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24 août 1572 : massacre de la Saint-Barthélemy. Coup d'Etat politique, guerres de religion entre catholiques et protestants - Histoire de France et Patrimoine


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Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


24 août 1572 : massacre de la
Saint-Barthélemy, événement justifiant
le scepticisme de l’Histoire ?
(D’après « Légendes du calendrier », paru en 1863)
Publié / Mis à jour le lundi 24 août 2015, par LA RÉDACTION


 
 
 
En 1863, s’attachant à décrypter les légendes du calendrier, l’essayiste Jacques Collin de Plancy, qui nous a laissé son célèbre Dictionnaire infernal, entreprend de rétablir quelque vérité relative au massacre de la Saint-Barthélemy, l’opinion étant selon lui « moulée sur les représentations que les ennemis de l’Église en ont habilement faites ». Il en appelle à un auteur anglais, protestant, collaborateur de la Revue d’Édimbourg ayant alors publié des données neuves sur la question, qui explique que jamais événement ne justifia davantage le scepticisme de l’Histoire : « Remontez aux sources, écoutez les contemporains, ils ne s’entendent sur aucun point. »

Les Matines de Paris, appelées de ce nom chez les protestants, sont ces sanglantes représailles que les Catholiques connaissent sous le nom de massacre de la Saint-Barthélemy, écrit Collin de Plancy. Représailles en effet, ajoute-t-il, comme il est facile de l’établir ; coup d’État politique où la religion ne fut pour rien, comme on l’a démontré ; horreur dans tous les cas, mais produite par d’autres horreurs qui la surpassent.

Ce massacre, qui a flétri le règne court de Charles IX, pauvre jeune roi mort adolescent, est pourtant un de ces faits historiques que l’on ne peut complètement apprécier que par des études nouvelles. Voltaire, dans les descriptions passionnées qu’il en a faites, n’a pas cherché pour coloris la vérité, mais l’intérêt de ses préventions ; et l’opinion s’est moulée sur les représentations que les ennemis de l’Église en ont habilement faites.

Le Massacre de la Saint-Barthélemy. Peinture de François Dubois
Le Massacre de la Saint-Barthélemy. Peinture de François Dubois

Mézeray — historien qui vécut au XVIIe siècle —, quoiqu’il ait peint avec une certaine énergie d’expression le roi Charles IX, de sa fenêtre du Louvre, canardant les protestants avec sa grande arquebuse à giboyer, n’avait vu, de ce grand coup d’État, que les superficies. Lorsque Napoléon (alors on ne l’appelait que Bonaparte) fut maître de Rome, il fit transporter à Paris les archives du Vatican, immense et précieux trésor qui, bien fouillé, pourrait changer en grande partie l’histoire moderne. Mais, pour explorer ce vaste amas de renseignements, il eût fallu une armée de chartriers et de savants sans préjugés.

Rien ne se fit, sinon quelques recherches isolées. Chateaubriand, entre autres, compulsa une partie des nombreux documents qui concernent la triste nuit du 24 août 1572. Plus tard, son ambassade à Rome lui permit de continuer ses investigations et le mit en possession des dépêches de Salviati, chargé d’affaires de la cour de Rome à Paris lors du massacre. « Ces dépêches, dit-il dans ses Études historiques, sont d’un grand intérêt. » Et il ajoute : « Je les publierai peut-être un jour, en y joignant, par forme d’introduction, l’histoire complète de la Saint-Barthélemy. » Ce travail n’a sans doute pas été fait.

Les Anglais ont chez eux, sur ce fait si saillant, de curieux détails qui manquent à la France. Ils ont compulsé aussi les archives du Vatican, ouvertes à tout le monde ; et, en attendant une histoire précise, un des hommes éminents qui enrichissent de travaux si remarquables la Revue d’Édimbourg, un protestant (notez bien ce point, précise Collin de Plancy), a publié sur le massacre de la Saint-Barthélemy, des données assez neuves.

Capefigue avait déjà éclairé la question, en faisant voir qu’avant le coup d’État du 24 août les protestants avaient fait un grand nombre de massacres plus horribles sur les catholiques. Dans un de ses livres, Balzac a bien établi comment, le 30 août 1572, si on ne les eût pas arrêtés le 24, les protestants enlevaient Charles IX dans une fête du Préaux-Clercs, et proclamaient la république. Mais suivons l’auteur anglais.

