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29 avril 1545 : lettres patentes de François Ier officialisant la fondation de Vitry-le-François - Histoire de France et Patrimoine


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29 avril 1545 : lettres patentes
de François Ier officialisant la fondation
de Vitry-le-François
(D’après « Mémoires de la Société des sciences
et arts de Vitry-le-François », paru en 1872)
Publié / Mis à jour le vendredi 7 avril 2017, par LA RÉDACTION



 
 
 
Les soldats de Charles-Quint venant de réduire la ville et le château de Vitry-en-Perthois le 14 juillet 1544, il restait alors trop évident que cette place, déjà deux fois prise et brûlée, en 1142 par Louis VII et en 1420 par Jean de Luxembourg avec les Anglais, était incapable désormais de résister à de nouvelles invasions

Aussi François Ier, à la conclusion de la paix dont les premiers pourparlers avaient eu lieu au village de La Chaussée, chargeait-il verbalement le comte de Nanteuil, gouverneur et bailli de Vitry, de rechercher dans les environs, de concert avec l’ingénieur italien Girolamo Marini et plusieurs capitaines experts, un endroit propice à l’établissement d’une autre forteresse qui défendrait mieux ses frontières de Champagne.

Lors du désastre de la ville, occupée pendant deux mois par une garnison ennemie, la plupart des familles s’étaient réfugiées dans les villes voisines. Elles revinrent, à la signature de la paix, réparer ou rebâtir leurs habitations saccagées et avec tant d’ardeur qu’à la fin de novembre 1544 le nombre des feux était de 474. Mais deux mille ouvriers, sous les ordres de Marini, commençaient alors les travaux de fortification autour du hameau de Moncourt. En janvier 1545, les habitants de Vitry-en-Perthois, désolés d’abandonner leurs chères pénates, voulurent supplier le roi de ne point donner suite à ses résolutions et de relever plutôt leur ville de ses ruines.

Couverture de l'édition 1909 de l'ouvrage François Ier, le roi chevalier d'Albert Robida et Georges-Gustave Toudouze
Couverture de l’édition 1909 de l’ouvrage François Ier, le roi chevalier d’Albert Robida et Georges-Gustave Toudouze

Le roi répondit : « J’ai fait transmettre, en octobre 1544, au gouverneur de Champagne l’ordre de fortifier Moncourt. Les travaux sont dirigés par l’ingénieur Marini qui a mérité ma confiance. Dans le mois de novembre, des commissaires ont été chargés de visiter les frontières de la frontière depuis Vervins jusqu’à Coeffi — Coiffy-le-Château, ancienne place forte près de Langres. Il leur a été recommandé d’indiquer avec soin les lieux les plus nécessaires de fortifier pour empêcher l’ennemi d’entrer en Champagne et de dévaster le beau et fertile pays perthois. Leur rapport sera soumis à l’examen de mon conseil privé ; lorsque son avis me sera connu, je vous ferai savoir ma volonté. Les malheurs qui, dans la dernière guerre, ont pesé sur les loyaux et fidèles sujets de ma ville de Vitry-en-Perthois m’ont affligé ; soyez sûrs que toutes dispositions seront faites pour prévenir le renouvellement de semblables désastres. Je vous remercie des vœux que vous adressez à Dieu en ma faveur ».

En effet, un relief de terrain d’une certaine étendue, à une demi-lieu de là, en plaine découverte et borné au couchant par la Marne, avait été reconnu le point le plus convenable, le roi, sur la présentation des plans, en avait approuvé le choix. Ce monticule dépendait de la terre et seigneurie de Moncourt (Moncuria), aussi appelé Morcort, Morcourt (Morcurta), aumônée en 1165 par Jean et Hugues, sires de Possesse, aux Frères de la milice du Temple, et appartenait comme annexe aux chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dont le Commandeur résidait à Neuville-au-Temple. Il contenait, selon les uns, quatre-vingt-quatre, et, selon d’autres, quatre-vingt-huit arpents.

Dès le mois de novembre 1544, Marini traçait sur le terrain de Moncourt la configuration de la nouvelle ville, telle à peu près qu’elle est aujourd’hui, ainsi que des ouvrages qui devaient l’enceindre et dont il dirigeait lui-même les premiers travaux. Voici les principales dispositions : une place centrale parfaitement carrée, d’une contenance de quatre arpents ; du milieu de ses faces, quatre grandes rues de 40 pieds de large partant en ligne droite et divisant l’espace en autant de quartiers réguliers de 21 à 22 arpents ; à chacune de leurs extrémités, une porte qu’on devait voir du centre de la place ; douze rues foraines — qui se trouvent à l’entrée des villes, et dont la largeur doit être suffisante pour le passage de deux voitures : telle était la définition du chemin forain — également directes et de 24 pieds de largeur, dont huit, coupant chaque quartier, s’y entrecroisent deux à deux à angle droit ; et, par leurs continuités, ouvrent en quatre sens la ville de part en part ; enfin, d’autres petites rues d’une largeur de 20 pieds.

