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8 septembre 1780 : mort de la romancière Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, auteur de La Belle et la Bête - Histoire de France et Patrimoine


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8 septembre 1780 : mort de la romancière
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont,
auteur de La Belle et la Bête
(D’après « Le Magasin des enfants » édition de 1847
et « La Belle et la Bête et autres contes » paru en 2014)
Publié / Mis à jour le mercredi 7 septembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Gouvernante française installée à Londres, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1711-1780) met à profit son expérience de pédagogue pour rédiger des traités d’éducation sous forme de dialogues truffés de contes, et est considérée comme le premier auteur à avoir adopté un style simple pour plaire aux jeunes lecteurs

En 1748, vers le commencement de l’hiver, une femme jeune encore, d’un extérieur décent et triste, se présenta à l’Hôtel des Trois Couronnes, à Londres, rapporte au XIXe siècle la femme de lettres Eugénie Foa dans une notice qu’elle consacre au sein d’une réédition du Magasin des Enfants à son auteur, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont.

Parlant facilement l’anglais, bien qu’avec un accent français, cette dame demanda une chambre dont le loyer ne fût pas cher, paya une quinzaine d’avance et s’installa. Bientôt la conduite de cette étrangère inspira quelques soupçons à l’hôtesse, vieille femme, pas méchante, mais assez bavarde, ce qui quelquefois revient au même. Cette étrangère ne prenait aucun de ses repas à l’hôtel, ne sortait qu’une fois par jour, de grand matin, restait dehors un quart d’heure environ, et opérait sa rentrée furtivement , et en évitant soigneusement d’être vue ou rencontrée par les gens de la maison ; le reste du jour, elle le passait à écrire ; ce dont quelques valets plus curieux que discrets s’étaient assurés en regardant par le trou de la serrure.

La seconde quinzaine se passa de même ; seulement la dame française sortait plus souvent, écrivait moins par conséquent, et, chaque fois qu’elle rentrait, elle paraissait plus accablée et découragée que fatiguée ; souvent ses yeux baignés de larmes se détournaient avec affectation de ceux que le hasard ou un sentiment de curiosité malveillante mettait sur son chemin.

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont s'installe en Angleterre
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont s’installe en Angleterre

Un jour un grand bruit se fit entendre sur le palier même où était situé l’appartement de la dame française. D’abord on entendit la voix aigre de l’hôtesse, qui, d’un ton qui ne permettait aucune réplique, criait : « Payez-moi, ou sortez ; votre chambre est louée à d’autres. Allons, sortez ! » Puis une voix désolée, qui, sans prière, et répondant plutôt aux exigences du sort qu’à celles de l’hôtesse, disait : « Mais où aller, mon Dieu ! où aller ? » Cette voix ne pouvait appartenir qu’à une très jeune fille ; la dame française ouvrit précipitamment sa porte, et en face d’elle elle vit effectivement une jeune fille , grande, mince, le visage couvert de ses mains, qui, appuyée sur le chambranle de la porte inhospitalière refermée inhumainement sur elle, ne pouvait se décider à quitter même cette dernière place.

« Allons, descendez, que faites-vous là ? Vous ne pouvez y rester éternellement », lui disait l’hôtesse ; puis, sans doute, pour tempérer aux yeux de ceux que cette rumeur avait amassés dans cet endroit son action barbare, elle ajouta : « Elle me doit un mois, je ne le lui demande pas, je ne retiens pas même son paquet ; mais qu’elle s’en aille, au moins, je ne puis lui faire la charité plus longtemps. » A ce mot de charité, la jeune fille releva subitement sa tête, dont une noble rougeur colorait le front : « Assez, madame, je m’en vais », dit-elle. Puis elle ajouta en pleurant : « C’est vrai, vous avez été bien bonne pour moi, et je vous remercie. »

En passant devant l’étrangère , cette dernière lui prit le bras :

— Où allez-vous, pauvre enfant ? lui dit-elle de cet accent qui trahit non la pitié, mais de la bonté.
— Je I’ignore, madame, répondit cette jeune fille, qui sentit le besoin de concilier à elle les gens qui l’écoutaient. Orpheline, sans appui, j’ai été élevée dans une pension dont la maîtresse est morte il y a deux mois ; obligée de quitter mon seul asile, je suis venue ici ; j’espérais trouver une autre pension, y entrer comme institutrice... mais partout on me trouve trop jeune ! ... Voilà mon histoire, madame.
— Entrez chez moi, mademoiselle, dit la dame française prenant avec amitié la main de la jeune Anglaise ; puis, se tournant vers l’hôtesse, elle dit simplement : « Faites, je vous prie, madame, mettre un lit dans le cabinet attenant à ma chambre, et dites-moi ce que je devrai de surplus. »

Et, comme la foule augmentait progressivement, elle entraîna la jeune fille dans sa chambre, et en referma la porte sur les curieux.

— C’est ça, ça n’a pas de quoi manger, et ça partage avec tout le monde... s’écria l’hôtesse.
— Qui n’a pas de quoi manger ? interrompit un locataire du premier que le bruit avait attiré au quatrième, où se passait la scène.
— Cette Française qui prend la première venue en pension chez elle ; si elle la nourrit comme elle se nourrit, sa pensionnaire n’engraissera pas.
— Cette Française ?... mais je la connais, mistress Green, dit le locataire du premier... et je la croyais riche.
— Riche ! se récria mistress Green, ça paye une chambre une livre par mois, et ça déjeune, ça dîne, ça soupe avec un schelling, pain et viande tout compris, qu’elle va acheter elle-même à la halle tous les matins ; riche ! il fait un froid d’enfer, et ça n’a pas seulement les moyens d’avoir une chaufferette pour se chauffer !
— Mais n’est-ce pas madame Leprince de Beaumont ? demanda le locataire.
— C’est le nom inscrit sur le registre, dit l’hôtesse.
— C’est bien elle, dit le locataire. C’est une dame du plus haut mérite. L’année dernière, j’étais à Commercy au moment où elle offrit au roi de Pologne un roman de sa composition, le Triomphe de la Vérité. Ce livre était très bien. Faites-moi l’amitié, mistress Green, d’aller demander à madame de Beaumont l’honneur d’une visite.

Madame Leprince de Beaumont avait trop d’esprit pour éprouver une fausse honte sur l’état de gêne où elle se trouvait ; elle accueillit très bien son compatriote, et ne lui cacha pas qu’elle désirait obtenir à Londres une place d’institutrice dans une grande maison. Celui-ci s’engagea à la lui procurer ; effectivement il la présenta chez une dame qui l’accueillit parfaitement et lui confia l’éducation de ses filles. Par les soins de madame de Beaumont, sa protégée trouva, elle aussi, une place de sous-maîtresse dans une pension.

Ce fut pour ses élèves que madame Leprince de Beaumont composa, en 1757, son meilleur ouvrage, Le Magasin des enfants, qui eut un si grand succès, qu’il fut traduit dans toutes les langues de l’Europe. Très souvent réimprimé, ce livre a toujours obtenu l’approbation du public. Il est écrit avec simplicité et clarté ; les contes qu’il contient ont un tour original plein de charmes, ils ont fourni le sujet de plusieurs de nos comédies ; la morale en est attachante et douce.

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont naquit à Rouen le 26 avril 1711. En 1725, elle entra chez les Sœurs d’Ernemmont qui formaient les enseignantes pour ce que l’on appelait à l’époque les « petites écoles ». Elle enseigna dix ans dans cette institution rouennaise et prononça même des vœux de noviciat. Puis elle décida de quitter sa Normandie natale et, munie d’une lettre de recommandation du couvent, elle rejoignit la cour de Lorraine à Lunéville où elle devint la gouvernante de la fille aînée de la duchesse de Lorraine. Lorsque la Lorraine fut confiée à Stanislas Leszczynski, roi détrôné de Pologne et beau-père de Louis XV, elle décida de rester à la cour et d’y étudier la musique.

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont. Peinture anonyme
qu’on suppose être l’oeuvre de son frère, peintre réputé

Elle se maria à Lunéville en 1743, mais cette union sera malheureuse et rapidement déclarée nulle en raison de la vie dissolue de son époux, Grimard de Beaumont. Obligée de subvenir à ses besoins après la séparation, elle quitta la France et s’installa à Londres en 1748.

La même année, elle débuta dans les lettres par un roman : Le Triomphe de la vérité ou Mémoires de Monsieur de Villeneuve qu’elle offrit à Stanislas, roi de Pologne retiré à Lunéville. Elle gagna sa vie en tant que gouvernante dans des familles aristocratiques anglaises où ses talents de pédagogue firent merveille. Pour ses élèves, elle se mit à rechercher des textes français pouvant servir de support à des exercices de traduction et favoriser ainsi à ses jeunes élèves l’apprentissage du français. Elle décida de traduire Gil Blas de Santillane de Lesage, mais constata vite que le roman ne motivait guère son auditoire.

Elle réunit alors, en 1750, les contes qu’elle publia en un premier recueil, Le Nouveau Magasin français. Puis, en 1756, parut en Angleterre Le Magasin des enfants, qui connut un succès immédiat en librairie. Très vite, l’édition anglaise fut suivie de nombreuses éditions étrangères. Ces « magasins » étaient des manuels d’instruction très novateurs pour l’époque : on y voyait une gouvernante converser avec ses élèves autour de textes servant de support à leur instruction. Récits bibliques, contes édifiants (dont La Belle et la Bête), observations préscientifiques, règles de bienséance sont les étapes de cet itinéraire pédagogique. L’ouvrage, un classique du genre, servira de vade-mecum à de nombreuses gouvernantes.

En 1757, elle se remaria avec Thomas Pichon, un Anglais naturalisé, originaire comme elle de Normandie. Elle abandonna alors pour un temps ses activités de gouvernante, et sa fille Élisabeth, née de son premier mariage, vint la rejoindre en Angleterre. En 1764 enfin, elle décida de rentrer en France. Sa fille et son gendre l’accompagnèrent, mais son époux resta en Angleterre et s’éteignit à Jersey sans l’avoir revue. Du fruit de ses économies, elle acheta la petite terre de Chavanod, dans les environs d’Annecy, en Haute-Savoie, où elle s’installa. Elle avait acquis une réelle notoriété.

Animée d’une véritable vocation pédagogique, elle continua à publier des ouvrages faisant référence : en 1766, L’Instruction pour les jeunes gens qui entrent dans le monde et s’y marient, ouvrage plus connu sous le titre de Magasin des adolescentes ; en 1768, Le Magasin des pauvres, des artisans, des domestiques et des gens de la campagne ; en 1772, un manuel d’éducation des garçons, Le Mentor moderne. Viennent encore de nombreux ouvrages, parmi lesquels des Contes moraux (1774) et Les Mémoires de la baronne de Batteville (1776) d’orientation autobiographique . Elle mourut à presque soixante-dix ans, en 1780, après avoir publié plus de soixante-dix ouvrages. Nul ne sait où son corps repose.




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