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Proverbe, expression populaire : Le fruit est pour l’avocat - Histoire de France et Patrimoine


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Expressions, Proverbes

Proverbes et expressions populaires d’usage courant : origine, signification d’expressions proverbiales de la langue française


Le fruit est pour l’avocat
Publié / Mis à jour le vendredi 2 septembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Que le client perde ou non, son avocat y gagne

C’est ainsi qu’à première vue on est porté à interpréter le proverbe. Mais le sens paraît plus agressif quand on considère l’ensemble qui suit. Il montre combien le rôle des avocats est changé. Jadis, c’étaient des hommes trop souvent incapables et malhonnêtes. Il fallut, au XIIIe siècle, leur interdire de s’appuyer sur des textes de lois imaginaires, et on ne leur imposa qu’en 1535 l’obligation d’être gradués en droit.

La farce célèbre de l’avocat Patelin montre à quel degré leur sens moral pouvait descendre. Cependant des honoraires considérables les menaient promptement à la fortune. Cela était mal vu. D’abord, on trouve étonnant qu’ils se fassent payer d’avance.

Argent comptant fait plaider advocat.
(...)
Advocat court au sacrement
Où l’on sonne or et argent.

Ce reproche, assez innocent, leur était déjà fait sous le règne de saint Louis.

Plains sont de convoitise avocat et notaire.
Tous avant veulent estre paiez de leur salaire.

On doit reconnaître qu’ils étaient absolument dans leur droit, car certains plaideurs n’aiment pas plus à payer que certains malades. Même en payant, il paraît d’ailleurs qu’on ne les trouvait point d’accès facile : « Si les saincts se faisaient autant prier que les advocats, personne n’auroit audience. » On les accusait de faire traîner les procès :

Longuement procéder
Est à l’avocat vendanger.

Il faut connaître les deux lignes qui précèdent pour comprendre celle qui suit : « La plume de l’advocat est son couteau de vendange. » En Allemagne, même grief : « L’avocat allonge le procès comme le bottier fait le cuir. » Il faut dire que leurs frais étaient considérables et qu’ils ne dédaignaient aucun petit moyen. Ainsi les avocats tenaient table ouverte dans l’intérêt de leur clientèle, et, bien entendu, à sa charge. Il fallut, au XIVe siècle, leur défendre de régaler les présidents et les conseillers.

Tout ce beau zèle enflait si bien leurs honoraires qu’une ordonnance royale de 1274 leur prescrivit de ne pas demander plus de trente livres. Il paraît qu’ils se moquèrent de l’ordonnance, puisqu’Henri III voulut les contraindre à écrire et signer leurs reçus (1579). Quand Sully reparla de l’ordonnance de 1579, les avocats se mirent en grève et ne reparurent qu’à la condition de taxer leurs clients comme ils l’entendraient. Leur triomphe en fit les heureux du siècle. On les déclara nés sous toutes les heureuses étoiles ; on fit saluer leur naissance par de célestes aubades :

Quand l’advocat naist,
Tous les astres luy sont menestriers.

Quant à leurs clients, ils se regardaient d’avance comme livrés à tous les pillages juridiques : « Qui n’est advocat est en proye. » Estre en proye ou proie voulait dire être au pillage. Aussi les infortunés épanchaient leur douleur en proverbes. Il en est de singulièrement expressifs comme celui-ci : « L’argent tremble quand il est à la porte d’un advocat. »

On en voulait à ces textes de droit, toujours évoqués dans les plaidoyers. De là, trois proverbes : « Le Digeste digère tout. L’advocat qui apprend les lois apprend à jouer à la raphle. Justinian fait gens d’argent. » Justinian, c’est Justinien, le monarque byzantin qui eut, comme Napoléon, la gloire d’attacher son nom à un code. Le Digeste est encore une partie du code Justinien.

In utroque jure docteur
Est d’or et d’argent grand amasseur.

Ce qui n’est pas étonnant, puisque « L’advocat a tous les jours le premier jour de l’an. » C’est à qui lui apportera des étrennes, et lui fera des cadeaux.

Le vent n’entre jamais dans la maison d’un advocat.
L’argent en bouche les pertuis.

Car, grâce à l’acharnement des plaideurs, il a pu tôt avoir pignon sur rue, « Les maisons des advocats ne sont faites que de têtes de fols. » Les fols (ce qui voulait dire les sots), devraient cependant savoir que...

L’advocat ne plaide que pour la soupe.
L’advocat emporte et rastelle (ratisse) tout.
Advocats s’injurient, et puis vont boire ensemble.

On redoutait les chicanes de leur voisinage : « Bon advocat mauvais voisin », et même leurs notes de frais : « De bon advocat, courte joye. » On reproche à l’avocat de ne point payer ce qu’il doit :

Loue maison à advocat.
Jamais louage (loyer) n’en auras.

Parce que son arsenal lui fournit toujours quelque échappatoire, « L’advocat ne doibt que ce qu’il veut. » En revanche, il est toujours prêt à recevoir : « La marne ruynera plutôt la roche que l’advocat ne se lassera de prendre. » Et on allait jusqu’à déclarer qu’on pouvait le voler, à titre de représailles : « l ne faut rien desrober que la bource d’un advocat », parce qu’il croit, de son côté, avoir perdu, tant qu’il n’a pas dérobé. « L’advocat, si ne desrobe, pert. »

Il y eut cependant des exceptions. Le bienheureux saint Yves, resté patron de l’ordre, avait un renom de probité ; ces trois vers d’un cantique en son honneur sont devenus fameux :

Sanctus Yvo erat Brito,
Advocatus et non latro,
Res stupenda populo !
(Saint Yves était breton, avocat et non larron. Chose digne de stupéfier les populations !)

L’avocat fut enfin exposé à la jalousie des autres carrières libérales, de la médecine, par exemple, où la fortune s’acquérait avec bien plus de peine :

L’advocat vendange, le médecin grappe.
L’advocat moissonne, le médecin glane.
Le médecin vise à l’écu, l’advocat le prend.

Du temps de saint Louis, on disait déjà :

On voit souvent peu de foi en ses advocats.
En advocat n’aiés fiance.

Et plus tard Rabelais parlait d’un « estomach tousjours ouvert comme la gibbessière d’un advocat. » Il n’est pas étonnant qu’on les ait voués d’avance à la damnation éternelle. « Si enfer n’est plein, jamais n’y aura d’advocat sauvé. » Un proverbe allemand dit de même : « Avocats et soldats sont camarades du diable. » Solon de Voge dit en ses Adages que « L’advocasserie est un cancer universel en une ville. »




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