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Fléau de la science. Progrès : nouvelle religion ? Guerres et conflits de civilisations - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Guerres de civilisations : alimentées par
une Science érigée en nouvelle religion ?
(Extrait de « Le Gaulois », paru le 18 juin 1900)
Publié / Mis à jour le dimanche 19 février 2017, par LA RÉDACTION



 
 
 
Au crépuscule du XIXe siècle, l’essayiste et éditorialiste Maurice Talmeyr attribue à la Science l’origine du conflit majeur qui semble alors poindre et opposant la civilisation chinoise à la civilisation occidentale, les intérêts européens faisant d’ores et déjà l’objet de virulentes attaques sur le sol de l’Empire du Milieu : il voit en un progrès technique censé préfigurer l’âge d’or et que notre civilisation dite moderne veut essaimer sur la terre, une religion destructrice se substituant aux anciennes que l’on désignait, guerres religieuses à l’appui, comme principal nerf de la haine entre les peuples.

Les événements de Chine, s’ils tiennent ce qu’ils promettent, ne vont pas donner à penser qu’aux diplomates, mais surtout aux philosophes, écrit Maurice Talmeyr le 18 juin 1900. Une grande guerre, une guerre entre deux mondes, une conflagration comme on n’en avait pas vu depuis les plus lointaines époques, s’annonce, ou paraît s’annoncer.

Et pourquoi ce choc formidable ? Pourquoi, d’un côté, ce soulèvement de millions d’hommes jaunes, et, de l’autre, ces flottes et ces armées d’hommes blancs ? s’interroge le journaliste. Parce que les uns sont pour les chemins de fer et le télégraphe, tandis que les autres veulent s’en tenir aux routes simplement carrossables et aux courriers à cheval. Une moitié de l’humanité prend parti pour la vapeur et l’électricité, l’autre n’entend avoir chez elle ni le roulement des locomotives sur la terre où dorment ses aïeux, ni la sonnerie du téléphone dans les maisons où elle prend le thé, et les deux races, pour cela, s’apprêtent à se dresser l’une contre l’autre, à s’égorger, à s’exterminer.

Il faut bien, en effet, préciser la cause, et la cause immédiate, brutalement évidente, de l’énorme lutte qui semble se préparer. Si les Chinois, à l’heure qu’il est, incendient, pillent et massacrent, comme le disent les dépêches, tout ce qui est européen, et si les légations sont détruites, et si la cathédrale catholique de Pékin est en cendres, et si l’on assassine ingénieurs et missionnaires, et si cent mille hommes de troupes chinoises attendent, pour les repousser, les troupes internationales, c’est que les Européens cherchent à sillonner le territoire chinois de voies ferrées et de fils télégraphiques.

Si l’Orient se hérisse avec autant de haine contre l’Occident, si l’Occident est résolu, ou sur le point de se résoudre, à abattre sous la mitraille, au prix de rivières de sang, la résistance de l’Orient, c’est que des savants ont fait des découvertes en physique et en mécanique, que des ingénieurs et des industriels en ont imaginé des applications, transformé notre vie usuelle et matérielle par ces applications, et que nous voulons, à présent, après avoir ainsi révolutionné la vie occidentale par ces découvertes, bouleverser également, par ces mêmes découvertes, l’existence des Orientaux.

Si deux ou trois cent mille hommes, en résumé, doivent, d’ici quelques années, tant de notre côté que de l’autre, répandre par le globe le phosphate de leurs os, ce sera pour la pile de Volta, la bobine de Ruhmkorff et les travaux de Papin, de Watt et d’Edison. Les vastes hécatombes semblent prêtes à recommencer, mais c’est pour le théâtrophone et l’installation des wagons-bars.

Que va-t-il donc falloir penser, après ces nouvelles qui nous arrivent, et devant l’expérience qui s’accomplit, des milliers de livres gros ou petits, éloquents ou sarcastiques, qui nous prophétisèrent, pendant, cent cinquante ans, la fin des guerres et de la Guerre par la fin des religions et de la Religion ? demande non sans malice notre chroniqueur. La « superstition », ou ce qu’on appelait de ce nom, c’était là, prétendait-on, le principal et véritable nerf de la haine entre les peuples ; et la preuve en était dans les guerres religieuses. Guerres entre chrétiens et musulmans, entre catholiques et protestants, entre schismatiques et orthodoxes !

Des missionnaires étaient-ils massacrés dans les pays qu’ils évangélisaient ? Ce n’était, vous déclarait-on, que le résultat logique de la rencontre de deux fanatismes. Qu’on en supprimât au moins un, et tout se passerait beaucoup mieux ! Pourquoi ces missionnaires allaient-ils troubler chez elles des populations réfractaires à leur propagande ? De quoi se mêlaient-ils ? Que ne se contentaient-ils de baptiser dans les pays de baptême sans aller encore ondoyer dans les autres ? Religion pour religion, culte pour culte, est-ce que toutes les religions et tous les cultes n’étaient pas au fond les mêmes ? Est-ce qu’ils ne faisaient pas tous également le malheur des peuples en les excitant les uns contre les autres, en leur apprenant à se mépriser, à se détester réciproquement ?

