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Histoire des Français. Avènement de Louis XVI : royauté, monarchie, éducation du souverain, popularité du Dauphin et de la Dauphine - Histoire de France et Patrimoine


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Histoire des Français

L’Histoire des Français : systèmes politiques, contexte social, population, économie, gouvernements à travers les âges, évolution des institutions.


Education, jeunesse, caractère
de Louis XVI avant son avènement,
et image dont jouissait la royauté
(D’après « Nouvelle histoire de la Révolution de 1789 » (Volume 1)
(par Alfred-François Nettement), paru en 1862)
Publié / Mis à jour le samedi 30 janvier 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
A l’avènement de Louis XVI en 1774, aucune royauté en Europe n’avait mieux rallié autour d’elle les divers éléments d’une société qu’une royauté française ayant favorisé le développement et l’élévation des classes les plus nombreuses de la nation. Entouré de la noblesse militaire, de la bourgeoisie formant presque à elle seule la magistrature et l’administration, le pouvoir royal était en réalité collectif et partout respecté. Érudit, populaire et soucieux du bien-être de ses peuples, le nouveau monarque avait reçu des préceptes éminemment chrétiens, et l’idée du pouvoir ne lui avait été présentée qu’avec celle du devoir.

A peine monté sur le trône, Louis XVI rétablit l’ancienne magistrature, qui était le vrai parlement, et cette mesure lui valut une grande popularité, mais elle ne rendit pas le parlement plus docile et il ne renonça pas plus à son esprit d’opposition qu’à ce contrôle dont il avait repris possession depuis la mort de Louis XIV.

La suppression du parlement avait été maintenue pendant les trois dernières années du règne de Louis XV ; à dater de son rétablissement il reprit toute l’influence dont il avait joui jadis, fut souvent un grand obstacle pour les ministres et le pouvoir, et de son sein partit la demande des états généraux, que le parlement, il est vrai, suivant la pensée de d’Esprémenil, croyait remplacer pendant l’intervalle des sessions.

Le duc de Berry (futur Louis XVI, à droite) et le comte de Provence (futur Louis XVIII, à gauche). Peinture de François-Hubert Drouais (1757)
Le duc de Berry (né en 1754 et futur Louis XVI, à droite) et le comte
de Provence (né en 1755 et futur Louis XVIII, à gauche)
Peinture de François-Hubert Drouais (1757)

La bourgeoisie était alors en France la base de l’administration, comme elle avait été celle des parlements ; de sorte qu’on pourrait quelquefois, dans les débats soulevés entre le pouvoir et la magistrature, reconnaître la lutte de la bourgeoisie administrative avec la bourgeoisie judiciaire. Il y avait, à cette époque, six ministres : le chancelier ou garde des sceaux, les ministres des affaires étrangères, de la guerre, de la marine, de la maison du roi – réunissant les attributions qui appartiendront plus tard au ministère des cultes et à celui de l’intérieur –, et le contrôleur général des finances, le plus important de tous par ses attributions.

Ce dernier était en effet chargé de tout ce qui concernait les finances, mais encore d’une grande « partie de l’administration, comme des ponts et chaussées, des hôpitaux, prisons, établissements de charité, mines, dessèchements, partage de communaux, commerce et agriculture. » (La France avant la Révolution, par Raudot) C’était le contrôleur général qui nommait la plupart des intendants ou préfets de l’époque, excepté ceux des frontières, qui étaient choisis par le ministre de la guerre, mais tous se trouvaient placés sous la direction du contrôleur général. On voit qu’il était, en même temps, ministre des finances, de l’intérieur, de l’agriculture et du commerce.

Mais parlons du grand corps qui, sous le nom de conseil du roi, embrassait toutes les affaires de l’État et se trouvait placé à côté du roi et des ministres, comme la délibération à côté de l’exécution. Il y avait en fait plusieurs conseils du roi, qui portaient les noms de conseil d’État ou des affaires étrangères, conseil des dépêches, conseil des finances, conseil du commerce, et conseil privé ou des parties. Ce dernier, que présidait le chancelier de France, c’est-à-dire le chef de la magistrature, avait dans ses attributions, non-seulement toute la partie contentieuse des affaires administratives, mais les demandes en cassation des jugements rendus en dernier ressort, les conflits entre les cours, etc. Ce conseil fut à l’origine de la cour de Cassation : il était judiciaire par nature et formait un lien entre la magistrature et l’administration.

