LA FRANCE PITTORESQUE
5 juin 1595 : combat de
Fontaine-Française (Côte-d’Or)
remporté par Henri IV
(D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles
des Français, depuis les Gaulois jusqu’en 1792 »
(par Charles-Théodore Beauvais de Préau), Tome 6 paru en 1823)
Publié le mercredi 5 juin 2019, par LA RÉDACTION
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Exploit le plus brillant mais aussi le plus téméraire mené par Henri IV contre les ligueurs ainsi que les Espagnols avec lesquels il était en guerre et qui avaient tenté de pénétrer en Bourgogne par la Franche-Comté, il marque la fin de la Ligue en France et se traduit par la mise en fuite, devant 3000 Français, de 12 000 ennemis, le monarque les ayant pourtant attaqués avec plus de courage et de bonheur que de prudence
 

Henri IV fit ses préparatifs avec une grande célérité. Charles, nouveau duc et maréchal de Biron, mit le siège devant le château de Dijon, et le roi, apprenant qu’une armée espagnole, sous les ordres de Juan Fernández de Velasco, connétable de Castille, s’était avancée vers la Bourgogne, accourut lui-même pour arrêter ses progrès.

Après être entré dans la Franche-Comté, sans rencontrer l’ennemi, il vint jusqu’à Fontaine-Française, près la petite ville de Gray. Il avait donné rendez-vous à ses troupes en cet endroit, et il passa, en les attendant, la petite rivière de Vigenne, à la tête de sept cents chevaux — deux cents maîtres ou gentilshommes et cinq cents arquebusiers à cheval.

À gauche : Portrait équestre d'Henri IV devant une scène de bataille. À droite : Charles de Lorraine, duc de Mayenne. Gravures extraites des albums du roi Louis-Philippe constitués dans la première moitié du XIXe siècle
À gauche : Portrait équestre d’Henri IV devant une scène de bataille.
À droite : Charles de Lorraine, duc de Mayenne. Gravures extraites des albums
du roi Louis-Philippe constitués dans la première moitié du XIXe siècle

Il envoya d’abord le marquis de Mirebeau et ensuite le maréchal de Biron reconnaître l’armée espagnole, qui s’avançait en bataille. Mirebeau ayant été ramené par un fort détachement ennemi, le maréchal de Biron chargea à son tour un autre détachement, et le repoussa dès le premier choc ; mais, voyant plusieurs escadrons prêts à l’envelopper, il fit sa retraite en bon ordre ; le roi détacha pour la protéger cent chevaux, qui furent ramenés jusque sur le gros de la cavalerie royale.

Dans cette occurrence , la présence d’esprit et la valeur héroïque de Henri le sauvèrent, comme à Aumale, d’un danger imminent. À la tête de sa faible troupe, il osa charger des forces six fois plus nombreuses. C’était cinq cents chevaux de la cavalerie milanaise, avec les escadrons et compagnies françaises des ligueurs dirigés par Charles de Lorraine, duc de Mayenne. Ce dernier avait pressé le connétable de Castille pour qu’il lui permît d’envoyer ces troupes françaises au devant de celles du roi.

Les capitaines qui étaient avec Henri IV le pressaient de se replier au plus vite sur ses autres troupes ; mais il leur répondit, en lançant son cheval : « À moi, messieurs, à moi, et faites comme vous m’allez voir faire. » Il n’avait guère alors que quatre à cinq cents chevaux avec lui ; mais le premier choc de ces braves eut l’effet de la foudre ; un escadron ennemi fut d’abord renversé, et bientôt cinq autres plièrent à leur tour.

Henri les poussa en désordre jusque sur le gros du duc de Mayenne, dans lequel même il allait donner, s’il ne lui eût fallu essuyer le feu d’un certain nombre de mousquetaires ennemis postés dans deux petits bois a sa droite et à sa gauche, et s’il n’eût aperçu deux gros de cavalerie qui s’avançaient pour renforcer cette avant-garde. Cette dernière circonstance obligea le roi de faire ferme pour rallier ses cavaliers dispersés ; puis, ayant chargé les deux gros ennemis, il les mit en déroute.

