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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Coignard (Pierre)
(D’après un article paru en 1836)
Publié le mercredi 13 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

Les divers revirements politiques qui se sont succédé depuis la révolution de 1789, ont laissé à l’imagination, à la folie ou à l’intrigue, un vaste champ à exploiter : nous avons eu quatre ou cinq faux dauphins, et les tribunaux ont eu à juger une multitude d’usurpations de titres, de noms et d’emplois. Mais aucun de ces esprit égarés ou de ces fourbes n’a soutenu son rôle pendant plus de temps et avec plus d’adresse que le comte de Sainte-Hélène.

C’est à la fin de l’année 1817 qu’il fut démasqué, après avoir joui pendant de longues années d’une grande considération, qui lui permettait de se livrer impunément aux vols les plus hardis. A cette époque plusieurs lettres anonymes arrivèrent à la police, contenant de singuliers renseignements sur le comte Pontis de Sainte-Hélène, qu’on dénonçait comme ancien forçat évadé de Toulon, et nommé Pierre Coignard.

La police pendant longtemps ne fit aucun cas de ces avertissements. Comment avoir de pareils soupçons sur un officier supérieur, décoré de la croix de la Légion d’Honneur et de celle de Saint-Louis, membre de l’ordre d’Alcantara, et lieutenant-colonel de la légion de la Seine ! Le comte Pontis de Sainte-Hélène avait suivi Louis XVIII à Gand, son royalisme bien connu lui avait valu un grand crédit à la cour, et, s’il faut même ajouter foi à certaines indiscrétions, le roi lui marquait une faveur particulière.

Cependant un ex-forçat se présenta au préfet de police, et lui dit avoir reconnu formellement, dans un lieutenant-colonel à la tête d’un régiment défilant sur la place du Carrousel, un ancien forçat comme lui, et son compagnon de chaîne à Toulon. Il donna des renseignements minutieux, et n’oublia rien, pas même un tic particulier à Coignard. Le préfet conçut alors des soupçons ; mais il fallait encore user de ménagements envers un homme placé dans une position aussi élevée. Le général Despinois fut donc prié de l’avertir vaguement des révélations dont il était l’objet, et d’établir ses droits de comte de Sainte-Hélène. Les réponses de celui-ci furent peu satisfaisantes ; il tergiversa, traîna les explications en longueurs.

Les soupçons se changèrent alors en certitudes : on voulu l’arrêter, mais il quitta son domicile, et se réfugia, sous le nom de Carelle, dans une maison de la rue Saint-Maur, où demeurait sa maîtresse Rosa Marcen qu’il avait connue en Espagne, et qu’il avait présentée dans le monde comme sa femme la comtesse Pontis de Sainte-Hélène.Cette maison servait de rendez-vous à la bande de voleurs que commandait Coignard, et de recel aux objets volés.

En suivant la piste de ces complices, on arriva à découvrir le lieu de sa retraite, mais on eut beaucoup de peine à s’emparer de sa personne : lorsqu’il se vit serré de près, il tira deux coups de pistolets aux agents qui cherchaient à le saisir ; sa résistance fut vaine ; il fut amené à la Force, et traduit à la cour d’assises sous la prévention de plusieurs vols avec effractions. Il fallut d’abord établir son identité avec Pierre Coignard, car il protesta toujours qu’il était véritablement le comte de Pontis de Sainte-Hélène. Un premier arrêt de la cour prononça son identité : il fut reconnu comme étant Pierre Coignard, ancien forçat évadé de Toulon ; par le second arrêt, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité pour les vols nombreux qu’il avait commis à l’aide de son faux titre et de son faux nom.

Voici les faits qui résultèrent de la longue instruction nécessitée par les incidents de ce procès extraordinaire. Pierre Coignard était le fils d’un vigneron de Langeais (Indre-et-Loire) ; il entra fort jeune dans les grenadiers de la Convention ; il fut condamné, étant au service, à quatorze ans de galères pour plusieurs vols audacieux ; mais au bout de quatre ans, il parvint à s’échapper du bagne.

Il passa alors en Espagne, où il se distingua par plusieurs traits de bravoure. Dans la crainte d’être reconnu, il avait changé son nom de Coignard contre celui de Pontis. Il se présenta au maréchal Soult, qui l’accueillit dans les rangs de l’armée française avec le grade de chef de bataillon. Sa conduite à cette époque fut assez honorable, car il parvint à se concilier l’estime de ses chefs.

En 1813, il fit connaissance à Sarragosse de la fille Rosa Marcen, qui avait été la maîtresse d’un émigré français, le vrai comte de Sainte-Hélène. Après l’évacuation de l’Espagne, à son arrivée en France, après le retour du roi, Coignard ajouta au nom de Pontis celui de Sainte-Hélène.

Pour établir ses droits à ce nom et au titre de comte, il employa des manœuvres frauduleuses ; il se prétendit né à Soissons dont il savait que les registres de l’état civil avait brûlés pendant l’invasion étrangère, et à l’aide de sept témoins qu’il abusa, il fit dresser un acte de notoriété constatant qu’il était fils légitime du comte Pontis de Sainte-Hélène. L’acte fut transcrit sur les nouveaux registres, et dès lors Coignard crut sa position assurée. Son audace et son habileté furent si grandes qu’il persuada même à une dame, portant le nom de Pontis, qu’il était son parent ; il fut reçu comme tel dans sa maison, et lui présenta sa maîtresse Rosa Marcen, qu’il disait être la fille du vice-roi de Malaga.

Coignard songea alors à exploiter sa position. Lorsqu’il fut arrivé en faveur, il reprit son ancien métier de voleur ; il organisa une bande dont sont frère Alexandre Coignard était le lieutenant : des vols hardis signalèrent cette association dont il était impossible de soupçonner le chef. Pendant tous les débats, Coignard ne démentit ni son audace ni son habileté ; il protesta de son innocence, il refusa de répondre à toutes les questions qui lui étaient faites sous le nom de Coignard, et pour le faire parler le président fut obligé de renoncer à l’appeler de ce nom, et à employer ce détour : « Premier accusé, dites... »

Il raconta ses services militaires avec exaltation, et lorsque le président lut l’arrêt qui le condamnait aux travaux forcés à perpétuité, à l’exposition et à la flétrissure des lettres T. P., il s’écria avec un sourire sardonique : « On ne parviendra pas à flétrir ainsi tant d’honorables cicatrices. » Au bagne, il conserva les mêmes prétentions ; sombre et retiré, il ne se présentait à ses compagnons d’infortune que comme une victime de la justice humaine. Les forçats avaient même une sorte de respect pour lui, et ne le nommaient jamais autrement que le comte de Sainte-Hélène ; lorsqu’on lui adressait la parole sous le nom de Coignard, il ne répondait pas. Il continua ce rôle de fermeté jusqu’à sa mort, qui arriva il y a quelques années.

 

 


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