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Légendes, croyances, superstitions : saint Genest et forêt de Gaumont à Novéant (Moselle) - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Genest (Saint) et la forêt
de Gaumont à Novéant (Moselle)
(D’après « L’Austrasie » paru en 1856)
Publié / Mis à jour le mardi 22 juillet 2014, par LA RÉDACTION


 
 
 
Décapité le 26 août 286 sous l’empereur Dioclétien, Genès de Rome (ou Genest) était un comédien joueur au possible, buveur, menteur, débauché, qui se convertit au christianisme au cours d’une représentation, et c’est à son talent pour jouer du violon que les habitants de Novéant, en Moselle, durent d’entrer en possession de la forêt de Gaumont...

L’aqueduc destiné à amener les eaux de Gorze à Metz, et dont les ruines se dressent encore gigantesques et fières au milieu du village de Jouy, fut construit par une légion romaine au IIIe siècle. Les soldats avaient trouvé si riante et si gracieuse la vallée où serpente la Moselle, qu’ils avaient résolu de s’y établir. Ils dressèrent leurs tentes le long de la nouvelle voie créée par eux pour aller à Gorze : peu à peu des maisons remplaçaient les tentes, des familles de laboureurs se joignaient aux soldats, un beau village enfin, qu’on appela Noviant à cause de sa position, s’éleva comme par enchantement sur les débris des anciens chantiers. On écrivit par la suite Novéant.

En même temps, et vis-à-vis, l’autre côté de la Moselle se couvrait de constructions plus importantes encore. Ici ce n’était plus un simple hameau, mais une ville avec son temple dédié à Jupiter Ammon (le dieu à la tête rappelant par leurs dénominations la divinité et ses emblèmes qu’on y adorait. Ceci se passait vers la fin du IVe siècle.

Vestiges de l'aqueduc antique amenant les eaux de Gorze à Metz
Vestiges de l’aqueduc antique amenant les eaux de Gorze à Metz

Parmi les soldats de la légion qui avait fondé Novéant, un surtout se distinguait de ses camarades par la noblesse de ses traits et la finesse de son intelligence. Chose singulière, Genest (c’était le nom du légionnaire), doué de tous les dons de la nature, en avait aussi tous les défauts. Il était joueur au possible, buveur, menteur, débauché comme le dernier des derniers de la cohorte. Ennemi acharné de la nouvelle religion, qui partout faisait des prosélytes, il se montrait païen dans toute la force du terme : aussi sa réputation était-elle ouvertement mauvaise ; on ne l’appréciait qu’au seul point de vue de son habileté sur le violon.

Un coup d’archet lui suffisait pour réunir les jeunes filles des environs et organiser de joyeuses danses, puis lorsqu’il avait amassé beaucoup de monde, il montait sur un théâtre improvisé et représentait, en les parodiant avec une verve entraînante, les mystères des nouveaux chrétiens. Il était impossible de pousser plus loin la dépravation.

Dioclétien, l’ancien esclave Sarmate, venait d’être revêtu de la pourpre impériale. La légion de la Moselle et par suite Genest furent rappelés à Rome, et remplacés par des prétoriens que craignait le nouvel empereur. Ce fut encore bien pis pour les pauvres chrétiens qui s’étaient réfugiés à Novéant ; tout l’intérêt se porta avec les nouveaux venus sur Corny et Jouy. Novéant fut déshérité, on ne lui laissa même pas les champs qui pouvaient nourrir ses habitants. Et pourtant ils les auraient si bien cultivés, ils auraient tiré un si bon parti de la forêt de Gaumont qui s’élargissait devant eux en amphithéâtre, ayant la Moselle à ses pieds...

Les chrétiens s’étaient réunis dans la chambre basse d’une maison isolée, et la nuit toute entière n’avait pu suffire au récit de leurs malheurs : les premiers rayons du jour éclairaient faiblement leurs figures creusées par la souffrance, quand le son d’un violon les fit tressaillir. « C’est Genest ! » s’écrièrent-ils en se regardant avec anxiété ; « il revient pour nous tourmenter, nous sommes perdus ! » Cependant le violon continuait à se faire entendre, et cette fois il rendait des sons si beaux et si énergiques, que les pressentiments sinistres s’effaçaient comme par enchantement dans l’esprit des prosélytes.