La composition des conseils ou du conseil du roi était alors presque entièrement bourgeoise, et son organisation était donc toute simple sous l’Ancien Régime. Elle remontait au XVIe siècle. Or, le conseil d’État ou conseil du roi tenait déjà une très grande place dans l’administration et le gouvernement de la France. Que ses attributions, qui paraissaient déjà si importantes à Sully, le soient devenues encore plus en se développant avec l’administration elle-même, cela devait être, et le règne de Louis XIV, qui fut un règne administratif, tendait naturellement à ce résultat.

Le conseil du roi, dans ses différentes sections, avait à s’occuper de toutes les affaires du royaume. C’était lui qui discutait et proposait la plupart des lois, lui qui fixait et répartissait les impôts, explique Tocqueville dans l’Ancien régime et la Révolution. Que faut-il conclure de cette organisation administrative si complète, de tous ces conseils délibérant autour de la royauté, qui ne faisait rien sans eux, qui avait toujours à les consulter ? Évidemment il fallait que le roi fût un homme bien supérieur pour jamais faire prévaloir dans le gouvernement du pays sa volonté absolue et sans contrôle.

Or, comme l’enregistrement des impôts était une attribution du parlement, en même temps qu’une nouvelle occasion d’examen, de discussion et de contrôle, il en résultait que le pouvoir civil était comme partagé, au moins dans son exercice le plus ordinaire, entre les bourgeois de la grande magistrature et les bourgeois de l’administration sous la direction de la royauté. Il en résultait que ce n’était point là, sans doute, un gouvernement représentatif à l’anglaise, mais c’était un gouvernement où l’on délibérait, où l’on discutait, où l’on résistait, qui avait en face de lui des hommes indépendants, même dans l’administration ; non seulement des hommes, mais une classe, car on pouvait appeler alors la bourgeoisie une classe judiciaire et administrative : c’était dans ce double caractère que se trouvaient sa force et sa puissance.

Rappelons que les charges du parlement étaient héréditaires et inamovibles, ce qui n’était pas une médiocre garantie d’indépendance. Un grand nombre d’autres charges et fonctions, dans l’ordre administratif, appartenaient aussi aux titulaires qui les avaient payées, et qui s’en trouvaient propriétaires, de même qu’aujourd’hui les notaires et les avoués achètent leurs charges. On comprend qu’il en résultait pour ces fonctionnaires, une grande indépendance, et pour la classe bourgeoise une dignité particulière. Comme Tocqueville le fait observer avec raison, dans l’Ancien régime et la Révolution, alors on payait, aujourd’hui on est payé.

Louis XVI représenté alors Dauphin en 1770
Louis XVI représenté alors Dauphin en 1770

Dans la préface de son Essai sur l’histoire du tiers état, Augustin Thierry écrit : « Une chose m’a frappé tout d’abord, c’est que dans l’espace de six siècles, du douzième au dix-huitième, l’histoire du tiers état et celle de la royauté sont indissolublement liées ensemble, de sorte que, aux yeux de celui qui les comprend bien, l’un est, pour ainsi dire, le revers de l’autre. De l’avènement de Louis le Gros à la mort de Louis XIV, chaque époque décisive dans le procès des différentes classes de la roture, en liberté, en bien-être, en lumières, en importance sociale, correspond, dans la série des règnes, au nom d’un roi ou d’un grand ministre. Le dix-huitième siècle seul fait exception à cette loi de notre développement social ; il a mis la défiance et préparé un divorce funeste entre le tiers état et la royauté. »

Pour cette royauté entourée de la noblesse militaire, de la bourgeoisie formant presque à elle seule la magistrature et l’administration, il en était résulté un très grand pouvoir, sans doute. Ce n’était pas un pouvoir individuel, si l’on peut dire, mais un pouvoir collectif, traditionnel, dont le nom était partout respecté. Il était difficile, indépendamment même du contrôle de la magistrature parlementaire, que le prince exerçât ce pouvoir en dehors de certaines règles, de certaines traditions, de certains intérêts.

