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8 mai 1902 : éruption volcan montagne Pelée (Martinique). L'éruption volcanique du 16 septembre 1929 - Histoire de France et Patrimoine


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Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


8 mai 1902 : éruption du volcan
de la montagne Pelée (Martinique)
(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1929)
Publié / Mis à jour le dimanche 8 mai 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Fin octobre 1929, tandis que gronde depuis quelques semaines le volcan de la montagne Pelée à la Martinique, A. Fauchère, grand voyageur, se souvient d’avoir échappé 27 ans plus tôt, cependant qu’il avait été dépêché en mission à Saint-Pierre, à la dramatique éruption du 8 mai 1902 au cours de laquelle 30 000 personnes périrent, et décrit l’atmosphère cataclysmique d’alors

Avant de livrer le témoignage de A. Fauchère, rédacteur en chef du Petit Journal Agricole, qui, en 1902, eut l’occasion d’aborder à la Martinique le lendemain même de la catastrophe, le Petit Journal illustré du 27 octobre 1929 s’émeut de la nouvelle éruption frappant saint-Pierre depuis le 16 septembre précédent. Pendant de longues années, nous rappelle-t-il, le silence s’était fait au haut de la montagne. Peu à peu la confiance était revenue dans l’âme des anciens habitants des régions dévastées.

On les vit s’aventurer d’abord timidement parmi les décombres de la ville, puis revenir en nombre. Bientôt, dans le cirque immense où s’étendait Saint-Pierre et qui n’était plus qu’un désert de ruines et de cendres, des bâtiments de bois s’élevèrent, des négociants établirent de nouveaux comptoirs, un hôtel s’installa. Vingt ans après la catastrophe, la ville renaissante comptait déjà trois mille habitants, réclamait sa constitution en commune et son inscription nouvelle sur la carte.

La montagne Pelée se réveille
La montagne Pelée se réveille

De nouveaux et heureux destins semblaient l’attendre. Et voici soudain qu’un cratère s’ouvrit du sommet du Mont-Pelé et qu’une petite éruption se produisit. Puis, de nouveau, le calme retomba. Mais pas pour longtemps ! Un mois plus tard, le 14 octobre, une éruption plus violente que la première mit en alerte les populations voisines. Le gouvernement de l’île n’hésita pas : par prudence, il fit évacuer la plus grande partie des habitants de Saint-Pierre, du Morne-Rouge et du Prêcheur. Et ce furent des scènes déchirantes qui se produisirent au moment où il fallut abandonner ces maisons si péniblement construites, le fait de nombreuses années de labeur.

Une fois, dans ma vie de voyageur, je l’ai échappé belle ! s’exclame plus loin A. Fauchère. C’était en 1902. Le gouverneur général de Madagascar, qui était alors notre grand Gallieni, m’avait chargé d’une mission pour me permettre d’étudier les cultures tropicales au Brésil et aux Antilles. Après quelque temps passé à parcourir les plantations de caféiers de l’Etat de Sao Paulo, au Brésil, j’étais revenu à Rio de Janeiro, pour m’y embarquer à destination de la Martinique. Une occasion me fit trouver un bateau qui devait toucher Saint-Pierre du 8 au 10 mai. Nous quittâmes Rio de Janeiro dans la journée du 26 avril. Douze jours pour faire le voyage : nous comptions être à Saint-Pierre le 8 mai au matin.

Une cargaison de cire végétale à prendre à Pernambouc nous arrêta dans ce port plus longtemps qu’il n’était prévu. Une épidémie de fièvre jaune sévissait dans la ville, et les bateaux ne se souciaient pas d’entrer dans le port. Les opérations d’embarquement furent exécutées dans l’avant-port, par une mer très houleuse. Elles furent lentes et retardèrent notre départ de près de quarante-huit heures. La traversée de Pernambouc à la Martinique fut terriblement chaude. Le bateau sur lequel j’avais pris passage était un cargo ; on y avait aménagé une demi-douzaine de cabines, et celle qui m’était échue se trouvait tout contre les machines, avec une aération insuffisante. C’était une étuve, et je crois bien que, dans ce réduit, j’ai connu les plus hautes températures de toute mon existence, ce qui n’est pas peu dire, étant donné que j’ai traversé six fois la mer Rouge, en juillet et août.

