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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


 
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Roi Louis XI, valois. Naissance, mort, couronnement, règne - Histoire de France et Patrimoine


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Rois, Présidents

Biographie des rois, empereurs, présidents français. Vie des souverains, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes


Louis XI
(né le 3 juillet 1423,
mort le 31 août 1483)
(Roi de France : règne 1461-1483)
Publié le vendredi 5 février 2010, par LA RÉDACTION


 
 

Fils de Charles VII, Louis XI naquit à Bourges le 3 juillet 1423, et fut élevé d’une manière fort simple sous les yeux de sa mère, Marie d’Anjou, fille de Louis II, roi titulaire de Naples, l’une des femmes les plus vertueuses de son siècle. Dès l’âge de cinq ans il fut marié à une princesse écossaise, qui mourut sept années après. Devenu ainsi veuf à douze ans, il accompagna son père dans plusieurs expéditions, où il montra du courage, et surtout l’étonnante activité et la vigueur de résolution qui ne cessèrent pas de le distinguer.

Louis XI (1461-1483)
Louis XI (1461-1483)
Un contraste aussi remarquable avec le caractère de faiblesse et d’indécision de Charles VII ne pouvait manquer de produire des dissensions dans la famille royale. Elles éclatèrent par la haine que ce jeune prince voua, dès son enfance, à la belle Agnès Sorel et à tous les ministres favoris du roi. Louis avait à peine dix-sept ans, lorsque, poussé par quelques hommes turbulents, il s’échappa de la cour pour se rendre à Niort, où il devint le chef d’une révolte connue sous le nom de la praguerie.

Charles VII marcha contre les rebelles, les dissipa et fit périr quelques hommes obscurs, en pardonnant à son fils et même à ceux qui l’avaient entraîné. Le jeune prince s’efforça bientôt d’effacer ses torts par son zèle et sa valeur dans les commandements qui lui furent confiés au siège de Pontoise, de la Réole et surtout à celui de Dieppe, qu’il fit lever aux Anglais en 1443. L’année suivante, ayant marché contre les Suisses, il les vainquit dans plusieurs combats sanglants ; et, à son retour, il fut comblé par Charles VII des marques de la plus vive tendresse.

Mais après quelques mois de résidence à la cour, le caractère inquiet et difficile du Dauphin reprit tout son empire ; ce prince ne se contint plus dans sa haine contre les courtisans, et dans son impatience de régner, il prit part à plusieurs intrigues où il ne s’agissait de rien moins que de ravir à son père le trône et la liberté. Obligé de s’éloigner une seconde fois de la cour, il se retira dans le Dauphiné, que Charles, malgré tant de motifs de défiance, laissa tout entier à sa disposition, lui permettant même de jouir de plusieurs autres possessions.

Ainsi Louis, qui désirait si vivement son indépendance, put se regarder comme souverain dans une contrée éloignée de la capitale, et qui offrait des ressources considérables. Se livrant à toute son activité, il changea entièrement l’administration de la province, augmenta les impôts, et fit des levées de troupes dont le but ne pouvait être rassurant. Dans le même temps il épousa, malgré son père, la fille du duc de Savoie ; et, ne cessant pas d’entretenir des correspondances coupables à la cour de Charles VII, il fut accusé de n’avoir pas été étranger à la mort d’Agnès Sorel.

Voyant ses projets découverts, il essaya de conjurer l’orage en proposant de conduire ses troupes contre les Anglais : mais le roi reçut cette offre avec froideur, et il ordonna à Chabannes de marcher contre le Dauphin et de s’assurer de sa personne. Ce prince, averti à temps, partit sous prétexte d’un pèlerinage à Saint-Claude, et se réfugia dans les États du duc de Bourgogne, qui voulut bien lui accorder un asile, en refusant de prendre part à tout projet d’agression. Loin de là, le duc envoya au roi de France des ambassadeurs chargés de lui expliquer ses motifs, et de tenter une réconciliation entre le père et le fils.

N’ayant pu y réussir, il donna au Dauphin une résidence agréable dans la petite ville de Gennep, en Hainaut, et lui assigna une pension assez considérable, mais qui ne lui suffit pas toujours. Le jeune prince fit des emprunts, demanda de l’argent à tout le monde, et ce fut alors qu’il essuya, de la part du duc de Bretagne, un refus qu’il ne lui pardonna jamais.

Il est probable que, malgré quelques lettres de soumission adressées à son père, il ne désirait point retourner en France tant que Charles VII n’aurait pas fermé les yeux. Ce tendre père l’en conjura plusieurs fois, et Louis sembla disposé à se rendre à ses touchantes invitations ; mais ce fut toujours lorsque la santé du roi parut décliner : il changeait d’avis à la première nouvelle de son rétablissement.

Enfin, il passa cinq ans dans cette retraite, où il lui naquit un fils qu’il perdit peu de mois après. Il y fit des études assez suivies, et ce fut là qu’il recueillit les Cent Nouvelles nouvelles. Tous ses moments paraissaient consacrés aux lettres et à la chasse, qu’il aimait beaucoup ; mais ce fut dans ce même temps qu’on avertit le roi que son fils voulait le faire empoisonner. Du moins est-il bien certain que le malheureux Charles VII, effrayé d’un tel avis, se priva de nourriture, et qu’il mourut par l’excès même des précautions qu’il se crut obligé de prendre.

Dès que Louis reçut cette nouvelle, il se rendit à Avesne, où il fit célébrer un service des morts. Après la cérémonie, dit Monstrelet, « il se vêtit de pourpre, qui est la coutume de France, parce que, sitôt que le roi est mort, son fils plus prochain se vest de pourpre ». Dans les transports de sa joie, il oublia d’envoyer les ordres nécessaires pour les obsèques de Charles VII ; et sans l’attachement de Tannegui-Duchâtel, qui se chargea du soin et des frais de cette cérémonie, un de nos meilleurs rois, celui auquel la France avait l’obligation d’être échappée au joug de l’étranger, eût été enseveli sans honneur, tandis que les princes, les seigneurs et les courtisans qu’il avait comblés de ses bienfaits couraient se prosterner devant leur nouveau maître.

Louis XI se rendit à Reims pour se faire sacrer, accompagné du duc de Bourgogne, du comte de Charolais et de quelques gentilshommes. Il refusa par défiance une escorte plus nombreuse. Philippe le Bon assista, comme pair du royaume, à la cérémonie, et fit hommage de ceux de ses domaines qui relevaient de la couronne. Ce prince, qui désirait sincèrement la paix, se jeta aux pieds du roi et le pria dans les termes les plus affectueux et les plus pressants de pardonner aux serviteurs de son père qui avaient pu l’offenser. Louis promit tout, et il n’excepta de son pardon que sept individus qu’il ne nomma point : se réservant ainsi de choisir ses victimes, et de faire peser sur tous une cruelle appréhension.

Dès qu’il eût saisi les rênes du gouvernement, voulant en tout point le contraire de son père, il rendit la liberté au duc d’Alençon, fit grâce au comte d’Armagnac, et se hâta d’écarter tous les chefs de la noblesse qui avaient servi Charles VII avec tant de dévouement et de gloire.