L’idée de cette royauté, qui, dès l’origine, la main dans celle de l’Église, avait combattu les forts, défendu et organisé les faibles en les élevant, groupé autour d’elle et discipliné la noblesse féodale, tourné son courage indomptable contre les ennemis du pays, se mêlait, dans tous les esprits, à une idée de puissance, de justice et de progrès social ; témoin cette formule bien connue : « Si le roi le savait ! », espèce d’appel à la royauté qui se plaçait naturellement sur les lèvres de quiconque se trouvait lésé.

C’était le sentiment national et traditionnel, le vieux sentiment français, si bien commenté par Augustin Thierry. Or il est certain que cette tradition, quelque jugement qu’on en porte, avait survécu à Louis XIV, et qu’elle n’avait point cessé d’exister à l’avènement de Louis XVI. Deux anecdotes fort simples racontées par des hommes de l’Ancien Régime, feront bien ressortir cette vérité historique dont on ne peut méconnaître l’importance.

Certes, Louis XV, malgré le repentir qu’il exprima à sa mort des longs scandales de sa vie, mérite comme roi un jugement sévère ; mais la royauté, telle que la concevaient les hommes de l’Ancien Régime, était plus qu’un homme, c’était une institution ; avaient-ils tort de l’envisager ainsi ? Ce n’est pas ce que nous avons à examiner ; mais ce que nous devons constater, c’est une impression héréditaire, à l’égard de la royauté, telle qu’elle se perpétuait dans les familles et que les pères la transmettaient à leurs enfants.

« Un jour rapporte un vieillard, dans ma première jeunesse, je rentrai triste, consterné, au collège, je venais d’apprendre la mort du roi Louis XV ; le roi était mort ! La grande nouvelle n’était pas encore répandue. J’étais accablé sous le poids de cet événement, dont je ne parlai qu’à mon ami le plus intime. Lui seul et moi nous en avions connaissance. Quand nous nous rencontrions dans la cour, nous échangions des regards d’intelligence, et tout bas, en passant à côté l’un de l’autre, nous nous disions à l’oreille, comme si nous avions craint de révéler à qui que ce fût un tel secret : – Le roi est mort ! » On eût dit que, pour ces enfants, tant leur vénération, celle qui leur avait été transmise, pour la royauté était grande, que le roi ne devait pas mourir. C’était bien là aussi le principe même de l’institution royale : le roi est mort, vive le roi ! Si le roi mourait, la royauté vivait toujours ; faut-il s’étonner que des enfants appliquassent à l’homme presque le principe de l’institution ?

Nous tenons l’autre fait d’un témoin non suspect, d’un vieux général de la république et de l’empire, le lieutenant général Gency, dont la gloire militaire datait de Fleurus et de Marengo. S’étant retiré à Meulan, sa ville natale, sur la fin de sa vie, et toujours républicain d’opinion, il racontait les souvenirs de sa jeunesse et le respect qui de son temps faisait la plus grande force du pouvoir.

C’était en 1845, et Louis-Philippe, qui était venu vers cette époque à Meulan, y avait été entouré avec une curiosité plus grossière qu’empressée, sur la même place où le général avait vu Louis XVI recevoir un accueil bien différent. Il se souvenait surtout d’un acte de vénération dont l’ancienne royauté avait été l’objet en sa présence : on venait d’annoncer, à un homme qui tenait une petite boutique sur la place de Meulan, l’arrivée de Louis XVI : « C’est le roi ! » dit-il, et au moment où le prince vint à paraître, il tomba à genoux sur le seuil de sa boutique.

Il y a de ces traits de mœurs qui en disent plus que les plus longs et les meilleurs raisonnements. Ce fait n’est pas moins précieux, comme témoignage historique, pour être resté gravé dans la mémoire d’un vieux général de la république et de l’empire, qui, à l’âge de quatre-vingts ans environ, après avoir vu passer tant de pouvoirs divers, aimait à rappeler, quoique républicain d’opinion, ce souvenir de sa jeunesse et cette impression que lui avait laissée l’ancienne monarchie.

