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Le machinisme ou la liturgie du progrès. Société moderne de consommation : nouvelle religion. Révolution et finance - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Société du « progrès » et de consommation :
née des Lumières instaurant
la religion matérialiste
(D’après « La Revue hebdomadaire », paru en 1921)
Publié / Mis à jour le dimanche 18 décembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Voici un siècle, La Revue hebdomadaire consacrait un article à ce qu’il convient d’appeler la nouvelle religion instaurée par les encyclopédistes et la Révolution française, conduisant à la société dite aujourd’hui de consommation : le machinisme ou la liturgie du progrès, asservissant le peuple, livrant son intelligence au culte exclusif de la matière, sacrifiant son bien-être sur l’autel d’invisibles financiers sachant duper, corrompre la foule et endormir sa crédulité en persuadant l’Homme que la félicité réside dans des distractions le tirant hors de lui-même...

L’univers n’est là que pour notre plaisir et notre utilité ; voilà la grande révélation que Voltaire s’est donné pour mission de répandre. Il ne saurait y avoir pour lui d’autres autels que ceux de la raison et de la volupté, d’autres victimes à immoler que l’ignorance et l’hypocrisie, d’autre sacrificateurs que le philosophe et l’homme sensible. Lorsqu’on relit Voltaire, sa verve endiablée de polygraphe n’arrive plus à nous dissimuler l’énorme naïveté de ces croyances en une manne de bonheur universel que doivent répandre les physiciens, les chimistes et les économistes, lorsque, ayant enfin affranchi les peuples des superstitions, leurs découvertes ouvrant aux marchands et aux financiers des horizons illimités, aucun règlement despotique ne viendra plus entraver le génie civilisateur.

Celui qui nous fait sourire, aujourd’hui que l’expérience nous a durement instruits de la sénilité de ces enfantillages, celui qui nous fait sourire aujourd’hui, ce n’est point le frère Rigollet ni le frère Pediculoso, ce n’est point le camaldule ou le théatin que Voltaire bafoue, mais bien son M. Freret, son comte de Boulainvilliers, son savant, son adorateur et son gentilhomme qu’il prend au sérieux, c’est son ébahissement de villageois devant les progrès des arts mécaniques, c’est le ton grave et quasi religieux qu’il prend pour affirmer que le commerce « adoucit les mœurs ».

Évidemment pour lui le bonheur n’est pas loin d’être atteint par l’humanité, lorsque celle-ci, en la personne de Voltaire, s’abandonne à rêver au petit lever de Mme de Pompadour et à toutes les commodités raffinées dont la marquise jouit grâce aux merveilles de la science ; voyez, voyez, ô mortels, cette collation qu’on lui apporte, boissons figées en six minutes par le moyen du salpêtre, café venu d’Arabie, chocolat venu d’Amérique, thé venu de Chine ; voyez ces miroirs qui lui renvoient son visage et qui sont faits avec du sable, voyez ces images faites avec du noir de fumée, voyez cette lunette de M. le duc qui fait paraître les maisons beaucoup plus grandes qu elles ne sont et nous installent quand nous le voulons en plein dans les cieux ; voyez ces merveilles et dites si l’enthousiasme n’échauffe point vos têtes à la vue d’un tel spectacle et si vous ne souscrivez pas au jugement de M. le duc, heureux familier de ces levers : « Les jeunes gens, en sortant des écoles, en savent plus que tous vos philosophes de l’antiquité. »

Un des plus grands crimes du fanatisme, selon Voltaire, c’est de multiplier les fêtes chômées qui empêchent si absurdement le bon peuple de travailler autant qu’il le voudrait et ainsi de faire rapporter aux biens de M. de Voltaire tout ce qu’un esprit philosophique est en droit d’attendre de la science. Au-dessus de cet Eden conforme à la saine raison, Voltaire suspend un Être infini, souverain auteur de la nature, sorte de dieu fainéant qui, une fois qu’il a créé l’univers, n’ose plus y toucher de peur de choquer les philosophes et qui a tout l’air d’un personnage de transition placé là pour occuper la scène le temps que la science trouve les origines de la vie. Robespierre et Chaumette qui croyaient encore en lui sentirent — et ceci est encore remarquable — que ce dieu immobile et muet derrière une nuée ne pouvait maintenir ses adorateurs dans les bornes de la vertu si les philosophes ne l’arrachaient pas de temps en temps à son inaction et ne le faisaient apparaître dans les pompes de sa gloire et les symboles de sa puissance ; et c’est ainsi qu’ils eurent recours à des mômeries tout comme les suppôts de la superstition.