Les Dunois, les la Trémoille, les Brézé, les Chabannes, devinrent suspects à ses yeux ; il lui fallait des créatures, et non des généraux et des ministres. Il déposa le chancelier Juvénal des Ursins, puis l’amiral, le grand chambellan, les maréchaux de France, beaucoup d’autres officiers civils et militaires, et les principaux directeurs des finances, qu’il remplaça par des gens obscurs, et surtout par ceux qui l’avaient aidé dans ses intrigues et ses complots ; enfin, on ne vit bientôt dans les emplois que des hommes nouveaux, que le roi avait tirés du rang le plus bas afin de pouvoir les y replonger sans scrupule et sans danger au moindre soupçon.

Son barbier devint ambassadeur et comte ; son tailleur héraut d’armes, et son médecin chancelier. Tant de changements firent beaucoup de mécontents : le roi crut que pour les apaiser il lui suffirait de publier un édit où il déclarait, sans avoir beaucoup d’envie de s’y conformer, « qu’aucun état ne vaquerait à l’avenir, si ce n’est par mort, résignation ou forfaiture. »

Louis venait à peine de jurer à son sacre de ne point augmenter les impôts, qu’il en établit de très considérables : les habitants de Reims, qui avaient été témoins de sa promesse, furent les premiers à se révolter ; il fit écarteler le chef de la rébellion, et l’on trancha la tête à six de ses complices. Angers, Alençon, Aurillac, où s’étaient manifestés de semblables troubles, virent de pareilles exécutions ; et la paix fut rétablie. Le roi visita ensuite le midi de son royaume ; et, en passant à Tours, il reçut l’hommage du duc de Bretagne, qui vint dans cette ville avec une suite brillante.

Ce fut alors que Louis institua le parlement de Bordeaux. S’étant avancé sur la frontière d’Espagne, il prit la défense du roi d’Aragon, usurpateur du royaume de Navarre, lui prêta cent mille écus, reçut de lui une cession du Roussillon et de la Cerdagne, et fit marcher ses troupes contre les peuples de la Catalogne, qui furent réduits après de sanglants combats.

L’année suivante, il entra en négociation avec Henri IV, roi de Castille, qui le prit pour arbitre de ses différends avec le roi d’Aragon et ses peuples révoltés. La décision de Louis ne satisfit aucun parti ; et les troubles se renouvelèrent, comme l’avait probablement prévu ce prince ; car c’est dans son siècle, et surtout par lui, qu’a commencé en Europe cette cruelle politique qui consiste à prolonger les haines des partis opposés pour qu’ils puissent se combattre plus longtemps et s’affaiblir davantage.

Les deux monarques avaient conclu leurs arrangements ; et tous deux étaient également décidés à ne pas les tenir, lorsqu’ils eurent une entrevue sur la Bidassoa. Henri s’efforça d’y paraître de la manière la plus brillante ; et Louis s’y montra fort négligé, selon sa coutume : « car il se mettait si mal, dit Comines, que pis ne pouvait. » Le Castillan lui inspira une sorte de mépris par sa figure ignoble et son peu d’esprit ; et tous deux se séparèrent mécontents l’un de l’autre.

Mais si le roi de Castille fut peu satisfait du monarque français, il n’en fut pas de même de ses ministres et de ses courtisans ; Louis les combla de présents, et gagna par ses largesses tous ceux qui pouvaient le servir dans ses projets. C’est ainsi qu’il ne manqua jamais une occasion de se ménager dans toutes les cours des créatures et des agents qu’il payait fort cher, auxquels il donnait lui-même des instructions, et dont il suivait la correspondance, de peur d’être trahi.

Son séjour dans les États du duc de Bourgogne l’avait mis à portée de gagner quelques serviteurs de ce prince ; et il fit longtemps des pensions à plusieurs d’entre eux, entre autres à Jean de Croy, favori de Philippe le Bon, qui le servit à merveille dans son acquisition des places de la Somme. Toutes ces prodigalités, ostensibles ou secrètes, étaient fort onéreuses pour l’État ; mais, d’un autre côté, le roi se montrait dans sa personne et dans sa maison le plus simple et le moins prodigue des souverains. Cependant il avait doublé les impôts, et il voulut même établir à son profit, dans les domaines du duc de Bourgogne, une gabelle semblable à celle qui se percevait dans ses propres États.

C’est à cette occasion que Philippe lui envoya le sire de Chimay, qui lui dit hautement qu’un prince aussi puissant que l’était son maître devait être traité avec plus de considération. « Eh ! quel homme est-ce donc que ce duc ? demanda le roi. Est-il d’un autre métal que les autres princes de mon royaume ? - Oui, sire, répliqua Chimay ; s’il n’avait été de meilleur acier et plus dur que les autres, il ne vous eût pas retiré et défendu cinq ans contre les menaces d’un grand roi, la terreur de l’univers, tel qu’était monseigneur votre père. » Louis s’éloigna sans rien dire, et il ne fut plus question de la gabelle.

Dans le même temps, François II, duc de Bretagne, se voyait de plus en plus harcelé par les prétentions du roi. Après l’avoir fait juger par une espèce de commission, Louis, s’étant rendu avec une armée sur la frontière de Bretagne, lui intima défense de s’intituler duc par la grâce de Dieu, de frapper monnaie en son nom, de faire des levées d’hommes, et enfin d’exiger un serment de ses sujets.

C’était lui déclarer la guerre : François n’y était point préparé. Selon l’usage de la faiblesse, il eut recours à une soumission apparente, et redoubla en secret d’efforts pour soulever contre le roi toutes les haines et tous les intérêts. D’après l’inquiétude que les projets de Louis XI avaient déjà fait naître chez la plupart des grands vassaux et des souverains, le duc n’eut pas de peine à leur faire comprendre qu’ils devaient prévenir par une attaque simultanée les projets de leur ennemi commun, et que sans cela ils ne pouvaient manquer d’être ses victimes.

Il parvint ainsi à former une ligue dans laquelle entrèrent successivement les ducs de Calabre, de Bourbon, de Lorraine, d’Alençon, de Nemours, de Bourgogne, et enfin le duc de Berry, frère du roi, dont celui-ci avait semblé prendre à tâche de faire un mécontent en lui refusant un apanage, et en le tenant auprès de lui dans une espèce de captivité. Ce jeune prince, d’accord avec les confédérés, réussit à s’évader au moment de l’explosion ; et il devint le prétexte et le chef apparent de cette redoutable confédération qui prit le nom de ligue du bien public.

Louis recevait depuis longtemps des avis sur ces menées et ces projets ; et il chercha vainement à conjurer l’orage. Redoutant surtout le duc de Bourgogne, il lui envoya son chancelier Morvilliers, qu’il chargea de repousser une accusation dont toute l’Europe avait retenti, et selon laquelle le roi aurait tenté de faire enlever le duc de Bourgogne et le duc de Charolais par un certain Rubempré, que ces princes tenaient en prison. Les explications de Morvilliers furent loin de les satisfaire ; et le ton d’aigreur et de menace qu’il prit ne fit qu’ajouter au ressentiment de Philippe, qui depuis longtemps résistait avec peine à son fils, impatient de combattre ; dès lors il n’hésita plus à se joindre à la coalition, et fut le premier à faire marcher des troupes sous les ordres du comte de Charolais.