Avant d’aller plus loin, notons cependant que les protestants sont plus justes envers nous que nous-mêmes, quand ils veulent être de bonne foi, et qu’en Prusse, par exemple, on n’a pas permis les Huguenots de Meyerbeer, où l’on ne voyait qu’une calomnie exagérée.

Le massacre de la Saint-Barthélemy, dit l’auteur anglais en débutant, est encore un problème historique. Jamais événement ne justifia davantage le scepticisme de l’histoire. Remontez aux sources, écoutez les contemporains, ils ne s’entendent sur aucun point. Péréfixe, évêque catholique, qui n’avait pas intérêt à grossir le martyrologe protestant, élève très haut le nombre des victimes ; Sully, huguenot, en compte un tiers de moins ; de Thou, philosophe, moitié moins que Sully ; Papyre-Masson, deux fois moins que de Thou. L’abbé Caveyrac, qui avait longuement étudié la question, ne porte qu’à deux mille le nombre des protestants tués. Dans cette divergence de calculs, le chiffre que l’écrivain protestant paraît adopter est celui de l’historien de Thou : trente mille.

Mais ce point n’est qu’un accessoire. Une grande question se présente aussitôt. La Saint-Barthélemy a-t-elle été préparée et méditée de longue main ? A côté se lève l’opinion soutenue avec beaucoup de raison par le docteur Lingard, que l’égorgement fut un soulèvement populaire, une émeute passagère et violente ; que le roi, qui eut la main forcée, sanctionna de son autorité, après une longue résistance, pour satisfaire et assouvir la vengeance des masses fanatisées.

On ne trouve pas, dit Caveyrac, dans l’exécution de cette tragédie, l’uniformité de dispositions, la simplicité de plan qu’aurait exigées une préméditation. La cour, s’il en eût été ainsi, n’aurait pas manqué de faire massacrer tous les protestants le même jour dans toutes les villes de France. Au contraire, le massacre eut lieu à Paris, le 24 août ; à Meaux, le 25 ; à la Charité, le 26 ; à Orléans, à Saumur et à Angers, le 29 ; à Lyon, le 30 ; à Troyes, le 11 septembre ; à Bourges, le 11 ; à Rouen, le 17 ; à Romans, le 20 ; à Toulouse, le 23 ; à Bordeaux, le 3 octobre.

A voir ces différentes dates, dit l’écrivain anglais, on ne peut s’empêcher de penser que l’exemple du fanatisme assassin donné par les protestants n’ait fait naître l’assassinat de représailles, et le meurtre se répandit à travers la France comme une traînée de poudre qui s’enflamme sur la roule qu’elle parcourt. Nous pourrions exposer ici un tableau épouvantable des excès et des cruautés de tout genre commises par les protestants avant la Saint-Barthélemy et après.

Contentons-nous de citer, non les dévastations entières de villes et de cantons (ces détails seraient forcément trop longs), mais les quelques petits faits rassemblés par l’abbé Cazeaux, curé de Sufflenheim, et publiés simplement par le Moniteur catholique. Nous y ajouterons deux passages de Meyer (Galerie philosophique du seizième siècle).

« 1. Trente catholiques étaient renfermés dans la même prison à Angoulême. On en fit trois catégories : les uns furent attachés deux à deux, de manière à rester maîtres d’une partie de leurs mouvements, puis laissés sans nourriture, afin que, poussés par le désespoir de la faim, ils s’entre-dévorassent.

« Les autres furent appliqués longitudinalement sur un câble neuf fortement tendu, sur lequel on fit faire la navette à leurs corps, à la façon d’un rabot, jusqu’à ce qu’ils fussent sciés en deux.

« Ceux de la troisième catégorie furent liés à deux poteaux, près desquels on alluma un grand feu, qui était assez actif pour rôtir leurs corps et assez éloigné pour prolonger leurs souffrances, enrichissant ainsi sur le supplice de saint Laurent.

« 2. A Chasseneuil, près d’Angoulême, les huguenots plongèrent et replongèrent dans de l’huile bouillante les deux bras d’un prêtre nommé Louis Fayard, jusqu’à ce que la chair se fût détachée des os. Ensuite on lui infusa dans la bouche de cette même huile, et on l’acheva à coups de pistolet.

« Colin Gillebaut, prêtre, après avoir subi une honteuse mutilation, fut enfermé dans une caisse de bois dont le couvercle était percé de trous, par lesquels on fit tomber sur lui une pluie d’huile bouillante.

« 3. Maître (magister) Jean Bachellon fut condamné à se tenir sur un fer rougi au feu, et étranglé lorsque ses pieds furent entièrement consumés. Maître Octave Ronier fut ferré à la manière des chevaux, puis suspendu à un arbre où il servit de cible.

La Saint-Barthélemy et l'assassinat de l'amiral de Coligny
La Saint-Barthélemy et l’assassinat de l’amiral de Coligny

« 4. A Rivières, on arracha la langue à un prêtre en la tirant par une ouverture pratiquée sous le menton. A Saint-Macaire, on ouvrit le ventre à plusieurs prêtres, et on en tira les entrailles en les roulant sur un cylindre que deux hommes tournaient dans leurs mains. A Mancine, plusieurs prêtres furent enterrés vifs, et l’on hacha une foule de petits enfants catholiques par un procédé renouvelé d’Hérode. Dans une localité appelée urbs Vasatum (c’est Bazas, en Gironde), deux huguenots se saisirent d’une veuve catholique, et, lui ayant introduit dans le corps de la poudre à tirer, ils y mirent le feu et lui firent sauter le ventre.

« 5. A Montbrison, le baron des Adrets fit précipiter plusieurs catholiques du haut d’une tour, au pied de laquelle des soldats les recevaient sur leurs hallebardes. Plusieurs prêtres eurent le nez et les oreilles coupés et les yeux arrachés de leur orbite, puis laissés vivants. Un huguenot se fit et porta un collier composé en entier d’oreilles de prêtres. On ouvrit le ventre à un prêtre, et on y jeta de l’avoine, puis on amena un âne qui, en mangeant l’avoine, arrachait les entrailles de la victime.

« A Audenaerde, un homme vénérable, nommé maître Pierre, fut précipité dans une rivière, après qu’on lui eut lié ensemble, au moyen de nœuds coulants, les mains et les pieds derrière le dos.

« 6. Dans le voisinage d’Ypres, on enterra plusieurs prêtres jusqu’au cou, puis on lança contre leurs têtes les boules d’un jeu de quilles. Dans une autre ville des Pays-Bas, les huguenots firent souffrir toute une série de tortures au père Corneille Mussius, confesseur des religieuses de Sainte-Agathe. D’abord il fut suspendu par les poignets à une échelle, ayant deux poids énormes attachés aux gros orteils. Après ce supplice, on le remplit d’eau, au moyen d’un entonnoir placé dans sa bouche ; puis on lui frappa et comprima le ventre, pour en faire jaillir le liquide par toutes les ouvertures. Enfin, on le suspendit par les gros orteils, et, après qu’on l’eut écorché vif, on traîna son cadavre dans les rues.

« 7. Maître Jean-Jérôme fut traité avec une atrocité dont on devrait croire incapable l’homme le plus cruel. On le lia nu sur une table, et on lui posa sur le ventre un vase renversé, sous lequel se trouvaient des rats vivants ; puis on plaça du feu sur ce vase. Aussitôt que les rats sentirent la chaleur, ils devinrent furieux, et ne trouvant aucune issue, ils se creusèrent une retraite dans le ventre du malheureux Jérôme... »

Passons aux fragments conservés par Meyer, dans le chapitre VII de sa Galerie philosophique du seizième siècle ; ce sont les réactions, quelques-unes du moins, des protestants contre les catholiques :

Lettre écrite du Mans, le 26 juin 1588.

« C’est une pitié d’entendre et d’ouïr les désordres que font partout ici les troupes d’Épernon et Jarsai ; ils pillent, tuent, saccagent, ravissent, emportent les petits enfants du berceau, pour faire courir après les pères et mères, et extorquer leur rançon. Ils pendent les pauvres gens aux portes des églises avec leurs curés, tiennent les autres prisonniers, et leur coupent les oreilles : chose si commune, que nous ne voyons en cette ville que de pauvres gens se venir plaindre de pareilles cruautés. Dans un seul village, ils ont compté deux cents oreilles à la porte d’une église. Ils pillent les églises, ils enlèvent les ornements et calices d’argent. Ils menacent d’en faire autant à Paris et dans les autres villes.

