LA FRANCE PITTORESQUE
Se chauffer à la cheminée du roi René
()
Publié le vendredi 2 novembre 2018, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article
Se chauffer aux rayons du soleil
 

Proverbe provençal. René, roi de Sicile, comte d’Anjou et de Provence, mort en 1480, avait coutume de partager son temps entre l’Anjou et la Provence ; mais lorsque Louis XI, son oncle, se fut emparé de l’Anjou, la Provence devint le lieu habituel de sa résidence.

René se livra à son goût pour la vie pastorale. Comme au temps de Saturne et de Rhée, il garda quelquefois ses troupeaux avec Jeanne de Laval son épouse. A Marseille, où il passait ordinairement l’hiver, on le voyait sur le port se pénétrer des rayons du soleil ; et de là vint le proverbe, Se chauffer à la cheminée du roi René.

Les Provençaux l’avaient surnommé le Bon ; il fut en effet le bienfaiteur de tous les pays qu’il gouverna. La France lui doit l’introduction des raisins muscats, des paons blancs, des perdrix rouges et des œillets dits de Provence. Ce qui est bien autrement recommandable, il fit naître dans l’Anjou et dans la Provence le goût des belles-lettres et des arts. La France possède quelques tableaux de sa main. Au moment où il apprit que Louis XI venait de s’emparer de l’Anjou par surprise, il peignait une perdrix dans son château de Beaugé ; il continua de travailler, et ne témoigna d’autre regret que celui de quitter pour toujours un pays auquel il était tendrement attaché. Ce prince était gai, vif et fécond en saillies.

Le 24 août 1819, on posa la première pierre d’un monument que les Provençaux érigent dans la ville d’Aix à la mémoire du roi René. Dans un poème en quatre chants, intitulé leis Magnans, c’est-à-dire les Vers a soie, l’ingénieux auteur, Diouloufet, a eu l’art d’amener un épisode intéressant, relatif au roi René, et parfaitement conforme aux souvenirs historiques. Pour peindre le bonheur dont on croit généralement que la Provence a joui sous son règne, le poète s’est exprimé en quatre vers dont la traduction rigoureusement littérale, sans déplacer un seul mot, produit ces quatre vers français :

On vit partout aux bords de la Durance
De grands troupeaux de moutons et de bœufs ;
Poules alors pondaient de plus gros œufs,
Et l’âge d’or existait en Provence.

Lorsque ce prince voyageait dans ses provinces, c’était toujours sans aucun faste ; souvent il préférait la modeste habitation d’un simple particulier au château d’un grand seigneur ; et en partant, il crayonnait sur la muraille de la chambre qu’il avait occupée, son portrait avec ce vers : Sicelidum regis effigies est ista Renati (Ceci est le portrait de René, roi de Sicile). Quelquefois il faisait rebâtir les maisons de ses sujets les moins aisés.

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE