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8 mars 1637 : mort de l'astronome et mathématicien Gilles Macé - Histoire de France et Patrimoine


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8 mars 1637 : mort de l’astronome
et mathématicien Gilles Macé
(D’après « Un professeur de mathématiques à l’Université de Caen
au commencement du XVIIe siècle : François-Gilles Macé », paru en 1912)
Publié / Mis à jour le jeudi 2 mars 2017, par LA RÉDACTION



 
 
 
Issu d’une lignée de célèbres imprimeurs, Gilles Macé s’oriente de bonne heure vers l’astronomie, et devient professeur de mathématiques à l’Université de Caen à l’âge de 27 ans, avant de s’illustrer quelques années plus tard en publiant un ouvrage consacré à la comète de 1618

C’est en 1586 que les mathématiques furent introduites dans l’enseignement de l’Université de Caen. Le premier professeur fut un étranger, Jean de Séville, qui eut pour successeur un caennais, Onfroy. Celui-ci orienta son cours vers un objet pratique ; dès ce temps il comprenait la nécessité de plier l’enseignement des universités aux convenances locales. Chaque année, avant la rentrée des cours de la Saint-Denis, les professeurs de l’Université allaient conférer avec le Corps de ville et le mettaient au courant de la situation de l’Université et de ses divers enseignements.

A la séance du Corps de ville du 13 septembre 1591, Me Onfroy, interrogé sur son enseignement, dit « avoir lu les Éléments d’Euclyde, mais avoir esté peu suivy d’auditeurs qui semblaient ne prendre pas grand goût à ladite instruction... il se promet (pour l’année suivante) de lire l’usage de l’astrolabe, l’usage de la sphère et il espère que les auditeurs prendront plus de contentement ».

Comète de 1618. Illustration extraite de Judicium astrologicum, von dem newen Cometa
Comète de 1618. Illustration extraite de Judicium astrologicum, von dem newen Cometa

Il s’agissait, en effet, dans une ville maritime comme l’était Caen à cette époque, de donner aux marins une instruction mathématique et pratique. De là à étudier le cours des astres et à faire dévier l’enseignement des mathématiques vers celui de l’astronomie, il n’y avait qu’un pas : il fut franchi au XVIIe siècle. Au reste, était-ce bien une nouveauté ? L’astronomie faisait partie de l’enseignement de la Faculté de Médecine qui avait dans les anciennes universités le rôle de nos Facultés des sciences. Le rédacteur du Matrologe, Pierre de Lesnauderie, disait, au commencement du XVIe siècle, que les salles de la Faculté de Médecine, situées au-dessus de la bibliothèque et du côté du marché, étaient petites, mais élevées et qu’elles permettaient ainsi d’observer le cours des astres.

Les professeurs ordinaires de la Faculté n’ont cessé de se plaindre de l’exiguïté de ces salles où ils ne pouvaient même faire passer les examens. Seul a dû les apprécier, à cause de leur situation favorable, celui qui était lecteur royal en mathématiques au temps de Louis XIII, Gilles-François Macé. Nous le voyons figurer comme professeur en médecine et aux sciences mathématiques dans divers documents des années de 1613 à 1638 et toucher par an pour cette fonction la somme de six-vingt livres.

Qu’était-ce que ce Gilles-François Macé ? Il était le deuxième fils de Bénédic Macé, imprimeur à Caen, libraire de l’Université, et se rattachait ainsi à une célèbre dynastie d’imprimeurs qui remonte au commencement du XVIe siècle ; Jean et Richard Macé associés du célèbre Michel Angier n’ont pas imprimé moins de 89 volumes, de 1502 à 1524. Leur frère, Robert Macé, également imprimeur, fut relieur de l’Université ; il eut pour successeur son fils Bénédic, le père de Gilles-François, qui naquit le 2 février 1586.

Si Gilles-François ne s’est pas adonné à l’imprimerie, c’est que son frère aîné, Charles avait succédé à son père et continuait de faire fleurir la devise Expes spero qui, avec une couronne de laurier, encadrait la marque de Bénédic : « une sirène sur les flots, se peignant de la main droite et tenant une ancre de la main gauche ». C’est peut-être aussi que de bonne heure son goût l’avait entraîné vers les spéculations mathématiques et l’étude de l’astronomie. Son portrait, conservé à la bibliothèque de la ville, nous montre un homme jeune qui porte la moustache, la barbe à la Louis XIII et a l’air ténébreux d’un homme qui vit dans les nuages.

En 1618, Gilles-François Macé devait jouir à Caen d’une certaine réputation. Le fameux savant hollandais Isaac Beeckman, l’ami de Descartes, vint dans cette ville prendre ses degrés de docteur en médecine. C’était un homme exact et minutieux, qui tenait un journal ou registre de ses pensées. Il y notait aussi certains détails concernant sa vie de tous les jours : le 13 août 1618, il était à Caen, chez Macé, et il y vit la lunette de Galilée. Il le note dans son livre en des termes remarquables, suivis d’une description de l’instrument.

C’était alors, en effet, un fait d’actualité scientifique. En 1610, Galilée avait construit la fameuse lunette qui lui permit la plupart de ses grandes découvertes : il avait reconnu les montagnes de la lune, constaté que la voie lactée n’est qu’un amas d’étoiles, qu’il en est de même des nébuleuses. Or, la lunette de Galilée devait d’autant plus attirer l’attention de Beeckman, que c’était à Middelbourg, ville où il était né le 1er janvier 1589, que Jansen avait fabriqué les premières lunettes.

Quant à Macé, il est intéressant de constater qu’à cette date, il se tient au courant des travaux de Galilée. Nous allons voir qu’il est également au courant des travaux de Tycho-Brahé et de Kepler. 1618 n’est pas seulement l’année de la rencontre de Beeckman et de Descartes, de Beeckman et de Macé. C’est l’année de la comète. Quand Beeckman vint voir Macé à Caen, celui-ci, armé de sa lunette, était déjà sans doute occupé à l’observation de cette comète. Car il publia l’année suivante, en cette ville, « chez Jaques Brenoiset, demeurant à Froide rue, à la court au Sens », le Discours véritable des admirables apparences, mouvements et significations de la prodigieuse comète de l’an 1618, avec les démonstrations de sa situation céleste, grandeur et distance de la Terre (1619). Cet ouvrage est dédié à « Monseigneur Messire Alexandre de Faulcon, chevalier de l’Ordre du Roy, conseiller de Sa Majesté en ses Conseils d’Estat et privé, premier président en sa Court de Parlement de Normandie, seigneur de Ris, la Borde et Messy, chastellain de Charleval, etc. »

Nous ne serons point surpris de cette dédicace ; depuis la fin du XVIe siècle, le Parlement de Rouen exerce un véritable contrôle permanent sur l’Université. Quand on connaît le langage des lettrés du temps, le style des dédicaces de Corneille, on ne trouve pas étrange le ton de l’épître du pauvre astronome, qui se juge « téméraire d’offrir si peu de chose au Prince d’un si grand et auguste Sénat », et s’il dit à Faulcon « que son éminente doctrine le fait paroistre entre les hommes illustres comme les plus brillantes estoilles dans l’émail du firmament » ; s’il parle de l’espérance qu’il a conçue, en présentant son livre au premier président, « qu’il serait esclairé du Soleil de sa bienveillance », c’est langage d’astronome. Et si dans le magistrat rouennais, il voit un autre Alexandre, qui pourra défendre son livre et « fera naistre la honte au visage de ceux qui le voudroient blasmer », c’est allusion au prénom de son protecteur.

Macé en cherche un pour son petit discours ; la précaution n’était pas inutile en un temps où les découvertes des astronomes étaient surveillées de près et où Galilée venait d’être invité à ne pas se prononcer nettement pour le système de Copernic (1616). Il y a, en effet, dans ce petit traité quelques audaces. Macé, qui connaît les travaux de Galilée, les enregistre sans les blâmer ; avec lui, après lui, il ose s’attaquer à l’autorité d’Aristote, qui avait régenté jusqu’alors l’astronomie comme toutes les autres sciences, et dont l’esprit d’examen du XVIe siècle n’avait pas encore tout à fait ébranlé l’autorité.