Louis XI et son armée, par Martial d'Auvergne
Louis XI et son armée, par Martial d’Auvergne
Louis XI était à Poitiers lorsqu’il apprit que ce prince s’approchait de Saint-Denis, rendez-vous général. Il envoie aussitôt des ordres à Paris pour que l’on y fasse une bonne défense, et il entre dans le Berry avec 14 000 hommes. Après avoir soumis cette province, il réduit l’Auvergne, le Bourbonnais, et se Louis XI et son armée, par Martial d’Auvergne. Les Bourguignons, repoussés par les habitants dans plusieurs attaques, impatients de ne pas voir le duc de Bretagne, venaient de passer la Seine pour aller au-devant de lui, lorsque le roi les rencontra dans la plaine de Montlhéry, et leur livra bataille le 16 juillet 1465.

On combattit avec un acharnement qui rendit la perte considérable de part et d’autre. Les deux chefs se montrèrent très braves ; le Bourguignon, impétueux et téméraire, fut grièvement blessé ; le roi le fut légèrement ; il donna ses ordres avec calme et présence d’esprit, et contribua beaucoup au succès de cette journée ; car ce fut bien pour lui une victoire, puisqu’il n’avait d’autre but que d’arriver à Paris, et qu’il entra le lendemain dans cette ville, tandis que le comte de Charolais ne quitta pas le champ de bataille, faute de pouvoir faire un seul mouvement.

L’entrée du roi dans sa capitale se fit aux acclamations de tout un peuple, non moins ivre de ses succès que de ceux du monarque. Louis récompensa un si grand zèle par une légère diminution d’impôts, et en prenant parmi les bourgeois un conseil par lequel il est assez probable qu’il n’avait aucune envie de se laisser conduire. Cependant, les confédérés avaient réuni leurs forces ; et ils menaçaient encore Paris, avec une armée qui devenait tous les jours plus nombreuse. Ils repassèrent la Seine ; déjà ils s’étaient emparés de Charenton et ils avaient porté l’effroi dans l’âme des Parisiens, lorsque Louis, toujours actif et infatigable revint de la Normandie, ou il était allé chercher des vivres et du renfort.

Déjà l’on était en négociation avec les ennemis pour leur ouvrir les portes de la ville. Le roi frémit du danger qu’il avait couru ; il rompit les conférences, et punit ceux dont la faiblesse ou la perfidie avait exposé sa couronne à un si grand danger. On l’a entendu dire depuis que, si les princes fussent entrés dans Paris, il ne lui serait resté d’autre ressource que de passer en Suisse ou à Milan.

Aussitôt après son arrivée, la défense prit le caractère de vigueur et d’activité qu’il savait imprimer à ses opérations ; mais tout son royaume était livré a d’affreux ravages : la Normandie s’était soulevée, et Rouen venait d’être livré aux confédérés. Cependant, voyant que la monarchie pouvait être perdue par une imprudence, et ne voulant pas l’exposer aux hasards d’une bataille, il aima mieux négocier ; et, après quelques démarches inutiles, il résolut d’être lui-même son négociateur.

Tout à coup on le voit entrer dans un bateau ; il aborde sur la rive opposée, où le comte de Charolais vient le recevoir, entre en pourparler avec ce prince, et consent à tout ce qu’on exige de lui. « Lorsqu’il était le plus faible, dit l’historien Chalon, il savait sur toutes choses s’accommoder au temps, faire des traités selon la volonté de ses ennemis, leur céder ses droits et ses prétentions afin de les désunir : mais quand une fois il avait rompu leur ligue et leur union, il reprenait ce qu’il avait cédé, et ne tenait rien de ce qu’il avait promis. » Louis XI recevait à cette époque de fréquents avis de F. Sforce, duc de Milan, en qui il avait une grande confiance, et qui lui avait envoyé des troupes sous les ordres de son fils. Ce duc lui conseilla positivement, dans cette conjoncture, de tout accorder pour dissiper la ligue, « sauf à ne consulter ensuite que les circonstances. »

De tels principes s’accordaient trop avec le caractère de Louis pour qu’il ne se hâtat pas de les adopter. Il signa donc, le 30 octobre 1465, les traités de Conflans et de Saint-Maur, par lesquels il céda la Normandie à son frère, une partie de la Picardie au duc de Bourgogne, le comté d’Étampes au duc de Bretagne, et donna l’épée de connétable au comte de Saint-Pol. Enfin, il fit plus de concessions en tout genre que ses ennemis n’auraient osé l’espérer.

Mais à peine étaient-ils séparés, qu’il protesta contre un traité arraché par la force ; profitant de quelques difficultés que le parlement fit pour l’enregistrer, il déclara hautement qu’il ne consentirait jamais que la Normandie fût démembrée du royaume ; et il fit marcher une armée vers cette province. Quelques places essayèrent en vain de fermer leurs portes, il pénétra partout de vive force ; et contre sa coutume, il se montra généreux envers ceux qui avaient tenté de lui résister ; mais afin que sa clémence ne pût pas être prise pour de la faiblesse ou de la crainte, il y mêla quelques actes de rigueur. Son frère, incapable de se défendre, s’adressa vainement au duc de Bretagne et au duc de Bourgogne, tous deux garants du traité de Conflans. Le premier avait peu de moyens de le seconder, et tout ce qu’il osa fut de le recevoir dans ses États. Le second était trop occupé contre les Liégeois que Louis aidait secrètement.

Ce fut dans cette circonstance que le roi assembla dans Tours les états généraux, auxquels il exposa les torts de son frère. Ces états, qu’il avait su composer selon ses vues et devant lesquels il vint lui-même développer ses motifs, les approuvèrent tous. Après avoir déclaré que la Normandie ne pouvait pas être séparée de la France, ils offrirent pour conserver cette province toutes les ressources du royaume.

Peu après la séparation des états de Tours, Louis offrit à ses peuples un leurre du même genre en créant une commission de vingt réformateurs des abus, à laquelle durent être adressées toutes les plaintes et toutes les réclamations. Mais, dit un auteur contemporain, « la plus grande œuvre de cette commission fut de soi assembler, car de toute icelle assemblée ne vint aucun profit à la chose publique ».

Le duc de Bretagne, jugeant qu’il ne pourrait lutter longtemps seul contre toutes les forces du roi, signa une espèce de capitulation au moment où le duc de Bourgogne venait à son secours avec une armée. Louis XI pouvait lui livrer bataille : mais les chances en étaient douteuses ; et, en pareil cas, il aima toujours mieux se servir d’autres moyens. Cette fois il lui en coûta 120 000 écus d’or ; pour cette somme le duc lui accorda une trêve.

On s’occupa ensuite d’un traité de paix. Mais Charles venait de débuter dans la carrière, et Louis avait besoin d’abaisser des vassaux trop puissants. Ainsi personne ne voulait la paix ; et les conférences se prolongèrent sans résultat. Cependant le roi, plein de confiance dans ses talents, et se laissant d’ailleurs entraîner par les flatteries de Jean de la Balue, résolut de profiter de sa supériorité sur son jeune rival, et persuadé qu’il le ferait aisément tomber dans ses pièges, il se rendit à Péronne avec un sauf-conduit et une suite peu nombreuse.