Genest fut accueilli sans défiance. C’était bien le même homme, mais ce n’était plus le même légionnaire : sa démarche était grave, sa parole calme et digne. « Vous êtes pauvres, dit-il, je le sais ; vous n’avez pas assez d’espace pour croître et prospérer. Suivez-moi à Corny ! ». Épouvantée, l’assemblée s’écria : « A Corny ! C’est donc pour nous faire égorger au pied de l’autel de Jupiter ? » Mais Genest était déjà sorti. Les autres le suivirent, attirés comme par un aimant surnaturel. Une barque reçut la petite troupe et la transporta bientôt sur le rivage opposé.

Ce jour-là il y avait grande fête à Corny : on avait sacrifié à Jupiter, et les autels ruisselaient encore du sang des victimes ; un brillant soleil rendait les maisons désertes. Genest ne pouvait arriver avec plus d’à-propos. Il fit résonner son violon ; les filles, les femmes, les enfants, les hommes, accoururent en masse. « C’est Genest, disait-on de toutes parts, qui nous ramène le plaisir. » Les danses s’organisèrent nombreuses et animées. Genest n’avait jamais si bien joué, les groupes tourbillonnaient devant lui avec délire.

Tout à coup le violon s’arrêta au milieu du plus beau morceau. « Je veux bien, dit Genest aux danseurs étonnés, vous amuser encore, mais tout travail mérite salaire. Qu’aurai-je pour ma peine ? - De l’argent, répondit un prétorien. - Je n’en veux pas. - De l’or, reprit un autre. - Encore moins. - Que voulez-vous donc ? firent plusieurs voix. - Je veux le beau champ de blé qui borde comme une ceinture d’or la forêt de Gaumont. »

Il y eut un moment d’hésitation. Mais la musique de Genest était si suave ! si pénétrante ! « Soit, le champ est à vous. » Et la danse recommença avec fureur. Le morceau fini, Genest quitta son instrument. « Jouez, jouez encore ! » crièrent les danseurs. « Vous savez bien, dit Genest, que je ne joue plus sans être payé. Vous voulez que je continue, j’y consens, mais cette fois il me faut la belle forêt de Gaumont ».

La foule étonnée répéta : « La forêt de Gaumont ! » Des murmures s’élevèrent, quelques soldats firent même briller leurs épées. Genest restait impassible comme une statue. Sa musique était si suave ! si pénétrante ! « Dansons pour la forêt de Gaumont ! » Et la danse devint une véritable frénésie.

Elle cessa lorsque les danseurs tombèrent haletants et épuisés. Seul Genest restait infatigable. Son magique archet devait triompher de la fatigue ; les groupes se reformèrent plus ardents et plus enivrés encore. Genest fit entendre un prélude si mélodieux, que toute la foule se sentit transportée. « Ce qui me reste à jouer est plus beau encore, dit-il d’une voix tonnante, mais je ne puis continuer si vous ne renversez à l’instant cet autel de Jupiter ».

Il se fit un profond silence, la stupéfaction remplaçait l’enthousiasme ; rapide comme l’éclair la stupéfaction fit place à la colère. Des cris d’abord confus, puis des vociférations, le bruit d’armes qu’on apprête, une mêlée effroyable... les prétoriens se précipitèrent sur Genest. Un craquement sinistre arrêta les bras levés : l’autel de Jupiter venait de s’écrouler de lui-même sur sa base détruite. Genest, suivi de sa petite troupe, regagna tranquillement Novéant. Le lendemain il donnait aux chrétiens le champ et la forêt qu’il avait si bien gagnés, et disparaissait pour ne plus revenir.