Vue de Saint-Pierre avant la catastrophe de 1902
Vue de Saint-Pierre avant la catastrophe de 1902
En dehors de cette impression désagréable, je n’ai conservé du bateau qui me conduisait d’Amérique aux Antilles que des souvenirs assez vagues. Je vois cependant encore son capitaine, un géant de l’Amérique du Nord qui m’avait pris en affection et me broyait littéralement la main dans un « shake-hand » vigoureux, toutes les fois que nous nous rencontrions sur le pont, pour me prouver son amitié ! Le médecin du bord a également laissé une trace dans ma mémoire. C’était un petit homme très maigre au visage terne, en « lame de couteau », orné d’un long nez, le tout ridé comme une pomme conservée trop longtemps au fruitier. Il était affligé d’une perversion du goût, comme, paraît-il, beaucoup d’Américains. Nous mangions à la même table et j’étais absolument écœuré des mélanges d’aliments auxquels il se livrait : salade, fromage, glace, pulpe de fruit, le tout, arrosé d’huile et de vinaigre et brouillé en une mixture innommable, constituait son dessert ! En dépit de toutes les sollicitations de ce brave docteur, j’avoue n’avoir pu, de toute la traversée, goûter à ce mélange de mets hétéroclites, dont la vue seule me supprimait tout appétit.

Jusqu’au moment où notre bateau se trouva par le travers des îles Sainte-Lucie et Saint-Vincent, rien ne pouvait nous faire prévoir les conditions dramatiques de notre arrivée. Les deux petites îles de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent ont été constituées par des soulèvements volcaniques, et la montagne qui forme l’axe de chacune de ces îles est couronnée par un cratère. Comme la montage Pelée de la Martinique, les volcans de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent, endormis depuis longtemps, se réveillèrent en 1902. Ce furent eux qui nous apprirent, dans la soirée du 10 mai, que quelque chose de grave se passait dans la région, en déversant sur notre bateau des cendres et des pierres ponces en abondance. Nous ne pouvions d’ailleurs pas supposer l’étendue du désastre dont la Martinique avait été le théâtre quarante-huit heures auparavant. Aussi fûmes-nous épouvantés quand, le 11 mai, de bonne heure, nous arrivâmes devant Saint-Pierre...

Le temps était radieux et le ciel absolument pur, sauf au-dessus de la montagne Pelée, soustraite à nos regards par des nuées bleuâtres formées de grosses volutes se chevauchant et escaladant le ciel jusqu’à des hauteurs vertigineuses. De temps en temps, de ces nuages sombres, formés de cendres et de vapeurs, jaillissaient des éclats fulgurants soulignés par des explosions violentes et des déflagrations dont le souvenir fut ravivé en moi par les tirs d’artillerie de la grande guerre. Bien loin du port, la mer était d’une tranquillité impressionnante. A peine en apercevait-on les flots, tant les champs d’épaves y étaient compacts et serrés.

Terrible éruption de 1902 anéantissant Saint-Pierre
Terrible éruption de 1902 anéantissant Saint-Pierre
Notre bateau avançait doucement parmi des débris de toutes sortes, au milieu desquels apparaissaient des cadavres humains, d’autant plus nombreux que l’on approchait plus près du rivage. Rien ne peut donner une idée du spectacle affreux qui s’offrait à nos yeux ! Le port était désert, ni vapeur, ni voilier, même pas une barque pour en marquer l’existence, tout avait été emporté dans la tourmente. Les deux bateaux qui avaient réussi à s’échapper de cet enfer s’étaient réfugiés à la Barbade, où nous les vîmes, quelques heures plus tard, dans un état tel, qu’on aurait pu les croire échappés d’un terrible combat naval.