On ne peut supposer que l’intention du duc fût dès lors d’abuser d’une marque de confiance aussi grande : mais le roi n’avait pas cessé d’exciter et d’aider les Liégeois dans leurs attaques contre la Bourgogne ; il envoya bien à ses agents, en partant de Paris, l’ordre de retarder une explosion, mais cet ordre vint trop tard ; et peu de temps après son arrivée à Péronne, Charles apprit que les Liégeois avaient fait une sortie et qu’ils annonçaient hautement leur alliance avec le roi de France.

A cette nouvelle, le duc entre dans une extrême fureur ; il s’emporte contre le roi dans les termes les plus injurieux, le menace, l’enferme dans la citadelle, et le laisse pendant trois jours incertain du sort qu’il lui préparait. Ce fut en vain que Louis jura par la pâque-Dieu, son juron ordinaire, qu’il n’était pour rien dans cet événement ; qu’il ne portait aucun intérêt aux Liégeois, et que si Monsieur de Bourgogne le voulait, il irait volontiers avec lui mettre le siège devant leur cité.

Le respect qu’inspire la royauté, l’horreur d’un meurtre qui eût révolté l’Europe entière, purent seuls lui sauver la vie. Livré à mille projets divers, Charles était dans la plus vive agitation. Marchant dans son appartement, ne se déshabillant pas même pendant la nuit, tantôt il voulait mettre le duc de Berry sur le trône de France, tantôt il voulait s’y placer lui-même. Le roi, qui connaissait tout le danger de sa position, conservait le calme dont il avait besoin. Ne pouvant parler au duc, et ne voyant que les personnes qui lui venaient de sa part, il n’oublia rien pour les mettre dans ses intérêts. Ce fut par elles, et surtout par Comines, qu’il apprit ce qui se passait chez ce prince, et qu’il fit dire ce qu’il lui importait de communiquer.

Enfin, le quatrième jour, Charles se rend dans la prison du monarque, et l’abordant d’un air brusque il lui demande si son intention est encore de l’accompagner à Liège. Le roi n’hésite pas ; et les deux souverains entrent en conférence sur la paix. C’était bien le cas pour Louis de se rappeler les conseils de Sforce. Il consentit à tout ; on rédigea un traité, et il jura de s’y soumettre sur la croix de Charlemagne. Les conditions en étaient telles que, malgré sa résignation, il ne put s’empêcher de se récrier sur quelques-unes ; à quoi les agents du duc répondaient : Monseigneur le veut, ainsi l’a ordonné ; et il signait. Il offrit même des otages qui « acceptèrent hautement », dit Comines ; « mais je ne sais, ajoute cet historien, s’ils disoient ainsi à part ; je me doute que non ; car il les y eût laissés ».

Dès ce moment les deux princes semblèrent vivre en bonne intelligence ; mais le roi était surveillé et environné de gardes, moins chargés de veiller à sa sûreté que d’observer ses démarches. Ce fut ainsi qu’il partit pour Liège au milieu de l’armée bourguignonne, dont il prit les couleurs, ne conduisant avec lui qu’un petit nombre de Français. Le siège fut long et sanglant. Louis XI y courut de grands dangers ; et toujours placé sous les yeux du soupçonneux Bourguignon, il fut près d’être égorgé par les assiégés, qui avaient pénétré pendant la nuit jusque dans le quartier général.

Enfin Liège fut pris, ou plutôt les habitants l’abandonnèrent pour se sauver dans les bois ; et le monarque français vit détruire sous ses yeux cette malheureuse cité dont il avait causé la ruine. Lorsqu’il eut ainsi essuyé tous les genres d’humiliation, il lui fut permis de se retirer. Tremblant encore de voir le duc changer d’avis, il lui dit en partant : « Si vous avez affaire de moi, ne m’épargnez pas ; je ne désire partir que pour aller à Paris faire publier notre appointement en cour de parlement. J’espère que nous nous reverrons l’été prochain en Bourgogne, et que nous passerons quelques jours ensemble, faisant bonne chère ».

Charles ne se donna même pas la peine de cacher le mépris que ce langage lui inspirait. Mais le roi avait échappé au plus grand danger que son imprudence lui ait jamais fait courir. Il n’avait donné pour s’en tirer que des promesses, des serments, et il trouvait que c’était bien peu. Ce qui l’intéressait davantage, c’est que Chabannes lui avait conservé son armée, malgré un ordre positif de la licencier, ordre que le duc de Bourgogne lui avait fait écrire à Péronne, sous sa dictée.

Son premier soin fut de l’augmenter ; et loin de faire publier en parlement son appointement de Péronne, il ne permit pas même qu’on lui en parlât et ne souffrit jamais qu’on prononçât devant lui le nom de cette ville. On raconte que, quelques habitants de Paris ayant instruit des pies et des geais à le répéter, il envoya des gens chargés de tuer ces oiseaux et d’informer contre leurs malins instructeurs.

L’article du nouveau traité qui lui tenait le plus à cœur était la cession à son frère des comtés de Brie et de Champagne. Charles l’avait fait souscrire à cet arrangement, non pour l’avantage du duc de Berry, mais parce que, ces provinces touchant aux États de Bourgogne, il lui convenait d’avoir pour voisin un prince faible, qui d’ailleurs lui était dévoué et qui pourrait au besoin lui ouvrir le chemin de la capitale. Le roi, qui avait pénétré ces motifs, cherchait tous les moyens d’éluder sa promesse : n’osant pas d’abord y manquer ouvertement, il mit en usage toutes sortes de ruses pour faire accepter à son frère le duché de Guyenne, qui, en l’éloignant du prince bourguignon, devait le soustraire à son influence.

Mais il fut trahi dans cette affaire par le cardinal de la Balue, qu’il avait tiré du néant pour en faire son ministre et qui depuis longtemps trafiquait de ses secrets avec le duc de Berry, le duc de Bourgogne, le pape et tous ceux qui voulaient les acheter. On surprit la correspondance de ce traître, et le roi y vit les preuves d’un grand nombre de perfidies.

C’en était assez pour que le coupable fût livré au dernier supplice : mais Louis se crut obligé de montrer quelque déférence au Saint-Siège ; et il envoya au pape un ambassadeur pour le prier de nommer des juges ecclésiastiques. Le pontife, qui avait profité des perfidies de la Balue, éluda cette proposition ; et ces retards sauvèrent le cardinal, qui expia néanmoins ses crimes dans une longue et cruelle captivité.

On voit ainsi que Louis XI, quelque soupçonneux et rusé qu’il fût dans sa politique, n’était pas à l’abri de tous les genres de tromperies, et que, malgré sa prétention de porter son conseil dans sa tête, il eut aussi des ministres et des favoris qui abusèrent de sa confiance, et ce furent précisément ceux qu’il osait tirés de la plus basse condition. Il est vrai qu’il leur fit payer bien cher cette témérité et qu’au moindre soupçon personne ne trouvait grâce devant lui.

Les intrigues de la Balue avaient beaucoup contribué à tenir le duc de Berry éloigné du roi : dès que ce prince, bon et facile, fut livré à lui-même, le monarque en obtint tout ce qu’il voulut. Les deux frères eurent à Saintes une entrevue dans laquelle, selon l’usage de ce temps, ils se parlèrent d’abord à travers des barreaux de fer. Ce ne fut que le second jour qu’ils s’embrassèrent. Louis fit renoncer son frère à la Brie, à la Champagne et à la Normandie pour accepter la Guyenne ; et ce qui caractérise aussi bien le monarque français que les mœurs de ce siècle, il lui fit jurer sur la croix de Saint-Lô, de n’être consentant ni participant de prendre jamais la personne de Monsieur Louis, son frère, ni le tuer.