« Le peuple aura des fêtes, fait dire le Moniteur à Danton, le peuple aura des fêtes dans lesquelles il offrira de l’encens à l’Être suprême, au maître de la nature ; car nous n’avons pas voulu anéantir la superstition pour établir le règne de l’athéisme. » Mais cet Être suprême et vague, qu’il revêtît l’apparence de la Raison, de la Nature, de la Patrie ou de la Liberté, fût-il évoqué au son de la musique de Gossec ou de Méhul et habillé par David, n’en devenait pas plus vivant ; c’était un poncif d’école, une allégorie glacée de pédagogue, un rite sans mystère, un néant. La Convention comme le Directoire s’étonnera naïvement de la véhémence avec laquelle la plupart des paysans réclameront leurs messes et leurs curés et du peu de goût qu’ils montreront pour les cérémonies civiques des Décades.

C’est que les idéologues de la Révolution ignoraient absolument qu’une religion, non plus qu’une constitution, ne se fabrique de toutes pièces, mais que ses racines plongent plus loin et plus profond qu’ils n’étaient capables de l’imaginer, dans la conscience immémoriale d’un peuple ; ils ignoraient que la liturgie n’est pas un ballet qu’on règle à sa fantaisie, mais une fête d’initiés qui vient de l’éternité, de la sagesse elle-même et que l’homme ne saurait inventer. Comme l’autorité, comme la vérité, elle préexiste à la raison humaine. Ce ne pouvait donc pas être la chorégraphie théophilanthropique qui allait s’élever en face des antiques croyances, mais bien le culte du progrès matériel inauguré par Voltaire et l’Encyclopédie et qui, lui, sous le nom de machinisme, allait retourner absolument le sens de la terre et introduire l’homme dans une cosmogonie étrange et terrible que celui-ci était bien loin de soupçonner.

Les commencements furent modestes, on le sait : un peu de vapeur d’eau qui soulève la bouilloire de Papin. Mais déjà que nul ne s’y trompe (et c’est ce que sentent fortement les encyclopédistes), une nouvelle liturgie est née sur la terre et en moins d’un demi-siècle : elle va changer la figure du monde, les mœurs et les coutumes des hommes, régir toute la matière, dompter le temps et l’espace, élever des cités énormes, déchaîner des émeutes, créer une mystique sociale confuse et violente, mais despotique. Qu’est-ce donc que la machine en elle-même, sinon une nouvelle table de sacrifice d’où les foules regardent s’élever, dans une fumée de gloire et de puissance, les offrandes que la terre dépêche vers elle en processions indéfinies de ses plus lointains continents ?

La machine, voilà désormais l’autel de l’avenir vers lequel tous les regards se tendent comme vers le lieu où s’opère la transmutation de toutes choses selon les désirs de l’homme. Voltaire l’avait bien prédit, les livres sacrés qui déchiffrent l’énigme de la vie, ce ne sont plus les Écritures, c’est la physique et la chimie. Certes, en fabriquant le premier moteur, l’homme ne pensait pas si loin ; il ne voyait qu’un instrument commode pour contraindre le feu et l’eau à travailler intensément pour lui ; il ignorait que les forces de la nature ne lui appartiennent pas, qu’elles suivent leurs lois qui ne sont pas toujours les siennes et qu’une fois lâchées par lui sans frein dans le monde, elles allaient surexciter sans cesse ses appétits comme ses rêves, que bientôt ce serait elles qui allaient dominer sur lui, l’obséder au point qu’il n’allait plus vivre, penser, créer que par elles et qu’en fonction de leurs monstrueuses explosions ; il ne pouvait s’imaginer qu’elles allaient l’entraîner dans leur furie épuisante hors de ses conditions normales d’existence et finir par lui rendre la terre inhabitable.