Et l’on concluait, en conséquence, qu’on détruirait un puissant motif de discorde en cessant de vouloir apporter notre civilisation aux autres continents sous sa forme religieuse. Au contraire, et par un effet apposé, on ne devait pas manquer de faire leur bonheur en s’offrant simplement à eux avec nos merveilleuses et précieuses inventions, avec cette sublime et tolérante Science contemporaine qui sourit si supérieurement de tous les dieux, en les transformant tous en bibelots ? Nous présenter uniquement aux hommes avec notre admirable Progrès tout nu !

Est-ce que nous ne devions pas être vraiment ainsi la joie et le salut du monde ? Et n’était-ce pas là, cette fois, véritablement la paix, la vraie paix, la seule paix, la paix positive et même positiviste, celle qui s’obtient par le commerce et le transit, les commis voyageurs et la lumière électrique, l’émancipation de l’esprit et le perfectionnement de l’éclairage, la disparition des frontières et des préjugés ?

Ce qu’on ripostera, on le devine, et les fanatiques de la Science — car la Science a ses fanatiques tout comme un fétichisme ordinaire — vous répondront que les Chinois, en se révoltant contre l’établissement des chemins de fer et du télégraphe, ne font, précisément, qu’obéir à l’esprit religieux, poursuit Maurice Talmeyr. Supposez cet esprit religieux détruit, et le télégraphe et les chemins de fer, étaient pacifiquement accueillis ! D’accord, mais il faudrait bien aussi reconnaître que la Science seule, en tant que Science, paraît beaucoup plus violemment exaspérer la sensibilité religieuse des Chinois que ne l’ont jamais fait toutes les religions adverses.

Jamais la simple propagation du catéchisme n’a produit, dans la nation bouddhiste, un soulèvement pareil aux perturbations d’aujourd’hui, et la vue d’une église chrétienne parait décidément moins froisser l’âme chinoise que l’aspect d’une locomotive ou d’un poteau télégraphique. A la longue, l’esprit bouddhiste semblait même s’être habitué à cohabiter avec l’esprit chrétien, et, soit indifférence, soit sympathie ou dissimulation, on citait peu de violences, il y avait peu de martyrs.

Conclusion : même en admettant que le caractère religieux des missionnaires n’inspirât pas un vague respect à des peuples religieux, ce caractère religieux n’était pas, dans tous les cas, ce qui leur donnait le plus d’ombrage, et leur en donnait même visiblement beaucoup moins que les coups de mine, les tourbillons de fumée et tous les phénomènes, tous les effets, tous les fracas, toutes les odeurs, toute la cuisine de la Science, cette extraordinaire pacificatrice !

L’empire chinois, en outre, ne compte t-il pas quatre cents millions de sujets ? écrit encore notre chroniqueur en ce début de XXe siècle. C’est environ ce qu’il renferme, et voyez-vous, dès lors, une pacificatrice obligée de tuer l’esprit religieux dans un empire de quatre cents millions d’âmes, avant avant de commencer à exercer son pouvoir pacificateur ! Jusqu’à quel centième, ou même quel millième siècle, cette opération préalable pourrait-elle bien d’abord nous conduire, et où en seront, à cette époque-là, la laïcisation de l’enseignement, l’Affaire Dreyfus, l’Impératrice douairière, et le portefeuille de M. Waldeck-Rousseau ?

Je ne sais plus quel sot courtisan de l’odieuse sottise moderne essayait encore, ces jours-ci, de ricaner du mot de M. Brunetière : la faillite de la Science. Mais est-ce bien seulement en morale que la Science fait maintenant faillite, et n’assistons-nous pas à toutes sortes de faillites du même ordre ? Toute la fin de ce glorieux dix-neuvième siècle n’est-elle pas un bouquet de faillites ?

Les guerres de pur brigandage n’étaient soi-disant plus possibles dans notre civilisation, et l’Angleterre, disait-on d’autre part, tenait la tête de cette civilisation. Qu’avons-nous vu, cependant, et que continuons-nous à voir ? La guerre du Transvaal. Faillite de la civilisation ! La république et la démocratie, nous affirmait-on encore, étaient nécessairement, et ne pouvaient être que la paix. Exemple : la guerre des Etats-Unis contre la malheureuse Espagne. Faillite de la démocratie et de la république ! La Science, proclamait-on aussi, était le secret de la concorde universelle, l’infaillible appel aux seules luttes fraternelles du travail et du génie, la paix dans ce qu’elle avait de plus fécond, de plus rayonnant, la grande paix de l’avenir, la paix par excellence...

Et voilà, que cette même Science se démasque brusquement comme le plus menaçant agent de guerre que nous ayons jamais connu ! s’exclame Talmeyr. Voilà qu’elle incendie, qu’elle ensanglante la terre, et qu’elle est, elle aussi, comme beaucoup de vieilles choses très barbares, un grossier fléau, et dans le sens le plus vieux, le plus grossier, le plus barbare, le plus direct, le plus rudimentaire du mot. Seconde faillite de la Science ! Et nous ne sommes pas au bout, car ce qui fait en ce moment faillite, c’est le stupide orgueil humain lui-même, et sa banqueroute n’est pas finie. « Bon serviteur, mauvais maître », a dit de l’argent Dumas fils. On peut en dire autant de la Science qui est aussi une espèce d’argent, l’argent de l’esprit. Bonne servante, mauvaise maîtresse !




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