Le duc promit encore de ne pas épouser la fille du duc de Bourgogne ; et ce dernier la lui ayant fait offrir secrètement quelque temps après, il n’hésita pas à en informer le roi. Son nouveau duché était un peu moins considérable qu’on ne lui avait fait espérer, parce qu’on en avait séparé des villes et des vassaux puissants ; mais rien ne put altérer alors ses résolutions pacifiques.

Louis XI était encore sans enfant mâle, et le duc de Berry se trouvait ainsi l’héritier de la couronne : il est probable qu’une aussi belle perspective contribuait beaucoup à lui inspirer du calme et de la patience. Ainsi il paraissait être franchement dans les vues du roi ; et ce prince le fit même consentir à épouser Jeanne de Castille. Il fut fiancé à cette princesse mais la naissance d’un Dauphin vint changer sa position et ses sentiments. Le duc de Bourgogne ayant profité de cette circonstance pour réitérer ses offres, et le duc de Bretagne ayant en même temps insisté pour qu’il acceptât une aussi belle proposition, il ne résista plus, lia secrètement une correspondance avec ces deux princes et s’engagea bientôt par de nouveaux traités.

Le roi ne tarda pas à en être informé ; et le hasard lui fit voir près d’éclater le complot le plus vaste et la ligue la plus redoutable qui eût encore été formée contre lui. Dans la frayeur que lui inspira cette découverte, il se hâta de conclure avec le duc de Bourgogne une trêve, à laquelle ce prince dut le salut de son armée, engagée témérairement sur la Somme. Depuis qu’il était sur le trône, Louis n’avait cessé d’avoir les armes à la main ; et, toujours obligé de résister à des ennemis puissants et à des ligues nombreuses, il s’était vu plusieurs fois menacé d’une ruine complète. Son frère avait été la cause ou le prétexte de toutes ces ligues, et dans ce moment il allait encore se placer à la tête d’une coalition plus formidable.

C’est dans de telles conjonctures que le duc de Guyenne fut empoisonné : ce crime n’a jamais été mis en doute ; on ne varie que sur le nom de celui qui en fut l’auteur. Le roi s’efforça de paraître extrêmement affligé de cet événement ; il fit faire à son frère un service magnifique, ordonna des prières publiques, et prescrivit à cette occasion la récitation de l’Angélus à genoux, au son de la cloche de midi, ce qu’il observait lui-même très exactement.

Mais au milieu de ses chagrins et de sa dévotion vraie ou simulées, il ne perdit pas de vue ses intérêts. Au premier avis du danger de son frère, il fit marcher des troupes vers la Guyenne ; et dès que Charles eut fermé les yeux il prit possession de ses États, pendant que le duc de Bourgogne, en fureur, le proclamait un assassin, et déclarait dans un manifeste qu’après s’être défait de son frère par poisons, maléfices, sortilèges, Louis venait de séduire trois jeunes seigneurs de sa cour pour l’assassiner.

Louis XI et son armée, par Martial d'Auvergne
Louis XI et son armée, par Martial d’Auvergne
Le monarque répondit par des allégations à peu près semblables ; et, pour les appuyer par des faits, il fit arrêter un marchand bourguignon nommé Hardi, que l’on accusa d’avoir cherché à suborner deux valets du roi afin d’empoisonner leur maître, et qui un peu plus tard, fut écartelé en place de Grève. Les invectives si indignes d’aussi grands souverains devaient amener des événements encore plus déplorables. La guerre se ralluma avec une fureur sans exemple, même dans ces temps de désolation ; et tandis que le duc de Bourgogne portait le fer et le feu dans la Normandie et la Picardie, où la ville de Beauvais put seule lui résister, les généraux de Louis XI exercèrent contre la Flandre et la Bourgogne de terribles représailles.

Pendant ce temps, le roi tenait en échec le duc de Bretagne ; et lorsqu’il eut forcé ce prince d’accepter une trêve, le duc de Bourgogne, dont tout le triomphe se bornait à des ravages et qui n’avait plus à parcourir qu’un pays ruiné, fut obligé de consentir à des conditions semblables. Cette trêve n’était que de trois mois ; mais elle fut prolongée, beaucoup plus par le besoin et l’épuisement des parties que par leur désir de rester en paix. A peine un traité était-il signé qu’on songeait à le rompre ; et lorsqu’on ne pouvait plus combattre, on cherchait à nuire à ses rivaux par d’autres moyens.

Telles étaient les mœurs et la politique du XVe siècle. Si la bonne foi fut alors bannie de la terre, on ne peut pas dire qu’elle se fût réfugiée dans le cœur des princes. Le roi d’Aragon n’avait pas été compris dans ces arrangements, quoiqu’il eût pris part aux hostilités contre Louis XI, et qu’il eût voulu se libérer ainsi des trois cent mille écus qu’il devait à ce monarque. Louis, qui désirait, de son côté, recouvrer cette somme, même en gardant le Roussillon, qui en était le gage, dirigea une armée contre Perpignan ; mais ses généraux ne purent enlever cette place. Le monarque aragonais s’y était établi en personne, et lui seul la défendit par son exemple.

Louis fit encore, l’année suivante, marcher des troupes de ce côté ; et profitant d’un moment de sécurité qu’il avait su inspirer au roi d’Aragon, il surprit ses frontières sans défense et livra le pays aux plus affreux ravages. Je vous donne la dépouille de tous ces révoltés, écrivait-il à son général Boutile ; et afin que d’ici à vingt ans il n’en retourne nul, faites leur trancher la tête. Heureusement Boutile était un homme de bien ; il demanda grâce pour ces malheureux, et le roi l’écouta.

Cette guerre fut terminée par un traité le 17 septembre 1472 : Louis reçut une partie de son argent, et resta maître des provinces engagées. C’est vers la même époque qu’il envoya le cardinal Jouffroy contre le comte d’armagnac, qui, après avoir fait dans Lectoure une vive résistance, périt victime du plus horrible assassinat.

Le roi méditait depuis longtemps cette vengeance : mais il n’en avait pas trouvé l’occasion ; car, dit Mézeray, « il n’omettait jamais de se venger, sinon lorsqu’il en appréhendait de dangereuses conséquences ». Il ne faut cependant pas croire, avec cet historien, que Louis XI ne cherchât jamais qu’à satisfaire un vil ressentiment. Il est évident qu’après le règne du trop facile Charles VII, où tous les ressorts de l’autorité s’étaient relâchés, son successeur fut obligé d’user d’une grande rigueur.

L’inflexibilité avec laquelle il fit périr un si grand nombre d’ennemis de son pouvoir était sans doute dans son caractère ; mais on doit avouer que la monarchie avait alors besoin d’être soutenue par une main aussi ferme. Ce prince régnait depuis quatorze ans, et il n’avait pas cessé de lutter contre ses vassaux, contre ses sujets, et contre des voisins puissants et ambitieux, prêts à se partager ses dépouilles. Mais son activité et la fermeté de ses résolutions avaient donné à sa puissance, au dedans comme au dehors, une force et une stabilité telles, que désormais rien ne pouvait l’ébranler.