Louis XVI. Peinture de Joseph Siffred Duplessis, peintre du roi et portraitiste de la cour de France
Louis XVI. Peinture de Joseph-Siffred Duplessis, peintre du roi et portraitiste de la cour de France

Quand Louis XVI monta sur le trône, on peut dire qu’un jeune règne commençait. Né le 23 août 1754, ce prince n’avait pas vingt ans. On raconte qu’au moment où Louis XV venait de mourir, au milieu des hommages qu’on rendait au nouveau prince et à la reine Marie-Antoinette – née le 2 vembre 1755, elle n’avait que dix-huit ans et demi –, tous les deux se jetèrent à genoux en pleurant, et que ces paroles s’échappèrent de leurs lèvres : « Guidez-nous, protégez-nous, mon Dieu ! nous régnons trop jeunes ! » (Mémoires de madame Campan)

Pour juger les souverains, il n’y a dans l’histoire qu’un procédé loyal : se rendre compte par leurs actes de leur véritable nature, de celle qui doit se trouver en contact avec les événements. Ce que le Dauphin et la Dauphine avaient été avant la mort de Louis XV, ce qu’ils furent après, voilà ce qu’il importe de bien savoir, voilà ce qu’il faut dégager de la lutte des partis, des exagérations de la haine, et même de la sincérité d’une sympathie qui s’attache à de grandes infortunes.

Ce qui frappe d’abord dans le jeune Dauphin, qui devait prendre le nom de Louis XVI, c’est le contraste qui existe entre lui et Louis XV, son aïeul. En 1840, l’historien et futur académicien Frédéric-Alfred de Falloux raconte ainsi la mort de Louis XV dans son Histoire de Louis XVI : « Le cardinal de la Roche-Aymond, grand aumônier de France, parut avec le viatique. Le roi se souleva avec respect sur son lit ; il voulait s’humilier à haute voix devant son Dieu ; mais ses forces le trahirent, et il retomba en priant le cardinal de lui servir d’interprète. Le cardinal, tenant le viatique à la main, dit d’une voix émue : Quoique le roi ne doive compte de sa conduite qu’à Dieu seul, il déclare qu’il se repent d’avoir causé du scandale à ses sujets et qu’il ne désire vivre désormais que pour le soutien de la religion et le bonheur de ses peuples. »

Si Louis XV, en mourant, demande donc pardon à Dieu de toutes les fautes de sa vie, son petit-fils, dont le père était si pieux – le père de Louis XVI mourut à trente-six ans, après une vie vouée tout entière à l’exercice des plus hautes vertus et à l’éducation de ses enfants –, est pur et pieux comme son père. Comme lui on l’avait vu se tenir à l’écart de la cour et de l’entourage de Louis XV.

Les premiers sentiments inspirés par le Dauphin et la Dauphine après leur mariage, qui eut lieu en 1770, s’étaient résumés dans le mot, si séduisant pour les princes, de popularité : « La première entrée des jeunes époux dans la capitale avait été marquée par ces transports que les Français savent si bien manifester. Plusieurs fois ils retournèrent à Paris, pour jouir du bonheur qu’ils avaient goûté. Un soir qu’ils assistaient à la représentation du Siège de Calais, de vifs applaudissements accueillirent ce vers : Le Français, dans son prince, aime à trouver un frère, / Qui, né fils de l’État, en devienne le père. Lorsque, ensuite, ce vers fut prononcé : Rendre heureux qui nous aime est un devoir si doux !, le Dauphin et la Dauphine applaudirent les premiers, et cette réponse excita de nouveaux transports. » (Histoire du règne de Louis XVI, Volume 1, par Droz)

S’agissant de cette popularité, il suffit de consulter les divers historiens de l’époque, même les plus opposés à l’ancienne royauté. Au moment de son arrivée en France, la Dauphine, à peine âgée de quinze ans, avait montré bientôt une sensibilité qui lui était naturelle, qui devait la rendre et qui la rendit populaire. Rapporterons-nous des anecdotes bien connues qui font connaître la jeune princesse et qui la montrent telle qu’elle parut d’abord à la France ?

