LA FRANCE PITTORESQUE
3 juin 1590 : procession de
la Ligue durant le blocus de Paris
()
Publié le samedi 1er juin 2013, par Redaction
Imprimer cet article

Après avoir remporté la victoire d’Ivry, le 14 mars 1590, Henri IV se présenta, le 7 mai suivant, sous les murs de Paris. Dans l’espace de deux heures, il s’empara de tous les faubourgs, et brûla tous les moulins des environs. Mieux secondé, il prenait le jour même une ville mal fermée et mal défendue : mais il se contenta de la bloquer, et d’aller attendre à Mantes les secours qui lui venaient d’Angleterre.

L’anarchie et la famine régnaient à Paris. Chaque jour on y faisait des processions et surtout des sermons. A la suite de quelques sorties heureuses, les assiégés renouvelèrent le serment de mourir plutôt que de se rendre, et résolurent de passer une revue de toutes les forces que pouvaient fournir les prêtres, les moines et les écoliers. C’est le 3 juin que cette revue eut lieu, ainsi décrite par L’Estoile, dans le journal de Henri IV :

Procession de la Ligue le 3 juin 1590

Procession de la Ligue le 3 juin 1590 (détail d’un tableau exposé au Musée Carnavalet)

« Roze, évêque de Senlis, marchait à la tête, comme commandant et premier capitaine, suivi des ecclésiastiques, allant de quatre en quatre ; après, venait le prieur des Feuillants avec ses religieux ; puis, les quatre ordres Mendiants, les Capucins, les Minimes, entre lesquels il y avait des rangs d’écoliers. Les chefs des différents religieux portaient d’une main un crucifix et de l’autre une hallebarde ; et les autres des arquebuses, des pertuisanes, des dagues et autres diverses espèces d’armes, que leurs voisins leur avaient prêtées.

« Ils avaient tous leurs robes retroussées et leurs capuchons abattus sur leurs épaules. Plusieurs portaient des casques, des corselets et des pétrinals. Hamilton, écossais de nation, curé de Saint-Cosme, faisait l’office de sergent, tantôt les arrêtant pour chanter des hymnes, et tantôt les faisant marcher : quelquefois il les faisait tirer de leurs mousquets.

« Tout le monde accourut à ce spectacle nouveau, qui représentait, à ce que les zélés disaient, l’Église militante. Le légat y accourut aussi, et approuva par sa présence une monstre (revue) si extraordinaire. Mais il arriva qu’un de ces nouveaux soldats, qui ne savait pas sans doute que son arquebuse était chargée à balle, voulut saluer le légat qui était dans son carrosse avec Panigarole, le jésuite Bellarmin et autres Italiens, tira dessus, et tua un de ces ecclésiastiques, qui était son aumônier ; ce qui fit que le légat s’en retourna au plus vite, pendant que le peuple criait tout haut que cet aumônier avait été fortuné d’être tué dans une si sainte action. »

D’autres processions moins burlesques succédèrent à celle-ci, mais ne ramenèrent dans la ville assiégée ni l’abondance, ni la raison. Un procureur et plusieurs bourgeois furent pendus pour avoir dit qu’il serait sage de faire la paix. En trois mois, la faim moissonna treize mille personnes, et la bonté seule du monarque tempérait la rigueur de ce fléau. Enfin, l’arrivée du duc de Parme changea la situation des affaires. Forcé de marcher à sa rencontre, Henri leva le blocus le 30 août 1590. Il lui fallait encore tenter longtemps la chance des combats, avant de se reposer dans sa capitale.

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE