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Mai 1583 : épidémie de peste à Nantes. Remèdes contre le fléau. Ville et médecins impuissants. Chirurgien providentiel - Histoire de France et Patrimoine


Vous êtes ici : Accueil > Événements pittoresques > Mai 1583 : un chirurgien providentiel

Événements pittoresques

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


Mai 1583 : un chirurgien providentiel
délivre Nantes du fléau de la peste
(D’après « Le Compilateur. Revue de la semaine », paru en 1829)
Publié le mardi 14 août 2012, par LA RÉDACTION


 
 
 
 
En 1583, la ville de Nantes est le théâtre d’une horrible épidémie de peste, tenant à l’insalubrité des maisons, la saleté des rues et la communication des personnes malades avec celles qui ne le sont pas. Cependant que les autorités sont impuissantes et que les médecins de la ville se dérobent, un jeune chirurgien surprend en promettant d’endiguer le fléau pour peu que l’on suive à la lettre ses consignes...

Le 26 mai 1583, il était environ neuf heures du matin, lorsqu’un pauvre jeune homme, au teint pâle, aux yeux caves et cernés, parut à la fenêtre d’une des maisons les plus délabrées de la Fosse, qu’a son bouquet de lierre suspendu près d’une bouteille, il était facile de reconnaître pour une auberge.

Il releva le store de toile qui servait de volet, et son regard se promena tristement sur cette mare infecte qui formait alors le quartier. Un soleil brûlant, le soleil de mai, étincelait sur ce cloaque de fange où toutes les ordures étaient entassées au milieu des eaux croupissantes, et duquel s’élevaient des vapeurs épaisses et méphitiques.

C’était la cinquième fois, depuis quelques années , qu’une peste terrible, produite par ces exhalaisons meurtrières, ravageait Nantes et ses environs. La ville offrait alors un des plus lugubres et des plus dégoûtants tableaux que l’imagination puisse concevoir. Partout l’on apercevait des maisons désertes, dont la porte, marquée d’une croix blanche, annonçait que l’épidémie avait passé par là.

Des cadavres livides étaient exposés à chaque pas sans sépulture, au milieu des mares infectes, et des chiens sans maîtres, devenus sauvages, parcouraient la ville, le poil hérissé, la gueule sanglante, traînant des lambeaux de chair humaine, ou rongeant des ossements de morts ; de temps en temps, quelques malades, vêtus de bougran, portant une croix blanche sur la poitrine et sur le dos, et tenant à la main une baguette de même couleur, paraissaient dans la rue, et venaient chercher un peu d’air et de fraîcheur, à l’ombre des arbres.

La maladie ne s’était d’abord déclarée que dans les faubourgs les plus malpropres et les plus pauvres ; mais, de proche en proche, elle avait gagné les quartiers de la bourgeoisie et de la noblesse ; alors, on commença à chercher les moyens d’arrêter un fléau qui du vilain était arrivé jusqu’au gentilhomme. Le maire et les échevins se rassemblèrent à l’Hôtel de Ville, et tinrent conseil : il fut décidé que toutes les personnes consacrées à l’art de guérir seraient requises pour qu’on prît leur avis ; en conséquence, on se mit à leur recherche.

Le jeune homme dont nous avons déjà parlé était penché sur la fenêtre, la tête appuyée sur ses deux mains /lorsque le dixainier du quartier entra chez lui. Au bruit que celui-ci fit en ouvrant la porte, il se détourna.

— Bonjour, messire, dit le dixainier en s’inclinant respectueusement (car dans un moment de peste un élève d’Esculape est toujours un homme respectable, et notre jeune homme avait cet honneur). Voilà deux heures que je vous cherche.

— Moi, dit le jeune chirurgien, que la présence d’un étranger dans son réduit plus que modeste avait fait rougir... A quoi puis-je vous être utile ?

— N’êtes-vous pas chirurgien ?

— Il est vrai

— Eh bien ! messire, ignorez-vous donc que la peste est chez nous, et que nous avons besoin des secours de votre art ?

— Je ne suis que chirurgien, répondit l’étranger, avec un sourire amer ; je n’ai point le droit de guérir une maladie de ce genre ; adressez-vous à vos médecins

— Noble race, par Dieu !... Ils ont tous refusé de soigner les pestiférés, quoiqu’on leur proposât vingt écus d’or par mois.

Le jeune homme laissa échapper une exclamation de surprise ; puis, souriant encore de ce sourire ironique qui semblait être chez lui l’expression d’une âme aigrie par le malheur : « Ils ont bien fait, dit-il ; pourquoi s’exposeraient-ils ? Quand on a de la santé, de la considération et du bonheur, bien fou qui se jette au milieu de la contagion : la vie est bonne à garder pour eux ; ils ont bien fait, sur mon âme. »

Le dixainier fixa sur lui des regards surpris.

— Ainsi je vois, dit-il après un instant de silence, que vous êtes tout disposé à les imiter !

— Pourquoi, sire dixainier ? Ai-je donc quelque chose à perdre, moi ? Vous voyez où je loge, quels sont mes vêtements (et son regard indiquait la manche trouée d’un vieux juste-au-corps de drap noir) ; la peste n’aurait guère de profit à me prendre, car elle me rendrait presque un service.

— Vous consentez donc à me suivre à l’Hôtel de Ville, pour vous entendre avec le maire et les échevins ?

— Je suis à vos ordres.

— Alors, partons et sans plus discourir.

— Allons.