Un jour, dans une chasse où un pauvre paysan avait été blessé, elle voulut qu’on le transportât dans sa voiture. On la vit panser de ses propres mains un de ses domestiques. Elle s’était faite auprès de Louis XV l’intermédiaire des infortunes isolées et délaissées. Avant d’être mère, elle en avait tous les sentiments : comme on racontait devant elle qu’une femme, au lieu d’implorer sa protection pour obtenir la grâce de son fils, avait cru devoir solliciter celle de madame Dubarry, elle n’en exprima aucun mécontentement : « Ah ! dit-elle, si j’étais mère, pour sauver mon fils, je me jetterais aux genoux de Zamore ! [ce dernier était le petit Indien qui portait la queue de la robe de madame Dubarry] » (De Falloux, Histoire de Louis XVI)

On rencontrait souvent le Dauphin au sortir de quelque pauvre chaumière et des greniers où sa charité l’avait amené. Il arriva qu’un jour il fut reconnu par des pages dans une de ses visites mystérieuses : « Convenez, messieurs, dit-il, que je suis plus malheureux qu’un autre : je ne puis aller en bonne fortune sans être trahi ». (De Falloux, Histoire de Louis XVI)

Le célèbre Louis Blanc, favorable aux idées républicaines et qui publia notamment une Histoire de la révolution française en 15 volumes, parle lui-même des « vertus » de ce prince, et, tout en disant qu’ « il n’avait rien d’un roi », établit ce rapprochement entre lui et Henri IV : « Aucun de ses ancêtres, Henri IV excepté [Louis Blanc oublie de mentionner ici le roi Saint-Louis], ne serait allé, comme lui, visiter l’indigent dans un réduit obscur, et ne se serait écrié sur le chemin du sacre : Point de tapisseries ! Je ne veux pas qu’on empêche le peuple et moi de nous voir. » La charité et l’amour du peuple qu’il est appelé à gouverner, chez un roi qui n’a pas vingt ans, sont-ils des qualités politiques, surtout quand il ne s’y mêle point de calcul ? Ce sont au moins d’heureuses dispositions de la part d’un souverain, et elles expliquent la popularité dont jouit d’abord le nouveau roi.

Marie-Antoinette en 1769, par Joseph Ducreux
Marie-Antoinette en 1769, par Joseph Ducreux

Un autre fait peindra un prince dont on peut dire qu’il fut un prince économe, ne reculant devant aucune économie comme personne pour rétablir l’ordre dans les finances. Pendant la maladie de son aïeul, lorsque le danger du roi était de plus en plus grave, le Dauphin écrivit au contrôleur général des finances la lettre suivante : « Je vous prie, monsieur, de distribuer dans la minute deux cent mille livres aux pauvres, afin qu’ils prient pour la conservation du roi. Et si vous trouvez que la distribution de cette somme puisse nuire à vos arrangements, vous la retiendrez sur mes pensions. Louis, Dauphin. »

Cette marque d’affection pour son aïeul était d’autant plus remarquable, que Louis XV éloignait de sa personne les princes ses petits-fils, et qu’ils n’étaient point dans l’intimité de sa vie privée : il y avait, sans aucun doute, l’élan d’une âme généreuse dans cette riche aumône que répandait la piété filiale du Dauphin. Ajoutons que l’éducation du jeune prince avait été suivie avec soin, et que sa facilité naturelle, unie à un grand goût pour l’étude, soigneusement développé par le Dauphin son père et les maîtres qu’il lui avait donnés, faisait de Louis XVI un prince très instruit.

Il avait beaucoup étudié l’histoire et traduit les œuvres d’historiens célèbres – L’Histoire de Charles Ier, par Hume ; les Doutes historiques sur les crimes imputés à Richard III, par Horace Walpole, et les cinq premiers volumes de la Décadence de l’empire romain, par Gibbon. Très bon latiniste, il savait plusieurs langues étrangères – l’allemand, l’italien et l’anglais –, et il avait poussé si loin ses connaissances géographiques, qu’on a dit de lui que « simple particulier, on n’eût pu lui refuser une place à l’académie des sciences », écrit encore de Falloux dans son Histoire de Louis XVI.

