LA FRANCE PITTORESQUE
Engelmann (Godefroy), lithographe
(D’après un article paru en 1855)
Publié le dimanche 7 février 2010, par LA RÉDACTION
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Né à Mulhouse le 16 août 1788, Godefroy Engelmann est l’introducteur de la lithographie en France. Les premières années de sa vie n’offrent au biographe aucune particularité. A l’âge de 25 ans, il se trouvait à la tête d’une des plus anciennes manufactures d’indiennes de sa ville natale, quand des épreuves lithographiques rapportées d’Allemagne tombèrent par hasard entre ses mains, et le décidèrent à s’occuper d’un art dont il devait doter la France.


Aloys Senefelder, inventeur de la lithographie

A cette époque (1813), le zèle infatigable de Senefelder avait déjà fait faire des progrès sensibles à la lithographie. Cependant elle n’avait encore reçu de développements sérieux qu’en Allemagne. Des établissements avaient été fondés à Munich, à Vienne, etc., et ils avaient prospéré avec des fortunes diverses. Si des essais avaient été aussi tentés en France et en Angleterre, ils étaient jusqu’alors restés stériles.

Dès 1800 un jeune étudiant de Strasbourg, nommé Niedermayer, lié d’amitié aven les frères de Senefelder, près desquels il avait étudié la lithographie à Munich, avait été appelé à Paris par M. Pleyel, éditeur de musique, pour s’occuper de l’impression de la musique au moyen de la lithographie. Un commencement d’établissement fut organisé ; il n’eut qu’une durée éphémère. Le prix trop élevé auquel revenaient les pierres de Solenhofen vendues à Paris avait forcé l’éditeur à abandonner son projet.


Calcaire lithographique

Plus tard, en 1812, M. le comte de Lasteyrie s’était occupé de lithographie. Comme M. Pleyel, il voulut organiser une imprimerie lithographique à Paris ; des ouvriers de Munich furent même engagés par lui. Mais M. de Lasteyrie, malgré la brillante position qu’il occupait dans le monde, ne réussit pas mieux alors que l’éditeur de musique. Il était un savant et non un industriel, et ce ne fut qu’en 1817 qu’il parvint à fonder réellement un établissement qu’il céda à des tiers après l’avoir dirigé pendant quelques années.

En 1813 donc, la lithographie n’avait produit en France rien de sérieux, rien de positif, quand Engelmann vint à s’en occuper. Épris tout d’abord de passion pour un art qu’il devinait plutôt qu’il ne le connaissait, Engelmann n’hésita pas à faire venir à ses frais à Mulhouse des pierres de Solenhofen, et avec l’aide seulement du traité que Senefelder avait écrit sur la lithographie, et qui avait été publié à Tubingen par Cotta, il parvint à faire des épreuves lithographiques qui réussirent. au delà de ses espérances. Il comprit toutefois que pour arriver à de bons résultats il devait joindre la pratique à la théorie. Il résolut d’étudier la lithographie à sa source même, et en 1814 il se rendit à Munich.

Bientôt de retour à Mulhouse avec une presse et une provision de pierres, il organisa une petite imprimerie, fit des épreuves, et dès le mois d’octobre 1815, il put adresser à la Société d’encouragement de Paris une collection de ses produits qui fut remarquée et lui valut des éloges mérités. Encouragé par ces succès, Engelmann se rendit à Paris au mois de juin 1816. Il y fonda une imprimerie qui prit d’assez grands développements, et, au mois d’août de la même année, il adressait une nouvelle collection de lithographies à l’Académie des beaux-arts. Cette collection se composait en partie de dessins dus aux crayons d’artistes distingués. Elle produisit une certaine sensation.

Le Repos. Lithographie de Godefroy Engelmann
Le Repos. Lithographie de Godefroy Engelmann

Toutefois, dit Engelmann lui-même dans son Traité sur la lithographie, « ce ne fut pas sans de graves difficultés que je parvins à réhabiliter auprès des artistes de Paris la réputation déjà si compromise des procédés lithographiques.

Les essais peu satisfaisants faits avant mon arrivée avaient dégoûté le peu de dessinateurs qui avaient confié leurs ouvrages à l’impression sur pierre, et tous paraissaient avoir renoncé à une méthode, qui semblait parodier le crayon. Il me fallut vaincre bien des répugnances avant de mettre cet art en crédit, et ce ne fut que la réussite régulière et constante des planches qui furent confiées à mes presses qui engagea les artistes à revenir à un procédé dont le mérite principal est de multiplier les originaux avec tout l’esprit et le talent du maître ».

Grâce aux efforts persévérants d’Engelmann, grâce aussi à l’impulsion puissante qu’elle reçut de la Société d’encouragement et de l’Académie des beaux-arts, la lithographie se naturalisa en France. Le commerce et l’industrie s’emparèrent de ses produits qui bientôt purent lutter avec avantage avec ceux de l’Allemagne. Assuré dès lors de l’avenir qui s’ouvrait à la lithographie dans son pays, Engelmann ne s’occupa plus que d’apporter de nouvelles améliorations aux procédés connus, Il perfectionna les crayons, les encres, les transports.

En 1819 il trouva le lavis lithographique. Cette découverte, aujourd’hui d’une utilité secondaire par suite des progrès de l’art, fut à son origine presque une révolution dans la lithographie. Elle permettait d’exécuter des teintes légères et unies et par suite de donner au dessin un caractère qu’il n’avait pu avoir jusque-là. Elle valut à son auteur une mention honorable à l’exposition de 1819. Nous ne pouvons passer sous silence la plus belle de ses inventions, la chromolithographie ou impression en couleurs.

Dès 1828 la Société d’encouragement de Paris avait proposé un prix de 2 000 francs pour la découverte d’un bon procédé pour l’impression en couleurs. Plusieurs essais furent tentés, notamment en Allemagne en 1832 et en 1833 par M. Hildebrand de Berlin. Ce lithographe parvint même à produire des œuvres assez remarquables dans ce genre.

Le dentiste. Lithographie de Godefroy Engelmann
Le dentiste. Lithographie de Godefroy Engelmann

Mais les difficultés nombreuses qu’il éprouvait à les composer, l’adresse pour ainsi dire manuelle qu’il fallait déployer, les retouches que devait subir le dessin, rendaient les produits difficiles à obtenir et de plus extrêmement coûteux. En un mot, il était impossible d’appliquer les procédés de M. Hildebrand à la multitude des besoins journaliers. Engelmann le comprit et s’occupa activement de rechercher des moyens plus simples que ceux de M. Hildebrand pour arriver au même but que lui.

A la fin du mois de décembre 1836, ses efforts furent couronnés de succès, et, le 15 janvier suivant, il prit un brevet d’intention pour un nouveau procédé d’impression sur pierre en couleurs, auquel il donna le nom de Chromolithographie. Ce procédé était simple. Il consistait en une machine, permettant au moyen de points de repère d’imprimer un nombre de couleurs illimité avec une exactitude mathématique, d’une manière facile et suivie. Cette machine fut généralement employée par les lithographes. Le papier humide était remplacé par le papier sec et glacé.

L’artiste, pour faciliter son travail de repérage, recevait des pierres sur lesquelles des décalques d’un trait avaient été faits de façon qu’il n’avait plus qu’à suivre les contours.

Conversion des hérétiques à la foi catholique. Lithographie de Godefroy Engelmann
Conversion des hérétiques à la foi catholique.
Lithographie de Godefroy Engelmann

Au milieu du XIXe siècle, la chromolithographie occupait, à Paris seulement, plus de cent presses. Engelmann n’eut pas le bonheur de jouir longtemps des fruits de sa nouvelle découverte ; il mourut à Mulhouse, le 24 avril 1839, des suites d’une tumeur qui depuis quelques années lui était survenue au cou. On doit à Engelmann : le Manuel du dessinateur-lithographe ou Description des meilleurs moyens à employer pour faire des dessins sur pierre dans tous les genres connus (1823) ; une 2e édition suivie d’une Instruction sur le nouveau procédé du lavis lithographique (1824) ; une 3e édition parue en 1830 ; un Traité théorique et pratique de lithographie (1839-1840) avec planches, frontispice et portrait. Cet ouvrage, dont l’impression n’a été achevée qu’après la mort d’Engelmann, est l’un des plus complets qui aient été publiés sur la lithographie. Les deux premiers chapitres sont consacrés à l’histoire de la lithographie, les suivants traitent des drogues employées en lithographie, de la théorie de cet art, du papier, des pierres, des outils, de l’impression, des retouches, etc. Le chapitre 15 contient les lois et ordonnances sur la presse accompagnées d’observations. Le chapitre 16 donne la nomenclature des récompenses accordées à la lithographie, et le chapitre 17 et dernier la liste des ouvrages publiés sur la lithographie. On trouve une notice biographique sur Engelmann dans le numéro du mois de novembre 1845 du Lithographe.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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