Enfin il était, à cette époque, dans la plus heureuse position pour mettre à profit toutes les chances qu’allait lui offrir la fortune, toutes les fautes qu’allaient faire ses ennemis. Il faut avouer qu’à cet égard il fut plus heureux qu’il ne pouvait l’espérer, et que le plus redoutable de ses adversaires, le duc de Bourgogne, fit, par haine pour sa personne, au delà de tout ce qu’il pouvait attendre. Ce prince, entraîné par l’ambition la plus insensée, prétendait ressembler à Annibal, et il s’efforçait en tout point d’imiter ce grand capitaine ; mais au moment où il marchait à la conquête du monde, il fut arrêté, à son passage des Alpes, par des paysans suisses qu’il avait méprisés, et que le roi de France aidait secrètement.

Ces braves Helvétiens firent éprouver de sanglantes défaites à leur téméraire agresseur, qui avait déjà essuyé un pareil échec devant la petite ville de Nuyts. Ces expéditions du duc de Bourgogne étaient d’autant plus folles que pendant ce temps le roi d’Angleterre, Édouard IV, son allié, descendait en Picardie avec la plus belle armée que les Anglais eussent encore fait débarquer sur le continent. L’indignation de ce prince fut extrême lorsqu’il vit que le duc ne venait pas se réunir à lui comme ils en étaient convenus ; et le roi de France profita habilement de cette circonstance pour entrer en négociation avec Édouard.

Persuadé qu’il arriverait mieux à son but par des séductions que par la force des armes, Louis épuisa ses trésors, fit des emprunts de tous côtés, et combla de ses largesses les ministres, les conseillers, les soldats, et le monarque lui-même, qui reçut un présent de cinquante mille écus. C’était bien peu pour la couronne de France qu’Édouard avait réclamée dans son manifeste. Louis promit de lui payer une pareille somme chaque année, et de marier le Dauphin avec une princesse anglaise : il prit encore beaucoup d’autres engagements, que son intention n’était sans doute pas de tenir ; car son système, bien arrêté par son goût autant que par les avis de Sforce, était qu’en pareil cas il faut donner ce qu’on n’a pas, et promettre ce qu’on ne peut pas donner.

Enfin il fit si bien, qu’en moins d’un mois toute cette expédition rentra dans les ports d’Angleterre, et qu’Édouard fut son pensionnaire et son allié. Après avoir éloigné avec tant de bonheur ce redoutable ennemi, Louis eut bon compte du duc de Bretagne, et même du duc de Bourgogne, dont les embarras augmentaient de jour en jour par ses téméraires entreprises.

Ces deux princes conclurent encore une trêve à la fin de 1475 ; c’était la septième depuis quatorze ans. Dans celle-ci, comme les triumvirs romains, ils se sacrifièrent réciproquement leurs amis et leurs ennemis. Louis n’y fit pas comprendre le duc de Lorraine, qu’il venait d’exciter à une levée de boucliers dont Charles voulait le punir ; et, de son côté, le prince bourguignon livra le connétable de Saint-Pol, dont le roi cherchait à se venger. Pour satisfaire son ressentiment, ce prince renonça aux places de Saint-Quentin et de Ham. Le sang de cette victime fumait encore, lorsque le duc de Bourgogne, qui l’avait si indignement livrée, périt lui-même devant Nancy le 5 janvier 1477.

Dès que Louis XI reçut cette nouvelle, il ne put dissimuler sa joie ; et il l’annonça à ses bonnes villes par un circulaire, donna un grand dîner, partit pour un pèlerinage d’actions de grâces, et voua une balustrade d’argent au tombeau de Saint-Martin, à Tours. De tels soins ne l’empêchèrent pas de tirer parti de l’événement : il mit ses troupes en campagne, et reprit les places de la Somme qui avaient été le prix du sang du connétable ; d’un autre côté, il fit signifier aux états de Bourgogne qu’en sa qualité de seigneur suzerain il était maître de cette province, le feu duc n’ayant pas laissé de postérité masculine. Cette prétention, appuyée par une armée, n’éprouva aucun obstacle.

Pendant que l’héritage du duc de Bourgogne était ainsi de toutes parts envahi, sa jeune héritière, environnée de conseillers timides et d’un peuple turbulent, n’osait prendre aucune détermination. Cette princesse avait vingt ans ; on voulait lui faire épouser le Dauphin, qui n’en avait que huit. Quelque répugnance que cette différence d’âge pût lui inspirer, le désir de la paix et l’horreur des divisions qui l’avaient tant affligée sous le règne de son père l’y faisaient consentir.

Ainsi l’on ne peut douter qu’une aussi grande affaire fût entièrement à la disposition du roi, mais elle n’entrait pas dans sa politique et sa première pensée fut de diviser cet immense héritage, d’en réunir à son domaine la meilleure partie et de distribuer le reste à ses généraux. Il le déclara positivement, dès le premier instant, à ceux qui l’entouraient ; et tous les ordres qu’il donna ont été la conséquence de cette première résolution.

Au reste, on ne saurait nier que ce plan, qui depuis longtemps était le principal but de sa politique, ne fût alors d’une exécution facile. Peut-être que plus tard, lorsqu’il vit le fils de l’empereur prêt à lui ravir une aussi riche proie, éprouva-t-il quelques regrets. Mais il n’était plus temps ; le développement de ses projets ambitieux avait révolté tous les esprits ; et la princesse, qui venait de voir périr deux de ses plus fidèles serviteurs par suite d’une perfidie du roi ne pouvait plus donner sa main qu’à l’archiduc Maximilien.

Ainsi Louis XI, par de faux calculs d’ambition ou peut-être de haine contre la maison de Bourgogne, avait lui-même tout fait pour amener cette alliance avec l’Autriche, qui devait causer tant de maux à la France. Il parut s’apercevoir de cette faute lorsqu’il voulut ensuite faire épouser par le Dauphin la fille de Marie ; mais l’occasion n’était plus la même, et Marguerite d’Autriche n’apportait pas en dot la riche succession de Bourgogne.

La mort de Charles le Téméraire n’offrit donc à Louis qu’une occasion de s’emparer par la violence de ses vastes domaines. Ses armes firent de grands progrès en Flandre et en Picardie. Beaucoup de places se rendirent sans combattre : d’autres opposèrent quelque résistance ; et, selon sa coutume, il usa envers celles-ci d’une rigueur d’autant plus blâmable que leur tort était de se montrer fidèles au souverain légitime. Il changea jusqu’au nom d’Arras, qu’il nomma Franchise ; et les habitants de cette ville les plus honnêtes et les plus considérables furent livrés au prévôt Tristan qui leur fit trancher la tête ; les autres furent dispersés, et l’on donna leurs biens à des aventuriers.

Un peu plus tard, ceux d’Avesne, de Condé et de Mortagne furent traités d’une manière aussi cruelle. Une lettre de l’empereur fit alors connaître au roi que ce prince était décidé à soutenir la cause de son fils ; et Maximilien reçut en effet des renforts, avec lesquels il ne tarda pas à se mettre en campagne. De son côté, Louis n’avait rien négligé pour être en mesure de défendre ses conquêtes ; et tandis qu’il avait cimenté son alliance avec l’Angleterre, il en avait formé de nouvelles en Allemagne, en Suisse et en Italie.