Comment aurait-il résisté aux séductions de la machine ? Obéissante au moindre appel, elle entre en branle et ses organes délicats et puissants broient, dissèquent, tissent, découpent, distillent tous ces corps qu’il lui donne à transformer selon ses calculs. Partout l’homme la voit à la fois obéissante et dominatrice. Multiforme, elle parcourt les routes, traverse le ciel et les océans, tend ses réseaux autour du globe, capte les voix, transcrit les ordres.

L’usine est son temple préféré ; elle y élevé avec orgueil ses cheminées comme des obélisques ; elle y étend ses magasins et ses hangars comme des cloîtres où de longs cortèges d’hommes et de femmes s’avancent lentement, porteurs des attributs de leur divinité, au milieu d’un bourdonnement continuel comme si un choeur formidable de moines récitait avec elle un office inconnu, l’office de la matière souveraine ; elle siffle, sonne des cloches, mugit comme un navire en détresse et par instants on la voit flamboyer au milieu des fumées épaisses, pareille à une sibylle qui prophétise. Du matin au soir, ses dévots entrent par milliers et célèbrent son culte uniforme, incompréhensible et triste. Certainement, c’est ici le sanctuaire du nouveau dieu, là où retentissent ses oracles, si durs qu’ils soient aux cœurs accoutumés à d’autres accents, et il n’y a qu’une loi désormais promulguée dans tout l’univers, c’est d’étendre le règne de cette force implacable.

Mais où nous conduit-elle ? Qui a pénétré ses mystères et l’a vue face à face ? Quel est le grand prêtre qu’elle a élu pour interpréter ses décrets inexorables ? Le peuple ? Vous voulez rire. L’ingénieur ? Il n’est tout au plus que son desservant. Le grand prêtre de la machine, celui qui lit dans les entrailles des victimes, c’est le financier. C’est lui le souverain ordonnateur du monde et c’est à lui que la machine sacrifie. Détournée du service de l’esprit, la matière a suivi sa pente ; elle s’est donnée au maître le plus brutal et le plus insatiable et qui ne voit en elle qu’un instrument de jouissance et de domination ; désormais, elle n’est plus qu’une esclave condamnée aux plus durs travaux, sans répit, et c’est à peine si sur son corps déformé par les mauvais traitements, épuisé par les efforts monstrueux qu’on exige d’elle, le poète qui l’aime retrouve la belle créature chantée par la Genèse et les Psaumes, exaltée par les antiques liturgies.

Sans qu’il ait besoin de quitter le fauteuil de son bureau, le financier dispose du caoutchouc de Java, des mines d’or du Transvaal, du pétrole de Galicie ou de Mésopotamie, des chutes d’eau des Alpes, du charbon de Silésie, du fer de Lorraine. Il lui suffit d’envoyer un adepte dans la cella secrète de l’Initiation, le sanctuaire de la conscience moderne et qui joue un rôle aussi important, et aussi mystérieux que celui de Delphes ou d’Eleusis dans la Grèce antique, la Bourse, dont l’architecture n’est pas sans raison copiée sur celle des temples ; l’initié y transcrira une formule rituelle et recevra en échange le signe de toutes ces richesses convoitées sur des sortes de phylactères dont il suffira de découper des petits carrés à chaque fête des saisons pour transformer à l’infini en d’autres apparences de richesses ce caoutchouc, ce pétrole, ce charbon ou ce fer que leur possesseur n’a jamais vus, que travaillent des esclaves dont il ignore le visage, dont la prospérité réelle est secondaire, pourvu qu’une campagne de publicité habilement menée excite l’imagination des foules et permette à l’invisible maître de vendre sa part de propriété au bon moment.

Ce qui est réel dans cette étrange transsubstantiation, ce n’est pas ce que la machine produit, c’est la puissance d’achat que ses initiés inscrivent sur leurs livres sacrés et qui permet à ses grands prêtres de s’élever toujours plus en puissance et en richesse. Pour cela, il est nécessaire de bâtir sans cesse de nouveaux temples, de recruter de nouveaux officiants et de nouvelles foules adoratrices. Si celles-ci n’ont pas la foi, si l’amour de l’idole n’est pas encore allumé en elles, on saura l’éveiller, le développer jusqu’à ce que la victime obsédée tombe vaincue et haletante de désir sous la pluie de sang du taurobole.