Macé, par d’excellents arguments, ruine le fondement de cette autorité : « Et l’on doibt trouver estrange que depuis deux mil ans ou plus, l’opinion d’Aristote ait abusé l’esprit des hommes et que tant de philosophes de toutes nations ayent négligé d’acquerir la cognoissance d’un si grand nombre d’effroyables flambeaux qui ont esté regardez et admirez comme prodiges et advancoureur des calamitez publiques, sans avoir aucunement cogneu l’erreur de l’absurde et prodigieuse creance qu’ils en concevoient comme monstres à nature sur la relation d’autruy. Comme si l’authorité d’un seul homme qui n’appuyé sa doctrine d’aucunes observations et demonstrations mathématiques servoit d’article de foy en choses celestes et sublimes dont la cognoissance de soy difficile et obscure ne se peut acquérir que par plusieurs expe- riences et diligentes observations de la distance de la Terre, mouvemens et apparences ».

Nous voyons ici un esprit philosophique et scientifique très éveillé et qui condamne justement le principe d’autorité en matière scientifique, et il y faut quelque courage, deux ans après la condamnation de Galilée.

Mais il y a chez les savants du XVIIe siècle de singulières contradictions et d’étonnants contrastes : le même homme qui nie si radicalement l’autorité d’Aristote et essaye d’étudier scientifiquement le mouvement des comètes, croit encore à la signification de celles-ci et, avec beaucoup d’astrologues, rappelle tous les rapprochements à faire entre l’apparition de ces astres et les calamités qui ont désolé le globe depuis la raine de Jérusalem qu’une comète avait annoncée. Il oublie cependant la conquête de l’Angleterre et la comète de 1066, preuve que dès ce temps-là la tapisserie de Bayeux était quelque peu oubliée et délaissée.

Il ne s’en tient pas là et recherche ce que peut bien signifier l’apparition de la comète de 1618 : il a le bon goût de ne rien prédire de mauvais à ses concitoyens. « Mais entre toutes les nations, cet astre inusité menace plus l’Empire des Turcs et autres peuples qui reverent l’Alcoran que nul autre pays, pource que cette secte brutale mahométique a pris naissance sous le Scorpion, peu après la conjonction des superieures planetes qui fust en ce signe Scorpioniste l’an 630 de notre salut. Et l’on a tousiours observé que quand il est arrivé quelque constellation notable, éclipse ou comète en ce signe, l’Empire turquesque a receu insigne perte ou dommage.

Hic agitat versatque suos fortunci Tyrannos.

« Sur quoi l’on peut rapporter ce qui arriva de la grande comète observée par Haley, laquelle apparut au 15e degré de Scorpion... En outre, les batailles, meurtres et dépopulation des régions et cités, famine et peste qui fut contre les Mores dont il mourut un nombre infini, il y eut un rebelle en Afrique qui, sous pretexte de l’explication de la Loy de Mahomet, excita une grande sedition populaire.

« Il y a donc apparence que celle-cy estant apparue en ce mesme signe et portée d’un mouvement retrograde, renouvellera les guerres des Persans et Othomans.

« Pourquoi les chrestiens doivent esperer de la bonté celeste que la tyrannie de ces barbares cessera bientost et que l’on dira de leur nation : Comite in terram qui vulneratis gentes, detracta est apud inferos superbia tua ».

Un astrologue humaniste ne pouvait mieux finir ; ces prédictions nous font sourire aujourd’hui. Mais elles prouvent que Macé est bien de son temps ; les savants du XVIIe siècle manifestent un étonnant mélange de science qui naît, d’érudition qui s’accumule et d’esprit naïf. Un demi-siècle plus tard, nos confrères et ancêtres de l’Académie épuiseront tous les trésors de leur érudition philologique à rechercher l’emplacement du Paradis terrestre. Et à ne considérer que les astronomes, Kepler, dont Macé a lu les œuvres et qui l’a sans doute inspiré, Kepler, après avoir fait faire à l’astronomie les progrès les plus décisifs, croyait aux pronostics à tirer du cours des astres et ses œuvres complètes contiennent, à côté de ces grands ouvrages astronomiques, des traités d’astrologie.

Et c’est par là qu’il faut finir. Il nous suffit que Macé ait été au courant de la science de son temps. A peine Galilée, Kepler ont-ils écrit et exposé leurs immortelles découvertes, que Macé les connaît et s ’en inspire. De même nous avons pu remarquer que ses confrères en médecine, les Jacques de Cahaignes — recteur de l’Université de Caen — et les De Vendes sont au courant de toutes les découvertes médicales de leur temps : ce ne sont point de simples praticiens, mais des esprits curieux qui travaillent et cherchent à faire progresser la science. Leur science est celle du XVIIe siècle, et ce n’est point leur faute. Mais ce furent des savants.




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