En même temps il avait augmenté le nombre de ses troupes, et toutes ses places étaient dans le meilleur état de défense. Actif et vigilant, ses ennemis ne le prirent jamais au dépourvu. Si une telle prudence exigeait beaucoup de soins et d’argent, il faut avouer qu’elle épargna souvent le sang des soldats ; et, comme l’a dit l’historien Molinet, il est bien vrai que Louis aima toujours mieux perdre dix mille écus que de risquer la vie d’un archer ; ou, ce qui est plus probable (car on ne peut pas, de bonne foi, faire honneur d’une pareille réserve à son humanité), il savait que les chances de la guerre sont incertaines, que ses pertes sont irréparables, mais que rien n’est plus facile à un souverain que de recouvrer les sacrifices d’argent.

Cependant ses dépenses furent telles, à cette époque, que le parlement crut devoir y mettre une opposition, comme il avait déjà fait en 1470 pour les aliénations du domaine. Cette cour fit une remontrance, dont on ne voit pas que Louis ait tenu beaucoup de compte. Il était alors occupé d’un procès qu’il venait d’intenter à la mémoire de Charles le Téméraire, devant la cour des pairs, pour crime de félonie, offrant des sauf-conduits à son gendre et à sa fille, afin qu’ils pussent venir le défendre en personne, ou envoyer des fondés de pouvoirs.

A leur défaut, il nomma d’office des avocats au défunt ; et les siens, remontant jusqu’aux ancêtres de Charles, outragèrent indignement leur mémoire, récapitulèrent tous les torts de ce duc et vantèrent la bonne foi et le désintéressement du roi, dont le seul but dans ce ridicule procès, était évidemment de confisquer à son profit les domaines du défunt. Mais ces domaines étaient désormais dans les mains d’un jeune prince qui pouvait les défendre. Maximilien, après avoir repris Cambrai, venait d’obtenir sur les généraux de Louis XI, à Guinegate, une victoire importante, mais qui ne fut pas décisive.

C’est dans cette campagne que, le duc d’Autriche ayant violé les lois de la guerre les plus sacrées en faisant pendre un officier français qui avait eu le courage de résister pendant trois jours à toute son armée avec une seule compagnie, le roi se vengea de cette infamie d’une manière inouïe jusqu’alors. Le prévôt Tristan reçut ordre de choisir cinquante des prisonniers les plus considérables, et il en fit pendre dix sur la place où l’officier avait été exécuté, dix autres devant Douai, dix devant Saint-Omer, dix devant Lille, et dix devant Arras.

Cette guerre traîna encore en longueur plusieurs années, et fut mêlée de succès et de revers. Les généraux français, qui d’abord avaient éprouvé des échecs en Franche-Comté, prirent leur revanche l’année suivante (1479), et ils s’emparèrent d’Auxonne, de Dôle, etc. Le roi vint lui-même à Dijon ; et il y établit un parlement, un hôtel des monnaies, y fit de grandes promesses à ses nouveaux sujets, et gagna pour toujours ce pays à la France.

D’un autre côté, il conservait en Flandre et en Picardie la plupart de ses conquêtes ; mais craignant de les perdre par la prolongation de la guerre, il aurait voulu se les assurer par un traité de paix. Il essaya de faire entrer dans ses vues le cardinal de la Rovère, envoyé du pape auprès des souverains de l’Europe pour les engager à se réunir contre Mahomet II, qui menaçait d’envahir l’Occident. Il est probable que le roi n’avait aucune envie d’entrer dans une pareille croisade ; mais il s’en servit habilement pour faire déposer les armes à Maximilien, en lui proposant de proroger la trêve tant que les infidèles seraient en Italie, « afin, dit-il, que je puisse servir Dieu et Notre-Dame contre le Turc ».

Lorsque cette trêve fut arrêtée, on voulut ouvrir des négociations de paix ; mais la défiance était si grande, que les négociateurs, ne pouvant pas convenir du lieu où ils se réuniraient, communiquèrent par correspondance de Lille à Arras. « Ils vous mentent bien, écrivait aux siens Louis XI, mentez bien aussi ». Tous ces mensonges n’amenèrent rien de décisif. Mais le roi d’Angleterre ayant fait comprendre à Maximilien que, Louis étant près de sa fin, il ferait mieux d’attendre, les opérations militaires cessèrent de part et d’autre.

En effet, dès le commencement de 1481, Louis avait éprouvé une attaque d’apoplexie ; et les approches de la mort ajoutant à son caractère inquiet et soupçonneux, il ne s’occupait plus que de ses terreurs. Renfermé dans son château de Plessis-les-Tours, il s’y rendait inaccessible. Un fossé large et profond fut creusé tout autour. On n’arrivait à la porte qu’après avoir passé sur deux ponts-levis, et cette porte ressemblait au guichet d’une prison. Toutes les murailles étaient hérissées de longues pointes de fer ; et quatre cents archers, qui veillaient jour et nuit autour de cette effrayante demeure, avaient ordre de tirer sur tous ceux qui en approchaient sans permission.

Ne voulant pas paraître si près de sa fin, et craignant de faire connaître l’altération de son visage, le roi ne se montrait plus au public que de très loin et magnifiquement habillé ; ce qui contrastait singulièrement avec sa simplicité habituelle. C’était dans la même intention qu’il publiait chaque jour de nouveaux règlements, qu’il ôtait ou donnait des emplois, qu’il adressait à ses ministres, à ses ambassadeurs et au parlement des lettres très fermes et très impérieuses.

Enfin il ne semblait occupé que du soin de faire croire son autorité plus active et plus forte ; sa seule crainte était qu’on ne s’aperçût de sa décadence. Une seconde attaque étant venue augmenter ses terreurs, sa défiance devint extrême : il changeait chaque jour ses domestiques, augmentait le nombre de ses gardes, tremblait devant son médecin, et ordonnait d’horribles supplices. Au moment où il prenait des précautions si cruelles contre les hommes, voulant apaiser le ciel par tous les moyens qu’inspire la crainte, il ordonnait des pèlerinages, des processions, faisait recueillir des reliques dans toutes les contrées, prodiguait des biens immenses aux gens d’Église, et se mettait à genoux devant l’ermite François de Paule, qu’il avait fait venir du fond de la Calabre. « Il y a du plaisir, dit Mézeray, à lire dans les historiens tout ce que la crainte de la mort et celle de perdre son autorité faisaient faire au roi Louis dans les dernières années de son règne. »

Et Mézeray n’épargne pas les détails ; il en adopte même de fort incertains. Nous ne dirons donc pas avec lui, d’après Robert Gaguin et d’autres chroniqueurs, que Louis XI se plaisait à entendre les gémissements des malheureux auxquels il faisait donner la torture, ni qu’il avait fait construire un cachot sous sa chambre à coucher, de manière qu’aucune plainte des victimes ne pût lui échapper, ni enfin qu’il faisait tirer du sang à des enfants pour le boire : c’est bien assez que les historiens les plus timides n’aient passer sous silence les cages de fer où il enfermait des prisonniers, ni les énormes chaînes appelées les fillettes du roi, destinées à tenir ces malheureux attachés ; ni enfin les noyades exécutées dans des sacs.