Ici, intervient le rôle magique de l’affiche et de la réclame. Comme les scènes sculptées de nos cathédrales enseignaient à nos pères les mystères du christianisme, ainsi sur tous les murs les images racontent en couleurs flamboyantes les miracles de la nouvelle divinité, et les délices de ses paradis ; elles poursuivent jusqu’au fond de leurs retraites le solitaire qui les fuit et l’infidèle qui les ignore. Elles surgissent dans la plus humble bourgade et y chantent la félicité que verse tel alcool, le succès invincible de telle drogue, les splendeurs de tel magasin, les promesses de telle banque.

A force de s’imposer ainsi continûment en tous lieux, elles entrent dans les réflexes les plus obscurs de l’activité humaine, et il est peu d’intelligences qui ne soient dominées secrètement par ces forces élémentaires ; et ainsi va le monde emporté dans un mouvement de plus en plus frénétique. La « civilisation » dépeuple de plus en plus les campagnes, détruit leurs moeurs et leurs caractères, abolit leurs costumes, ruine leurs industries locales ; les villes « tentaculaires » les absorbent toujours davantage ; les « affaires » deviennent de plus en plus vastes et incertaines, la richesse de plus en plus fictive ; c’est ce qu’on appelle, dans la langue rituelle, l’Ère économique.

Dès le matin, regardez les esclaves de la machine ; leur tâche uniforme leur a vidé le cerveau, a fait d’eux des automates ; ne leur parlez plus de métiers, il n’y a plus que des techniques ; rouages infimes du monstre anonyme et bourdonnant, ils ne savent pas où va leur effort, la joie, la puissance ou le désespoir qu’il engendrera. Que l’affaire qu’ils servent prospère ou végète, peu leur importe, leur salaire est fixe. Qui leur commande ? Quel maître masqué tient sous son empire ces bureaux, ces caisses, ces cages grillagées derrière lesquelles d’autres esclaves tracent des signes sur de grands livres ? Ils ne connaissent que ses émissaires dont le servage est égal mais qu’ils envient parce qu’il est plus grassement rétribué.

Comment seraient-ils attachés à cette besogne où ils ne peuvent rien mettre de leur coeur, mais seulement une activité toute machinale ? Ces additions, ces barèmes, ces gestes monotones et perdus dans l’immense enchevêtrement de ces intérêts, de ces cupidités qu’ils ignorent et dont ils ne voient que le langage chiffré incompréhensible pour eux, qu’ils s’en échappent au plus vite et qu’ils puissent s’ébrouer loin de tout cela en liberté !

Dès le matin, regardez-les se hâter vers leurs bagnes dans les énormes cités sans air, sans verdures et sans parfums, comme des troupeaux pressés et sombres ; ils portent les mêmes vêtements ils se ressemblent tous, ils sont la foule ; elle se rue aux embouchures des métros, s’engouffre sous la terre, happe au passage le journal frais sorti lui aussi de la machine et tandis que les voitures illuminées l’emportent tassée parmi les affiches incohérentes, elle lit religieusement cette feuille qui célèbre les merveilles du progrès moderne ; c’est sa prière du matin, monotone, confuse, qui la dupe et la corrompt, endort sa crédulité dans un optimisme paresseux ; puis brutalement la machine la rejette sur le trottoir, elle se divise en petits flots uniformes vers la banque, l’usine, le magasin, où la machine l’attend encore ; et l’office commence ; les chiffres dansent, les téléphones retentissent et échangent leurs dialogues, les marchandises passent et repassent, les papiers rituels circulent de mains en mains, les groupes vont et viennent, se nouent et se dénouent pour la strophe et l’antistrophe ; et ainsi jusqu’au soir, avec le seul répit du repas de midi qui n’a plus lieu à la table familiale où le père rompt le pain et le distribue à ses enfants, mais n’est plus qu’une fonction animale assouvie à la hâte dans la cohue de lieux publics qui en font industrie.