« Ils n’en veulent qu’aux catholiques, on ne voit pas une seule maison de huguenots où ils aient seulement fait tort d’un poulet. »

Fragments d’une lettre du 18 juillet 1588, écrite du Maine.

« Les soldats attachaient par les oreilles les vaincus, les laissaient tirailler et languir, et puis, comme par grâce, les leur venaient trancher ; qui devenaient toutes sanglantes, et les pauvres hommes tombaient demi-morts d’un autre côté.

« Se jouant de la vie des pauvres catholiques, ils disaient aux uns : Je veux te montrer de quelle couleur est ta cervelle, et là-dessus lui fendaient tout le test en deux ; aux autres : Je veux te montrer comme on peut couper les deux yeux d’un seul coup ; ferme les yeux ; et à l’instant lui donnaient un grand coup de coutelas au travers de la vue, dont le test et la cervelle allaient d’un côté, et le corps tombait mort en terre... »

Papyre Masson, de Thou, Camille Capilupi, dont M. Aignan a traduit et publié l’apologie du 24 août 1572 dans sa Bibliothèque étrangère soutiennent que la préméditation a eu lieu. Voltaire s’est emparé de leur opinion ; il l’a étendue, appuyée. Il était payé par les Anglais pour glorifier la réforme dans sa Henriade, comme il le fut par les mêmes pour outrager la France dans la Pucelle, et par Catherine II pour faire de Pierre Ier un héros. L’opinion en question repose toutefois sur des vraisemblances, et Capefigue pense que « le projet de se défaire des huguenots par un moyen quelconque fut posé et peut-être convenu dans l’entrevue de Bayonne ».

A cette entrevue, en effet, il fut résolu, dit l’auteur des Mémoires de Tavannes, que les deux couronnes (espagnole et française) se protégeraient, maintiendraient la religion catholique, vaincraient leurs rebelles, et que les chefs des séditieux seraient châtiés. Le duc d’Albe, que l’on a si diversement jugé, avait recommandé surtout qu’on ne laissât échapper aucun des meneurs. Il avait répété son fameux mot, qu’il appliqua en Belgique aux comtes d’Egmont et de Horn, qu’une tête de saumon valait plus que cent têtes de grenouilles. Le Laboureur, dans ses commentaires sur Castelnau, dit aussi que « les huguenots étaient bien avertis de la trame qu’on brassait contre eux presque à découvert, depuis l’entrevue de Bayonne ».

Quoique prévenus, ils restaient en permanence de rébellion ; rien n’égalait leur insolence à la cour. On n’eût pas dit des hommes tolérés. Ils exerçaient, dit l’écrivain protestant de la Revue d’Édimbourg, sur les catholiques du midi de la France les plus atroces cruautés. C’était de toutes parts assaut de crimes épouvantables. Qui l’emporta dans cette lutte ? A qui resta la palme de la barbarie ? En 1567 et 1569, les rues de Nîmes furent teintes littéralement du sang des catholiques. Rien de plus affreux que la Michelade, comme l’ont nommée les gens du pays, massacre exécuté par les protestants en 1567, avec une horrible régularité, le jour de la Saint-Michel.

Le Massacre de la Saint-Barthélemy
Le Massacre de la Saint-Barthélemy

« Les catholiques, enfermés dans l’hôtel de ville et gardés à vue, furent égorgés par leurs ennemis d’une manière qui ressemble tout à fait aux massacres de septembre pendant la révolution française. On fit descendre l’un après l’autre dans les caveaux les malheureux que l’on voulait mettre à mort, et que les protestants attendaient pour les tuer à coups de dague.

« On avait placé sur le beffroi et sur les fenêtres du clocher des gens armés de torches pour mieux éclairer cette boucherie, qui dura deux heures ; la plupart des victimes furent jetées dans un puits qui avait quarante-deux pieds de profondeur, plus de quatre pieds de diamètre, et qui fut comblé au point que l’eau, mêlée de sang, se répandait au dehors ; et longtemps après on entendait encore les cris étouffés et les gémissements des malheureux qui se trouvaient écrasés par les cadavres. On fit une recherche exacte dans les maisons catholiques. Cette tuerie dura de onze heures du soir à six heures du matin. »

« Les mêmes faits se reproduisent à travers la France entière, sans qu’on puisse affirmer que l’un ou l’autre parti ait pris l’initiative du meurtre. Là où le protestantisme se trouvait en majorité, comme à Nîmes, les catholiques succombaient. Là où les protestants avaient le dessous, comme à Paris, les catholiques se chargeaient de la vengeance. Maurevel tuait Coligny, Poltrot assassinait le duc de Guise. Contraints de s’armer et de se discipliner pour leur propre défense, les huguenots formaient un camp au milieu de la France.