C’est bien assez que l’on ne puisse contester que le nombre des exécutions dirigées par son prévôt Tristan, qu’il appelait son compère, et qu’il eut le tort ineffaçable d’admettre dans sa familiarité. Mais ce n’est pas seulement sur ces derniers faits, ni sur la fin de sa carrière, que l’histoire doit juger ce monarque ; il est évident qu’il était alors dans une espèce de délire ou de démence, qu’il sentait bien lui-même et que tous ses efforts tendaient à dissimuler.

Les historiens ne sont pas d’accord sur la nature de sa maladie ; les uns disent que ce fut l’épilepsie, d’autres l’apoplexie. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle lui laissait quelques bons intervalles, et que c’était alors qu’il demandait à Dieu pardon de ses crimes. Louis XI n’avait pas eu le temps d’accomplir ses projets, et il est évident qu’après avoir obligé tant de grands vassaux à se courber devant l’autorité royale, de telle sorte qu’on a dit avec raison qu’il avait mis les rois hors de page ; après avoir ajouté au royaume plus d’un quart de son étendue, il lui restait encore beaucoup à faire.

On sait avec quel soin il cherchait à se rendre populaire en favorisant les bourgeois, qu’il visitait dans leur famille, et qu’il admettait souvent à sa table : il ne s’en tint pas envers eux à ce genre d’encouragement ; il seconda leur commerce, autant qu’il put le faire dans ces temps d’ignorance et de calamités ; il fit venir de Grèce et d’Italie des ouvriers, qui pour la première fois fabriquèrent en France des étoffes de soie, d’or et d’argent.

Ce fut aussi Louis XI qui établit la poste, et qui favorisa l’introduction des premiers imprimeurs à Paris. Il avait le projet d’ordonner dans tout son royaume l’uniformité des poids et mesures ; il fit réunir toutes les coutumes et les ordonnances, dont il voulait composer un code universel. Lorsqu’il se vit près de sa fin, une de ses plus grandes inquiétudes fut que son fils ne pût pas achever l’exécution de ses plans ; et il paraît qu’il se repentit de n’avoir pas donné d’autres soins à son éducation. Craignant qu’il n’eût envers lui les torts que lui-même avait à se reprocher envers son père, il l’avait toujours tenu éloigné de la cour ; et ce prince était sans instruction. Le roi ne voulait pas qu’il sût d’autre latin que ces cinq mots, dont il faisait sa maxime favorite : Qui nescis dissimulare nescit regnare.

Quelques jours avant sa mort, s’étant rendu à Amboise pour lui faire ses adieux, il lui adressa quelques exhortations vraiment paternelles en faisant noblement l’aveu de ses fautes, et il l’engagea à ne rien changer dans son gouvernement. Depuis cette scène touchante, il ne parla plus de son fils qu’en disant le roi. Louis XI, en effet ne régnait plus : il n’eut que le temps de quelques dispositions pieuses ; le 31 août 1483 il se confessa, reçut les sacrements et mourut en disant : « Notre-Dame d’Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi ».

L’histoire n’offre aucun souverain dont le portrait soit plus difficile à tracer que celui de ce monarque ; et l’on n’a peut-être jamais vu dans le même homme autant de contrastes et de passions opposées. Il ne négligea aucun moyen de se procurer de l’argent ; il établit des impôts considérables, et pourtant il n’avait aucun faste, ni dans sa cour ni dans sa personne : mais quand il ne pouvait pas vaincre ses ennemis par les armes il en triomphait par la corruption.

Il aurait eu, plus que Philippe de Macédoine, le droit de dire qu’une place était prise lorsqu’il pouvait y faire entrer un mulet chargé d’argent. C’est ainsi qu’il épargna souvent le sang de ses sujets : car, bien qu’il n’ait pas été une seule année sans faire la guerre, il n’y eut que deux grandes batailles sous son règne, celle de Montlhéry et celle de Guinegate. Mais en admirant une réserve aussi digne d’être louée, on regrette de ne pouvoir l’attribuer à son humanité ; car s’il évita soigneusement de répandre le sang de ses sujets sur le champ de bataille, il le fit couler sur les échafauds avec une profusion jusqu’alors sans exemple dans notre histoire.

Cependant, si l’on en excepte les derniers moments de sa vie, il ne manqua jamais de faire observer les formes judiciaires, usitées dans ce temps-là ; ses condamnations ont toujours été prononcées par des juges, même celle du duc de Nemours, où son plus grand tort fut d’ajouter aux horreurs du supplice par un appareil plus affreux que le supplice lui-même, et de partager entre les juges les dépouilles de la victime.

Aucun souverain ne fut aussi défiant que Louis XI ; et cependant il en est peu qui aient essuyé plus de trahisons de la part de leurs ministres et de leurs favoris ; il en est peu qui soient tombés dans des pièges plus grossiers. D’une mobilité excessive, ses goûts et ses passions changeaient à chaque instant de direction et d’objet ; et c’est ainsi qu’on le vit successivement confiant et soupçonneux, avare et prodigue, audacieux et timide, clément et cruel.

Doué d’une activité incroyable, il voyait tout par lui-même, de peur d’être trompé : et il fit deux ou trois fois le tour de son royaume. L’Europe prit alors une face toute nouvelle ; et c’est à son siècle que l’on doit rapporter l’origine de la politique actuelle des souverains, et surtout leurs communications et leurs rapports diplomatiques, qui, pour être plus polis et moins brusques dans les formes, n’ont pas beaucoup gagné sous le rapport de la bonne foi.

Ainsi que l’a remarqué Michelet, Louis XI fut l’écho de cette politique machiavélique italienne dont Venise fit alors le parfait modèle. Mais moins patient que ne l’étaient les rusés diplomates italiens, le roi de France, qui prévoyait tout, ne savait pas différer. Son règne est un des plus curieux de notre histoire, par la prodigieuse quantité d’événements, et par la révolution absolue qu’éprouva la monarchie. Louis XI sut imprimer à l’autorité royale un mouvement de vigueur et de force, qui s’est encore augmenté sous les règnes suivants, malgré la faiblesse de quelques-uns de ses successeurs.

Enfin, comme a dit Duclos, ce prince fut également célèbre par ses vices et par ses vertus ; mais, tout mis en balance, c’était un roi. Les grands, dont il s’était fait des ennemis irréconciliables, répandirent contre lui beaucoup de calomnies et de libelles. C’est ainsi que l’apologiste du duc d’Alençon ne trouva pas d’autre moyen de se justifier d’accuser son souverain ; et que de Seyssel, qui, dans son Histoire apologétique de Louis Xll, a voulu faire ressortir davantage les qualités de celui-ci, a exagéré les torts de Louis XI.

Toutefois on doit reconnaître que, comme beaucoup de grands politiques, Louis XI fut un homme peu fait pour inspirer l’estime et un attachement désintéressé. Entre autres créations de ce monarque, il faut citer encore l’ordre de Saint-Michel, institué en 1466. L’esprit de ce prince n’était dépourvu ni de finesse ni de culture ; Comines dit qu’il avait « eu nourriture autre que les seigneurs de ce royaume ». On cite de lui beaucoup de mots très piquants. Louis XI laissa de Charlotte de Savoie Charles VIII, qui lui succéda ; Anne, duchesse de Beaujeu ; et Jeanne, première femme de Louis XII. Il eut encore deux filles de madame de Sassenage, sa maîtresse.

 

 


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