Ils sortirent ensemble, et se rendirent au conseil de ville. Il était alors composé de messires Claude Brossard, de la Trocardière, maire de Nantes, et des échevins Olivier de Coussy, Jean Allaire, Pierre Fournier, Etienne Longueil et de plusieurs autres, tous braves gens, amis du pauvre peuple et loyaux serviteurs du roi. Lorsque le dixainier entra avec son compagnon, on s’expliquait vivement dans le conseil. Plusieurs chirurgiens qui avaient été appelés, et auxquels on venait de demander leur avis, n’avaient dominé que des moyens impraticables ou d’une inutilité déjà éprouvée ; quelques-uns même avaient déclaré que tous remèdes étaient inutiles, et qu’il fallait, laisser à la maladie son cours.

L’un d’eux avait conseillé de faire une procession générale des pestiférés auxquels on aurait distribué des scapulaires bénis ; mais le sage maire de la Trocardière s’y était heureusement opposé, en observant qu’une telle réunion ne pouvait que communiquer encore davantage le germe déjà trop répandu de la maladie : les choses en étaient là lorsque notre jeune chirurgien entra.

Le dixainier le présenta au conseil, en déclarant quelle était sa profession ; mais la pâleur de ses traits amaigris et la pauvreté de sa mise produisirent sur tous les assistants une impression défavorable, dont le respectable maire lui-même ne put se défendre. Il lui dit pourtant d’approcher ; et, après lui avoir exposé là triste situation dans laquelle se trouvait la ville, il lui demanda s’il connaissait quelque moyen d’arrêter les progrès de la contagion.

Le jeune homme avait écouté en silence, la tête penchée sur la poitrine et dans l’attitude d’une personne qui réfléchit profondément ; à cette dernière phrase du maire, il releva la tête, et d’une voix aussi calme que ferme : « J’en connais d’infaillibles, dit-il, et je ne demande qu’un mois pour faire disparaître la peste de votre ville. » A ces mots, il se fit un mouvement parmi tous les assistants, et tous les yeux se tournèrent sur l’inconnu qui venait de parler.

— Et quel remède emploierez-vous pour atteindre ce but, reprit le maire étonné ?

— Aucun.

— Expliquez-vous.

— Que le greffier écrive ce que je vais lui dicter.

— Mais ne pouvez-vous nous dire simplement ?...

— Je préfère qu’on l’écrive...

Le maire et les échevins se consultèrent un instant. D’un côté, l’assurance du chirurgien leur en imposait ; mais, de l’autre, son aspect de pauvreté leur inspirait, malgré eux, une sorte de défiance ; enfin, le maire ordonna pourtant au greffier de prendre la plume, et dit au jeune homme de parler. Alors il dit :

« Aucun remède ne peut faire disparaître une maladie tant que ses causes restent subsistantes ; tel est le motif de l’inefficacité des moyens employés jusqu’à ce jour pour combattre la peste qui désole Nantes. La cause de cette horrible épidémie est tout entière dans l’insalubrité des maisons, la saleté des rues et la communication des personnes malades avec celles qui ne le sont pas : c’est donc à faire disparaître ces graves abus qui doivent tendre tous nos soins.

« En conséquence, nous maire de Nantes, assisté de nos échevins, avons arrêté le règlement qui suit :

« 1° Les fanges, les eaux croupissantes, disparaîtront de toutes les rues ; chacun sera tenu de nettoyer devant sa mai » son, sous peine de 3 livres d’amende, au profit du sanitat.

« 2° Toutes les maisons seront parfumées d’encens, sous peine de 10 écus d’amende.

« 3° Des feux publics seront allumés dans les carrefours, à 7 heures du soir, au moins trois fois par semaine. Chacun fournira pour ces feux un fagot de bois sec, ou 5 sous d’amende.

« 4° Des députés seront envoyés pour purifier les maisons des pestiférés.

« 5° Les malades qui voudront se faire transporter au sanitat devront le faire le soir et par ruelles. Le chirurgien et les domestiques de cette maison devront porter une baguette blanche avec une clochette au bout, pour avertir toute personne saine de s’écarter.

« 6° Défense aux convalescents de se trouver en public avant quarante jours de guérison, sous peine de 100 écus d’amende et du fouet.

« 7° Tous les morts seront enterrés. Chaque dixainier sera obligé de donner avis des malades de son quartier. Il sera établi, dans chacun de ceux-ci, des gens de bien et d’honneur, pour veiller à l’exécution du règlement.

« Fait à Nantes, etc. »

Tout le conseil avait écouté dans un profond recueillement cet arrêté dicté par le chirurgien d’une voix ferme et imposante. A mesure qu’il parlait, ce jeune homme, pauvre et mal vêtu, avait pris un air noble et plein d’autorité. Il développa avec une puissance de raison et une chaleur entraînante les résultats certains de la mesure qu’il proposait ; et s’animant de plus en plus, il promit sur sa tête de faire disparaître la peste à jamais de la ville, si l’on voulait se conformer à ses instructions.

D’un mouvement spontané, tous les membres du conseil se levèrent, et votèrent par acclamation l’exécution du règlement qu’il venait de dicter : il eut tout l’effet que l’on en avait attendu ; et, le 25 du mois suivant, Nantes était entièrement délivré du fléau qui l’avait si longtemps décimé. Nos chroniques, qui ont conservé le récit de ces faits, ne nous ont point transmis le nom de l’homme qui rendit un si grand service à l’humanité. Sans doute, c’était quelque praticien obscur, car elles l’appellent un pauvre chirurgien ; peut-être fut-il oublié bientôt ! peut-être même succomba-t-il en donnant ses soins aux pestiférés !

S’il eût commis quelque crime, l’on eût conservé tous ces souvenirs ; mais il ne fit que du bien, et son nom même est resté inconnu !

 

 


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