Il n’avait que onze ans lorsqu’il devint l’héritier présomptif de la couronne. Son gouverneur voulant, dans la charge qui lui était confiée, s’entourer des meilleurs conseils, écrivit à un des anciens bibliothécaires de la Dauphine, le Père Berthier, exilé de France avec son ordre – il était jésuite –, pour lui demander sa pensée sur les principes qui doivent régler la vie d’un prince. Ce à quoi, nous apprend Frédéric-Alfred de Falloux, Berthier répondit :

« I. De la nécessité pour un prince d’apprendre à réfléchir
Le prince qui ne saura pas se juger lui-même, par la réflexion, court risque de ne jamais connaître une foule de devoirs qu’il doit remplir, ni moins encore un nombre de défauts qu’il doit corriger. Il s’expose encore à confondre, dans les affaires du dehors, les caprices de sa volonté avec les règles de la justice, et, dans le for intérieur, le vœu secret de ses passions avec la loi de Dieu, qui est la règle des princes comme celle des particuliers.

« II. De l’amour du travail nécessaire au prince
Une des plus dangereuses illusions qui pourraient s’emparer de l’esprit d’un prince serait celle qui lui persuaderait qu’il n’est pas né pour le travail, comme le commun des hommes. Il n’est pas de désordre qui traîne après lui de plus déplorables suites que l’éloignement du travail dans ceux que le ciel a favorisés de la naissance et des richesses... Un prince doit se pénétrer de cette grande vérité, qui était toujours présente à M. le Dauphin (père de Louis XVI), que personne n’a plus besoin de temps et n’en doit être plus avare que celui qui en doit tous les instants à tous.

« III. De l’humanité qui convient au prince
De tous les attributs de Dieu il n’en est aucun dont l’homme soit plus touché que son infinie bonté. Aussi ne dit-il pas, lorsqu’il a recours à lui, qu’il prie le Dieu puissant et saint, le Dieu juste et éternel ; il prie le bon Dieu. Le titre aussi le plus flatteur auquel puisse aspirer un prince destiné au trône, c’est qu’un jour la famille entière de son peuple, en parlant de lui, l’appelle notre bon roi. Le pardon des injures est le précepte divin pour le prince comme pour les autres hommes.

« IV. De la dévotion extérieure qui convient au prince
Ce n’est que par le cœur et la piété intérieure que l’on plaît véritablement à Dieu ; et la dévotion, ou, ce qui est la même chose, le dévouement à Dieu et aux choses de Dieu est le plus noble des sentiments qui puissent occuper le cœur de l’homme... Outre cette dévotion intérieure, l’âme et l’essence de la religion, il est une dévotion extérieure qui en est comme le corps et doit en être la compagne inséparable ; l’une sanctifie, l’autre édifie. Le devoir d’édifier, commun à tous les hommes, et plus particulièrement celui de la supériorité, est éminemment celui des princes.

« V. Rien n’est grand dans l’absence de la religion
L’écueil à craindre pour le prince, dans l’exercice de la dévotion extérieure, ce serait que le motif n’en fût pas assez épuré, et qu’il ne cherchât dans une piété d’ostentation qu’un instrument à sa politique. Ce serait faire les frais du bien, et en prostituer les fruits.

« VI. Du pouvoir du prince dans l’Église
Le pouvoir du roi de France dans l’Église est celui du fils aîné dans la maison de sa mère : c’est un pouvoir de protection et de bienveillance, et nullement de domination. »

Personne ne dira qu’on ne voulût point préparer à la royauté celui auquel on faisait entendre ces maximes. Propres à former le cœur d’un roi, à le soutenir dans les grandes épreuves, à le conserver pur et irréprochable, à le pénétrer du sentiment de ses devoirs, à lui faire de la bonté un précepte divin, de telles maximes n’embrassaient pas assurément toutes les situations où pouvait se trouver un prince ; mais est-il possible, dans l’éducation, de prévoir un double avenir, celui d’un roi et celui d’un peuple ?

Au moins ne faut-il pas ignorer que l’éducation de Louis XVI avait été basée sur ces principes éminemment chrétiens, et que l’idée du pouvoir ne lui avait été présentée qu’avec celle du devoir.




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