Alors vers la nuit, s’allume et appelle le cinéma, la foule s’y rue. Et dans la nuit des salles, elle jouit en silence d’éprouver des terreurs barbares, des émotions rapides et sommaires ; elle s’enivre de mouvements, de bruits, de l’illusion d’une vie fastueuse et féerique où l’or, le crime, la passion flamboient et défient le temps et l’espace.

L’homme a livré son intelligence et son cœur au culte exclusif de la matière. Par la machine, il en a déchaîné les forces élémentaires pour son seul plaisir, il ne peut plus les arrêter. Celles-ci l’affoleront toujours plus, lui feront perdre de plus en plus sa nature d’homme, le transformeront à l’image et à la ressemblance de l’idole qu’il s’est créée. Déjà il n’est plus que foule, il ne pense plus qu’en foule, il n’agit plus qu’en foule. Ce qu’on a appelé le fait démocratique n’est que la constatation de cette déchéance. Ne rentrant plus jamais en lui-même, l’homme ne se connaît plus, ne vit plus par lui-même, il est vécu par ces énormes masses d’impressions rudimentaires qui entrent en lui sans choix, dont la dominante n’est jamais élue par lui mais lui est imposée du dehors par une obsession savamment entretenue.

Son intelligence est toute descendue dans les fonctions inférieures de son être ; la raison n’a plus aucune prise sur lui. Pour l’ébranler, il lui faut des commotions de plus en plus violentes. Il ne cherche même plus à se demander si la vie qu’il mène n’est pas insensée ; le mouvement affolé qui l’emporte ne lui en laisse plus le temps. Loin de trouver indigne d’un homme libre cette existence de bagne perpétuel, il en est fier au contraire si sa sportule est suffisante et se croit parvenu aux sommets de la civilisation parce que son journal le lui dit et que son petit vocabulaire social et politique de mots à majuscule lui persuade qu’il a fait tomber ses fers en 1789.

Il n’a même plus l’idée du bonheur ou de la vérité ; cette excitation sans cesse renouvelée par l’image, le spectacle de la rue, le cinéma, l’article de journal ou l’apéritif comble ses désirs. Lorsque les excitations lui manquent, il s’ennuie. Il faut voir le dédain avec lequel il considère l’homme de la campagne qui vit loin de ces « distractions », comme il désigne avec une profondeur qu’il ignore ces plaisirs qui le tirent sans cesse hors de lui-même. La religion, la vie du foyer, l’éducation des enfants, tout cela ne peut plus avoir aucune place dans la vie moderne qui se passe toute hors de la maison. Même les femmes réclament le droit d’en sortir et d’aller servir, elles aussi, la machine.

Rapidement cette liturgie des forces élémentaires nous ramène aux époques primitives des grandes hordes sans hiérarchie, rangées comme un bétail sous le fouet du plus fort. Célébrée dans toutes les chaires officielles, pratiquée par tous les pouvoirs publics, propagée par toute la pi esse, chantée sur tous les murs de nos villes, elle apparaît à l’imagination populaire comme la seule manifestation légitime de la vie et la seule source de notre félicité.

Lorsque l’hostie s’élève au-dessus de l’autel, nous savons où monte l’offrande de la création. Mais lorsque la machine accapare toutes les intelligences et toutes les activités, lorsqu’elle consomme sans mesure tous les produits de la terre sans autre but que de drainer toutes les richesses et de les concentrer en quelques mains invisibles, le sage a lieu d’être saisi d’inquiétude, car il voit non seulement l’homme, mais la terre elle-même perdre son visage dans cette dilapidation furieuse, comme si elle voulait rappeler à l’homme que ni l’un ni l’autre ne sont faits pour ce commerce adultère ; plus l’homme cherche à étreindre la matière, plus en effet la réalité de celle-ci lui échappe, et il s’égare dans sa poursuite de plus en plus loin d’elle, à travers des signes de plus en plus abstraits.

Et le jour sera terrible où sortant du songe où il marche en somnambule, il se réveillera soudain au milieu de ses ferrailles et de ses marchandises dans un désert de pierre, et ne sentira plus que du papier dans sa main, du poison dans son pain et dans son vin, l’odeur de la pourriture dans son corps et l’épouvantable froid de l’impuissance qui paralysera sa raison affaiblie et sa volonté dispersée.




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