trois volumes manuscrits de leçons de perspective avec des figures fort bien faites.

Ses principaux ouvrages en gravure sont : toutes les figures des Fables de La Fontaine, édition publiée à Alençon en l’an IX ; une autre édition publiée à Cambrai ; deux éditions des Fables d’Esope ; une série d’Animaux pour les oeuvres de Buffon, plusieurs fois reproduites ; une Collection de planches pour un cours d’accouchement, publié à Paris, sous la direction de Chaussier ; tous les jeux de Cartes historiques de M. de Jouy, publiés à Paris ; un Télémaque, publié à Cambrai ; plusieurs suites de la Passion et de l’Histoire sainte ; beaucoup de Cartes géographiques qui se font remarquer par la pureté de la lettre ; plusieurs suites de Portraits des rois de France, dessinés d’après les portraits les plus authentiques ; enfin, têtes de pages, lettres ornées, encadrements, illustrations d’almanachs, d’abécédaires et de livres de piété, il essaya tout et presque tout avec succès. Dans ses plus médiocres compositions, son burin se distingue par une fermeté et une netteté peu communes.

Dans ses derniers temps, il s’était occupé de lithographie. Parmi ses essais en ce genre, on remarque plusieurs vues de monuments d’Alençon détruits, et surtout une vue du portail Notre-Dame de cette ville, véritable chef-d’oeuvre de patience et d’exactitude. Il a fourni les dessins de l’ancien château du duc d’Alençon, publiés dans l’Atlas de la Société des Antiquaires de Normandie, année 1835.

Les dernières années, l’âge et les infirmités l’avaient forcé de renoncer à la gravure et à son commerce ; après avoir amassé une modeste fortune, il s’était retiré à Saint-Denis-sur-Sarthon, à trois lieues d’Alençon, où il est mort le 22 juillet 1838.

Son fils Godard est l’un des graveurs sur bois qui ont ensuite fait le plus d’honneur à la France. Son burin était savant ; sa manière large et sévère. Aussi modeste que son père, il ne s’est pas laissé entraîner hors de sa ville natale par le mouvement extraordinaire que les publications pittoresques de Paris ont déterminé dans l’art de la gravure à cette époque. Mais sa réputation ne perd rien à ce soin qu’il prit de perfectionner, loin des séductions de la mode, son talent sérieux et recueilli.

 

 


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