« La position du trône et de la cour devenait insoutenable ; le roi ne représentait plus aucun des intérêts qui agitaient si violemment la masse. Le trône qui n’a de sympathie avec aucune des passions contemporaines est un trône impuissant ; et l’énergie royale s’efface quand les sujets se groupent pour défendre des passions et des idées étrangères ou hostiles aux intérêts monarchiques. C’est ce qui arriva sous Charles IX et sous Henri III. A droite et à gauche de la couronne royale s’élevèrent deux couronnes : celle du protestantisme, portée par Coligny ; celle du catholicisme, portée par les Guise. Dénuée de force, la cour s’arma de politique. »

On nous pardonnera ces citations ; elles étaient nécessaires. Nous adoptons la pensée de l’écrivain anglais, qu’il faut prendre un milieu entre les deux opinions qui ont jugé la Saint-Barthélemy : œuvre préméditée, mais faiblement exécutée par les passions populaires, qu’un moment de colère mit en mouvement.

Catherine de Médicis (autre proie de longues calomnies, que toutefois nous n’entendons pas défendre sans réserves), à l’entrevue de Bayonne, avait répondu au conseil du duc d’Albe d’exterminer les hérétiques, « qu’elle ne prendrait ce parti qu’à la dernière extrémité, et qu’elle essayerait d’abord de prévenir l’effusion du sang et de ramener les huguenots dans le sein de l’Église par la conciliation et la douceur ».

D’un autre côté, quand Charles IX apprit l’attentat de Maurevel sur Coligny, il jouait à la paume. Il s’arrêta hors de lui et s’écria : Par la mort ! ne serai-je donc jamais tranquille ! Lorsqu’on l’obséda pour ordonner le massacre, il résista longtemps, et dit enfin avec fureur : Puisque vous trouvez bon qu’on les tue, que du moins il n’en reste pas un seul qui puisse me le reprocher ! L’ordre fut obtenu. Mais était-ce là une préméditation froide ?

Quant à l’assertion que la nation entière, bien plus encore que la cour, a commis le crime, les pamphlets contemporains lui sont favorables. Le cri de joie poussé à cette occasion par la populace éclate dans plus de mille pages sanglantes en prose et en vers inspirés par cet événement. La Marmite renversée des hérétiques, la Juste Vengeance de Dieu sur les hérétiques, attestent la fureur des masses. Les gravures de l’époque sont dans le même sens. A entendre les complaintes populaires du temps, on voit que Charles IX n’a pas dirigé son peuple, mais qu’il a été entraîné par lui.

Voilà de graves matières à méditation. On trouvera dans la galerie de Meyer, que nous avons citée, des lettres de Charles IX qui peignent le caractère de cet enfant sous un jour favorable. Ce jeune roi était poète, et poète bien supérieur à Ronsard, à qui il écrivait, dans un style dont Ronsard aurait dû imiter le naturel et l’élégance :

Tous deux également nous portons des couronnes ;
Mais, roi, je la reçois ; poète, tu la donnes...

Parmi les anecdotes plus ou moins controuvées dont on a entouré l’histoire de cette déplorable tragédie, nous ne citerons aujourd’hui que la mort de Jean Goujon, l’illustre artiste, le Phidias français, le Corrège de la sculpture. C’était un catholique et un artiste, deux titres à la haine des huguenots, qui anéantissaient l’art partout, en poursuivant partout la foi romaine. Comme en travaillant au Louvre sur son échafaudage, il fut tué d’une balle partie on ne sait d’où, mais assurément d’une main ennemie des arts ou d’un cœur jaloux, et non d’une carabine catholique, et, comme le jour de sa mort était le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, on a trouvé bon de mêler ce fait au massacre qui avait eu lieu cette nuit-là.

Nous croyons qu’on peut redresser ce fait, aussi mal fondé que l’emprisonnement de Cervantes, attribué à l’inquisition.




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