Combat de Fontaine-Française. Gravure réalisée d'après la peinture de 1838 d'Eugène Devéria
Combat de Fontaine-Française. Gravure réalisée d’après la peinture de 1838 d’Eugène Devéria

L’arrivée subite de huit cents autres chevaux de l’armée royale décida la victoire. Le connétable de Castille, qui craignit d’avoir sur les bras tout le poids des troupes françaises, ordonna la retraite, et vint camper sous les murs de Gray, après avoir laissé sur le champ de bataille un grand nombre de morts, deux cents blessés, et au pouvoir du vainqueur un drapeau et soixante prisonniers. Le roi n’eut à regretter que six hommes tués, quelques blessés et un seul prisonnier.

L’action avait été toutefois si vive, que Henri dit le soir aux officiers qui l’entouraient : « Dans les autres occasions où je me suis trouvé, j’ai combattu pour la victoire ; mais en celle-ci j’ai combattu pour la vie. » Il écrivit à sa sœur : « Peu s’en fallut que vous n’ayez été mon héritière. »

Nous ne passerons point sous silence un trait rapporté par quelques historiens. Le roi, voyant fuir quelques-uns de ses cavaliers, ordonna à Antoine de Pampelune de courir après eux pour les ramener au combat : « Je m’en garderai bien, sire, répondit le brave gentilhomme, on croirait que je fuis comme eux : je ne quitterai point Votre Majesté, et je combattrai à ses côtés. »

Le combat, ou plutôt la rencontre de Fontaine-Française fut aussi glorieuse qu’une bataille rangée, et aussi utile qu’une grande victoire ; la Bourgogne, excepté Châlons-sur-Saône, où se retira le duc de Mayenne, se soumit a l’autorité royale. Le roi, à la prière des Suisses, ne porta pas ses armes plus avant dans la Franche-Comté, et accorda aux chef des ligueurs une trêve pour travailler sérieusement a la paix.

Immédiatement après cette courte et heureuse campagne, Henri IV vint faire son entrée solennelle dans Lyon. Il y fut reçu avec les témoignages de la plus sincère affection et une magnificence extraordinaire, au milieu de fêtes brillantes. Il y rendit une ordonnance pour la convocation du ban et de l’arrière-ban ; cette troupe sans discipline et qui n’était point exercée, ne pouvait assez obtenir la confiance d’un prince guerrier, pour qu’il l’opposât à des ennemis aguerris ; mais il la crut capable de purger le royaume des brigands qui le désolaient, à la suite de tant de troubles civils.

Fontaine Henri-IV. Monument commémoratif, sur le champ de bataille, à 800 m à l'est de Fontaine-Française, sur la route de Saint-Seine-sur-Vingeanne
Fontaine Henri-IV. Monument commémoratif, sur le champ de bataille, à 800 m à l’est
de Fontaine-Française, sur la route de Saint-Seine-sur-Vingeanne

En effet, elle réussit à disperser les croquants : c’est le nom qu’on donnait à ces bandes dévastatrices. Beaucoup de gouverneurs de villes encore rebelles firent leur accommodement. Le duc de Nemours rentra dans le devoir. Anne de Joyeuse, quittant aussi les armes, remit Toulouse et les autres villes qu’il tenait dans le Languedoc au maréchal Henri de Montmorency ; et, pour achever la soumission des provinces méridionales, le maréchal de Lesdiguières et le duc de Guise se chargèrent de forcer à l’obéissance l’opiniâtre duc d’Épernon, qui jusqu’alors ne s’était soutenu en Provence que par le secours des Espagnols.

La cour de Rome, cédant enfin aux démarches habiles des cardinaux Duperron et d’Ossat, donna à ces deux négociateurs l’absolution du roi. Ainsi il n’y avait plus guère en France d’ennemis que les Espagnols, qui se trouvaient encore en nombre en Bretagne, en Provence et en Picardie.

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