Les quatre grandes rues étaient désignées selon leurs différents aspects, par les points cardinaux, d’Orient, d’Occident, de Midi et de Septentrion. Les foraines portaient les noms des douze mois de l’année, et les petites ceux de plusieurs saints. Soixante-sept arpents étaient affectés à l’emplacement des maisons et jardins des nouveaux habitants ; le reste devait être occupé par les rues, les places et les monuments publics, tel que l’église et son cimetière, le palais ou auditoire, la halle et les boucheries, etc., ainsi que par les remparts, fossés et contre-escarpes.

Les habitants de Vitry-en-Perthois tentèrent alors une nouvelle supplique ; et ils continuaient, quoique avec inquiétude, la reconstruction de leurs maisons. Des lettres royales du mois de janvier 1545 invitèrent le comte de Nanteuil à visiter Moncourt et à en évaluer, avec le concours des officiers des juridictions de Vitry-en-Perthois, les droits et revenus, pour fixer les bases de l’indemnité qui serait due au Commandeur. L’estimation du revenu annuel fut de 300 livres tournois.

Pour plus de certitude encore, commission fut donnée, par les lettres patentes de Romorantin du 29 avril 1545, aux Trésoriers de France, de procéder à une nouvelle enquête et d’aviser à la rémunération la moins dommageable pour la couronne et la plus profitable aux chevaliers. L’équivalent en contre-échange devait être pris sur le domaine royal du Perthois ; mais en attendant la solution définitive, on prit possession de la terre de Moncourt, en même temps qu’on ordonnait au receveur ordinaire du roi à Vitry de payer annuellement au Commandeur la somme de 300 livres.

François Ier avait précédemment prescrit la vente d’une coupe de ses bois de Bettancourt, d’environ deux cent trente-quatre arpents, dont le prix était destiné à la construction de plusieurs édifices publics, de deux ponts sur la Marne et la Saulx et de chaussées à la charge de l’État, ainsi qu’à défrayer ceux des habitants de Moncourt qui seraient obligés, par suite des plans réguliers adoptés, d’enlever leurs habitations pour les reconstruire ailleurs (lettres patentes de mars et avril 1545). Il voulut que la nouvelle ville portât son nom, pour être appelée Vitry-le-François (lettres du mois de mai 1545), et il lui donna pour armoiries une salamandre dans les flammes avec sa devise : Nutrisco et extinguo.

François Ier autorisa la vente des biens communaux de Vitry-en-Perthois (lettres du 4 mai 1545) ; prescrivit l’enlèvement des pierres de ses murailles et du château, la démolition des ponts et des portes, l’arrachement des pavés et le transport de ces matériaux à Moncourt ; et enfin, en considération des grands dommages éprouvés par les habitants, pour appeler surtout leur bon vouloir et leur sympathie sur le nouvel établissement, il affranchit tous ceux qui s’y fixeraient de toute espèce de charges et impositions pendant vingt ans.

Plan de la ville et du faubourg de Vitry-le-François (1766)
Plan de la ville et du faubourg de Vitry-le-François (1766)

Le bailli de Vitry fut en même temps avisé de faire procéder à l’arpentage des places à bâtir dans la nouvelle enceinte et à leur délivrance à chacun des habitants, fonctionnaires ou autres, ainsi qu’à tous sujets du roi qui voudraient s’y établir. Un projet de rétablir la place, même avec quatre forts détachés sur les montagnes environnantes, ayant été rejeté par Marini et le comité du génie d’alors, les travaux furent poursuivis à Moncourt avec un redoublement d’activité.

Avec les officiers des diverses juridictions, les personnes des professions libérales, la plupart des riches bourgeois, des marchands et habitants notables avaient obtempéré aux prescriptions royales ; mais les artisans, les ouvriers, les vignerons n’avaient point quitté les lieux. Ils constituaient la majeure partie d’une population qui s’efforçait bientôt de réagir contre le nouvel ordre de choses, en s’opposant à l’enlèvement des pierres et pavés, en prétendant conserver chez elle les foires et marchés supprimés et jouir comme autrefois des droits, rentes, octrois, etc., sous prétexte que les terme de l’édit de mai 1545 n’étaient pas assez explicites, et il en fallut un nouveau, daté de Rambouillet du 27 mars 1546, pour couper court à toute opposition.

Enfin, des lettres patentes, données à Joinville le 28 octobre suivant, autorisant les doyen, chanoines et chapitre de l’église Notre-Dame de Vitry-en-Perthois à la réédifier dans la nouvelle enceinte, à l’endroit qui serait désigné par le comte de Nanteuil, chargé de la distribution des places, avec cloître et maison d’habitation.




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