LA FRANCE PITTORESQUE
Charles VI adopte les cerfs ailés
comme supports de ses armoiries
(D’après « Revue des études historiques », paru en 1930)
Publié le lundi 7 octobre 2013, par LA RÉDACTION
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Singulières furent les armoiries de Charles VI, qui fit du cerf ailé ou « cerf volant » son emblème de prédilection, non pas d’après l’histoire du cerf trouvé dans la forêt de Senlis qui a tout l’air d’une vision et d’un conte fait à plaisir, mais à la suite d’un songe, seuls Charles VII, Louis XII et François Ier semblant avoir adopté à sa suite ces mêmes supports
 

En parcourant un manuscrit attribué au président de Thou, légué par de la Sicotière à la bibliothèque d’Alençon et intitulé « Chronique des Comtes et Ducs d’Alençon », notre attention est retenue par l’affirmation suivante « En l’an mil IIIes quatre vingts [1380], qui estoit l’an du couronnement du roy Charles VIe, le roy estans à la chasse ès boys d’environ Senlys, fut trouvé un grand cerf qui avoit à son col un cercle de cuyvre doré où estoit escript ce qui ensuyst : Carolus hoc michi donavit. Et lors le roy, de son propre mouvement, porta en sa devise le cerf-vollant une couronne d’or au col. Et partout où on mestoit ses armes, y avoit deux cerfs-volans qui les tenoient ».

Le cerf volant, attribut de Charles VI (extrait du Songe du vieil pèlerin, par Philippe de Mézières, 1389)
Le cerf volant, attribut de Charles VI
(extrait du Songe du vieil pèlerin, par Philippe de Mézières, 1389)

Interrogé peu avant 1930 au sujet de cet extrait par la Société des études historiques — on connaît en effet plutôt deux anges comme supports à l’écu des rois — le savant Docteur Delaunay, président de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, eut cette réponse : « Je trouve dans Montfaucon mention de vos cerfs de Charles VI. Quant à savoir si ces animaux ont passé effectivement dans la numismatique ou la glyptique, je pense que vous en auriez confirmation au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. »

Suit la référence annoncée : « Le roi chassant en la forêt de Senlis, dit Juvénal des Ursins, prit un cerf vivant qui avoit au cou un collier de cuivre doré où estoit cette inscription : Hoc me Coesar donavit. Depuis ce temps là, il prit deux cerfs volans pour supports de ses armes. Froissart dit qu’il prit le cerf volant en sa devise, parce qu’il eut un songe où il lui sembloit qu’il étoit monté sur un cerf volant. L’histoire du cerf trouvé dans la forêt de Senlis a tout l’air d’une vision et d’un conte fait à plaisir » (Les monuments de la monarchie française, par dom Montfaucon, tome III, 1731).

Ces précieux renseignements ayant été transmis à l’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, suscitèrent deux réponses, la première paraissant dans le numéro du 20 avril 1929, p. 317, sous la signature de M. Henry-André : « En effet, Charles VI adopta comme support de ses armes deux cerfs ailés, contre la coutume de ses prédécesseurs qui avaient des anges. Le fait est établi par Palliot qui, en plus, rapporte à ce sujet l’affirmation de Froissart ; celui-ci dit : Le sujet, cité par Palliot, en vient d’un songe que ce roy fit, croyant être en la forêt de Senlis où il tenait un faucon pèlerin sur son poing, et l’ayant « jetté », il en abatti grand nombre de hérons, mais il vola si haut que le roy ne put plus choisir, et il l’eut perdu sans l’aide d’un cerf ailé sur lequel il monta, et ayant réclamé son oiseau, il revint comme bien droit (?) sur son poing, où le Roy le retint par ses longes à son devoir, à quoi il prit un singulier plaisir. Ce fut un présage de la victoire qu’il obtint depuis contre les Flamands en la bataille de Rosebecque en l’an 1392. »

L’intervenant de l’Intermédiaire poursuit : « Palliot ajoute que d’autres baillent une autre origine à ces supports, mais que l’opinion de Froissart est la meilleure. C’est la seule qui tienne compte des ailes des cerfs et nous nous sommes assurés que les armes de ce roy étoient supportées, comme celles de Charles VII son fils, par deux cerfs ailés. Palliot, comme on voit, est catégorique. »

Voici la deuxième note que, dans la même revue et la même année, un certain L. Bailly-Maître a fait paraître : « Froissart, dans sa Chronique, rapporte que c’est à la suite d’un songe, en 1381 ou 1382, que Charles VI adopte deux cerfs volants comme supports de ses armes (voir La Curne, au mot cerf-volant). » Pierre Palliot, dans La vraie et parfaite connaissance des armoiries, rapporte que ce roi fut le premier à faire supporter son écu par deux cerfs ailés au lieu des deux anges supports des rois de France depuis Charlemagne.

« Le P. Menestrier (Origine des ornements des armoiries, p. 93), rapporte que Charles VI, Louis XII et François Ier ayant pour devises, l’un un cerf ailé, l’autre un porc-épic et le dernier une salamandre, firent les supports de leurs armes de deux de ces animaux. M. E. Picot, de l’Institut, en 1913, dans Le Cerf allégorique dans les tapisseries et miniatures qu’a bien voulu me signaler M. Ph. Lauer, mentionne le cerf blanc ailé qui fut l’emblème du roi Charles VI et de la maison de Bourbon et renvoie à son sujet à son article de 1911 : j’avoue qu’à première vue cette maison de Bourbon me laisse perplexe.

Armoiries du roi Charles VI
Armoiries du roi Charles VI

« M. Lemoine, archiviste de Seine-et-Oise, dans sa communication très documentée sur l’écurie royale, faite au dernier Congrès des Sociétés savantes, a signalé, d’après le compte de l’écurie de Charles VI conservé aux Archives nationales (K. K. 34, fol. 22) la fourniture pour ce roi, en 1388, de deux riches bacinets à couronne d’or fin, dont l’un a un cerf volant d’or fin émaillé de blanc comme cimier ; le même compte mentionne d’autres timbres à cerf volant ; celui-ci est d’or, et alors le corps est émaillé de blanc ou d’argent, et alors les ailes sont dorées. On en trouve un houssé d’hermine. Parfois il a une couronne au col, et posé sur une terrasse ou même sur une roche sommée d’herbages et de fleurs.

« On y rencontre aussi des cerfs volants sur des poignées d’épées ; d’autres brodés figurent sur des étendards, sur des vêtements, sur des pièces de harnachements, concurremment avec d’autres ornements (lévriers, têtes de lions, anneaux, etc.). Je ne connais aucune représentation d’armes de Charles VI avec les deux cerfs, mais je peux citer des armoiries de Charles VI et de Louis XII comportant deux cerfs ailés comme supports (notamment château de Rouen. 1450). »

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