Saint-Pierre nous apparut sous l’aspect, si souvent décrit depuis, d’un village du front après les grands combats de la dernière guerre [30 000 personnes trouvèrent la mort lors de l’éruption]. Je vois Saint-Pierre dans les premiers jours de septembre 1902, après avoir assisté, de Fort-de-France, à la formidable éruption des 30 et 31 août, dont la violence a dépassé de beaucoup celle du 8 mai, éruption qui coûta encore la vie à plusieurs milliers de personnes, car son rayon de destruction atteignit des localités qui avaient été épargnées jusque-là. A ma seconde visite, Saint-Pierre avait complètement disparu : un épais linceul de cendres grises remplissait ses rues et recouvrait les ruines de ses maisons, et rien alors ne permettait plus de reconnaître l’emplacement d’une cité qui comptait près de 40 000 habitants, quelques semaines plus tôt.

Le 11 mai, après avoir pris conscience du désastre qui avait anéanti Saint-Pierre, notre bateau se rendit à la Barbade, petite île anglaise où j’eus toutes les peines du monde à me faire admettre. Nous avions touché des ports, tel Pernambouc, atteints de fièvre jaune, et les autorités de Bridgetown firent toutes sortes de difficultés pour autoriser mon débarquement. Encore, lorsque l’on consentit à m’admettre dans ce pays inhospitalier, me fit-on conduire au lazaret de l’île aux Pélicans, où je dus purger une quarantaine de quatorze jours, pendant laquelle j’eus à subir la « pluie de cendres » apportée par les vents de la Martinique. Cette première chute de cendres jeta littéralement l’épouvante parmi les populations des îles voisines.

Vue de Saint-Pierre de la Martinique le 30 juin 1902
Vue de Saint-Pierre de la Martinique le 30 juin 1902
En ce qui me concerne, j’avoue que, seul sur mon îlot, je crus sincèrement arrivée la fin de mon existence. Trois jours durant, les cendres tombèrent sans discontinuer. Elles étaient constituées par une poudre grise, impalpable, qui s’introduisait partout. On ne respirait qu’avec la plus grande peine, encore fallait-il, pour éviter la suffocation, maintenir constamment un mouchoir en tampon sur les narines. Les habitants de la Martinique, pris d’une panique bien compréhensible, s’étaient rués sur tous les bateaux qui se trouvaient dans la rade de leur île. Bon gré, mal gré, il fallut accepter ces passagers indésirables. On les débarqua dans les îles voisines, où ils errèrent des semaines avant de revenir dans leur pays momentanément maudit.

La révolte de la nature et le tribut terrible que la montagne Pelée avait infligé à la Martinique, en anéantissant quarante mille de ses habitants, n’avaient en rien atténué les passions humaines. A peine le volcan avait-il apaisé ses colères, qu’une multitude d’individus surgis d’on ne sait où s’étaient abattus sur Saint-Pierre pour piller ses boutiques et ses riches maisons. il fallut rapidement organiser autour de la ville un cordon de troupes, avec ordre de tirer sur quiconque tenterait d’y pénétrer. Les furieux de la montagne Pelée se chargèrent de la relève rapide de ces troupes. Le linceul de cendres qui recouvrit Saint-Pierre dans les semaines qui suivirent rendit bientôt impossibles toutes les entreprises de pillage. Le silence se fit sur une ville vivante et prospère quelques semaines auparavant, dont l’emplacement même n’apparaissait plus avec certitude.

Vingt-sept années se sont passées depuis ce cataclysme. La montagne Pelée s’était peu à peu calmée et avait repris son aspect débonnaire et tranquille. Brusquement, ces dernières semaines, elle s’est réveillée, jetant de nouveau l’épouvante parmi les paisibles populations de notre charmante colonie. Heureusement, les souvenirs de 1902 n’étaient pas oubliés et, aux premiers signes d’activité du volcan, on a pris les dispositions nécessaires pour soustraire les habitants des zones dangereuses au destin tragique qui fut réservé à leurs prédécesseurs. Il est donc permis de penser que l’activité actuelle du volcan martiniquais n’aura pas d’autres suites que de jeter une perturbation momentanée dans les affaires d’un petit pays qui s’était mis courageusement à l’œuvre pour effacer les effets du désastre de 1902.




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