C’est pourquoi la forêt de Gaumont, située de l’autre côté de la Moselle, appartient encore aujourd’hui à la commune de Novéant, et que saint Genest est le patron du village. La vallée de la Moselle de Metz à Novéant, celle du Rupt-de-Mad, sont remplies du souvenir des Romains. Les débris de toute nature qu’on y rencontre, les dénominations des localités ne permettent aucun doute à ce sujet ; et sans revenir sur Jouy (Jovis ara), sur Corny (cornu), ne voit-on pas que Rupt-de-Mad est presque latin (ruptus de rumpere, renverser, et madidus, humide) et fait allusion à l’impétuosité du petit cours d’eau qu’il désigne ?

L'église Saint-Genest à Novéant-sur-Moselle
L’église Saint-Genest à Novéant-sur-Moselle

La légende de saint Genest se lie enfin étroitement à un épisode du règne de Dioclétien. Genest était comédien. Il représentait un jour devant l’empereur les mystères des chrétiens. D’après son rôle, il était catéchumène et devait recevoir un dérisoire baptême. Il s’était déjà agenouillé avec force contorsions, et se préparait, au milieu des rires des spectateurs, à la cérémonie de l’ondoiement : lorsque tout à coup il se lève, repousse violemment l’autre acteur, se tourne vers l’empereur et lui adresse les plus vifs reproches sur sa cruauté envers les chrétiens.

Les assistants crurent d’abord à une scène arrangée pour produire plus d’effet, mais ils furent bien vite désabusés quand Genest lança sur les marches du trône la coupe qui contenait l’eau, en s’écriant : « Je suis chrétien ». Il fut arrêté et conduit en prison. Le préfet Plautien chercha par tous les moyens, même par la torture, à le faire renoncer à la nouvelle religion. Genest resta inébranlable. Il racontait à ses bourreaux que sur le théâtre il avait vu un ange qui tenait d’une main une feuille toute noire d’écriture, et de l’autre une palme verdoyante ; l’ange appliqua la palme contre la feuille et celle-ci devint aussi blanche que la neige ; et il ajoutait : « La page souillée, c’est ma vie passée, ce sont mes désordres que je veux effacer. »

Genest fut mis à mort quelque temps après. Comment ce fait historique très peu connu, si ce n’est à Novéant, a-t-il pu produire la légende ? C’est ce qu’il serait probablement impossible d’expliquer aujourd’hui. Une petite église, d’un fort beau style du treizième siècle, et sur le portail de laquelle s’étalait fièrement la croix de Lorraine, s’élevait à côté du château et fut démolie au début du XIXe siècle. On lit dans le Pouillé du diocèse de Metz que le patronage de cette église appartenait à l’abbaye de Gorze dès la moitié du VIIIe siècle, et que « ce fut le roi Pépin qui le lui donna le jour qu’elle fit faire la dédicace de son église à laquelle ce prince était présent. Il ne se contenta pas de lui donner ce droit honorifique, mais, à l’exemple des seigneurs qui assistaient à cette cérémonie et qui firent de grandes largesses à cette abbaye, il lui donna la ville de Novian avec toutes ses dépendances. » La charte de cette donation est du mois de juin 762.

Par ailleurs, on lit qu’ « Adalbéron, évêque de Metz, nous apprend dans une charte de l’an 933 qu’il y avait deux églises dans la ville de Novian, une en l’honneur de saint Martin et l’autre en l’honneur de saint Genest ; que l’abbaye de Gorze en était en possession, ainsi que de la ville de Novian. Cette bulle fut expédiée pour confirmer ce droit et celui qu’elle avait sur plusieurs autres églises. Adrien IV en donna aussi une pour confirmer ce même privilège l’an 1136. Bouchard, évêque de Metz, unit à cette abbaye de nouveau l’église paroissiale de Novian, avec tout ce qui en dépendait, pour servir à la pitance des frères et pour en jouir à perpétuité, à la charge de présenter à l’archidiacre et à l’évêque, le vicaire qu’ils mettront à leur place pour avoir soin des âmes. Cette réunion fut confirmée par Louis Jeandelaincourt, archidiacre. Gérard, évêque de Metz, la confirma par une charte datée du 21 novembre 1299, enjoignant à l’abbaye et aux religieux de donner de quoi vivre honnêtement au vicaire qu’ils mettraient pour desservir en leur place. »




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