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Coutumes et traditions : chameau de Béziers et saint Aphrodise (Hérault) - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Chameau de Béziers
ou fête de saint Aphrodise
(D’après « Revue du traditionnisme français et étranger » paru en 1908)
Publié le vendredi 13 juillet 2012, par LA RÉDACTION

 
 
 
 
Premier évêque de Béziers, saint Aphrodise fait l’objet d’une légende tardive selon laquelle, arrivant d’Egypte et montant un chameau, il vint dans les Gaules prêcher la doctrine chrétienne, et qu’un jour une troupe d’idolâtres, armés de fureur et de rage, se jetant au travers de l’assemblée, se saisirent de sa personne, et lui abattirent la tête ainsi qu’à trois de ses compagnons

La vieille cité de Biterre est en fête ; une foule compacte commence dès la première heure à sillonner les rues de la ville ; sur les visages se lit une profonde joie et se devine une vive gaieté. Les principales artères de l’antique Béziers sont ornées de longs mâts au haut desquels flottent, légèrement portées par une douce brise, de multicolores oriflammes ; des panoplies de drapeaux décorent les balcons ; des guirlandes de lampions et de lanternes vénitiennes se balancent dans l’embrasure des fenêtres ; d’interminables rubans de serpentins se déroulent, lancés par d’expertes mains, dans l’air léger, dessinant dans le ciel lumineusement clair de gracieuses et d’originales courbes.

Mais voilà que l’on entend dans le lointain, les sons d’un fifre et d’un tambour ; la foule attend, rangée sur le trottoir, le passage du traditionnel cortège. Une masse confuse avance lentement, approche à vue d’œil. A son passage éclatent de frénétiques applaudissements ; des bravos sont poussés avec un enthousiasme sans pareil : le chameau, comme pour remercier, va, dodelinant sa bonne tête de droite et de gauche ; sa mâchoire énorme, dans un mouvement automatique s’ouvre et se referme, produisant un bruit semblable à celui des cliquettes.

Le martyre de saint Aphrodise en l'an 65
Le martyre de saint Aphrodise en l’an 65
Il va, traversant la foule, disloquant les groupes, se promenant dans toutes les rues de la cité latine ; des bandes de gamins le suivent en poussant des cris de joie, tandis que les Biterrois fiers de leur monstre, murmurent avec une secrète satisfaction et avec une certaine pointe d’orgueil :
Dé qu’ès Béziès sans lou Camel ?
Qu’un gros bourgnou sans jés dé mel !
Qu’est Béziers sans le chameau ?
Qu’une grosse roche sans aucun miel !

Saint Aphrodise (ou Afrodise) fut le premier évêque de Béziers ; une légende tardive affirme qu’il arrivait d’Egypte et montait un chameau quand il vint dans les Gaules prêcher la doctrine chrétienne. Un jour qu’il propageait la parole du Christ, une troupe d’idolâtres, armés de fureur et de rage, se jetant au travers de l’assemblée, se saisirent de sa personne, et lui abattirent la tête et à trois de ses compagnons, Caralippe, Agape et Eusèbe. Ce fut en la rue Ciriaque, dite par la suite de Saint-Jacques. Le corps de saint Aphrodise se relevant de lui-même, prit entre ses mains sa tête abattue, et passant par le milieu de la ville, il la porta jusqu’à une petite chapelle qu’il avait auparavant consacrée sous le titre de Saint-Pierre, où il fut enseveli, sur l’actuelle place Saint-Aphrodise.

Après ce martyre du 28 avril 65 (et non en l’an 250 comme cela fut parfois affirmé), ajoute Fabregat, son chameau fut recueilli avec soin par les habitants qui fondèrent un fief pour son entretien. La rue où était située la maison qu’il habita prit à sa mort et conserva longtemps le nom de rue du Chameau, avant de devenir la rue Malbec. Pour perpétuer son souvenir, on fit construire une énorme machine de bois, revêtue d’une toile peinte sur laquelle se distinguaient les armoiries de la ville et deux inscriptions, l’une en latin : ex antiquitate renascor (je renais de l’antiquité), l’autre en langue romane : sen fosso (nous sommes nombreux).

Cette machine, qui ne ressemblait guère à un chameau que par la tête, recelait dans ses flancs quelques hommes qui la faisaient mouvoir et imprimaient, par intervalles, un jeu saccadé à un long cou et à sa mâchoire aux dents de fer. On la voyait figurer dans toutes les fêtes locales, religieuses et politiques, spécialement à celles qui étaient célébrées en l’honneur de saint Aphrodise et surtout à la grande fête annuelle de Caritat, le jour de l’Ascension.

Dans ces diverses circonstances, cette machine était conduite par un personnage bizarrement costumé et armé, ayant nom Papari et escorté par un groupe d’autres déguisés en sauvages, la tête ornée de feuillages. Ils dansaient au son d’une cornemuse, s’arrêtant aux portes des personnages principaux et riches, jusqu’à ce qu’on leur ouvrît et qu’on leur donnât des étrennes en argent, à la volonté de chacun. Cette recette était ensuite partagée entre eux. Pendant les guerres de religion, le chameau fut brûlé.

Le chameau de Béziers
Le chameau de Béziers
On lit dans les archives de l’Hôtel de Ville que, le 2 juin 1632, nos édiles, sous la présidence de messire Josef de Cabreroles, juge criminel, allouèrent avec un abandon quasi-filial, la dépense faite sans autorisation préalable pour la reconstruction et la peinture du chameau, le tout se portant à cinquante-et-une livres, huit sols. Il fut brûlé de nouveau solennellement en 1793 sur la place de la citadelle avec tous les titres féodaux que la loi du 17 juillet de la même année avait voués à la destruction. Le fief d’un revenu de 1500 livres affecté à son entretien fut mis sous séquestre, et pour s’en emparer avec une apparence de légalité, le chameau fut porté sur la liste des émigrés.

Le jour de l’Ascension, 19 mai 1803, le chameau, comme le phénix, renaissait de ses cendres. Il reparut avec honneur, entouré de son cortège traditionnel à la célébration de la fête de l’agriculture. Le 6 avril 1809, l’édilité biterroise provoqua une délibération portant qu’il serait demandé au gouvernement des armoiries spéciales pour la ville, dans lesquelles l’image du chameau figurerait en bonne place. Dans les premiers jours d’effervescence de la Révolution de 1830, ce héros de toutes nos fêtes locales fut encore détruit comme emblème de féodalité et de fanatisme. A cette époque, il était comme par le passé, construit en bois, emmanché d’un long cou articulé et recouvert en toile peinte émaillée des inscriptions anciennes latines et patoises citées plus haut.

On l’avait appendu au plafond du péristyle de l’Hôtel de Ville. Il fut décroché et le signal de sa destruction donné par un violent coup de sabre que porta courageusement dans ses flancs un illustre inconnu, membre de l’autorité. Les gamins dispersèrent ses lambeaux, mais sa tête échappa au désastre et fut soigneusement conservée par un antiquaire. On la rapporta à l’Hôtel de Ville, lors de l’inauguration de la statue de Riquet.

Dans cette fête brillante entre toutes, le peuple revit avec plaisir l’image du compagnon de saint Aphrodise, qu’il considère comme le palladium de la cité. En 1848, nouveau désastre pour le pauvre animal poursuivi par les mêmes adversaires. C’est bien inutilement qu’ils s’acharnent ainsi après lui : ex antiquitate renascor, telle est sa devise et les devises ne sont pas menteuses. On aura donc toujours la satisfaction de le posséder et même de le voir, parcourant à certaines fêtes les rues et les places de Béziers.

 

 


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