LA FRANCE PITTORESQUE
29 mai 1328 : avènement de
la branche de Valois
à la couronne de France
(D’après « Histoire générale de France depuis les temps les plus reculés
jusqu’à nos jours » par Abel Hugo (Tomes 3 et 4) parus en 1839 et 1841)
Publié le mercredi 29 mai 2019, par LA RÉDACTION
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À la fin de l’année 1327, le roi Charles IV, que sa beauté et sa vigueur avait fait surnommer le Bel, comme son père, avait été la proie d’une maladie grave avant de rendre l’âme le 1er février 1328 dans le château de Vincennes, où il faisait sa résidence, « laissant veuve et enceinte la reine sa femme, plongée dans la désolation »
 

Le corps de Charles IV le Bel fut enterré à Saint-Denis auprès de celui de son frère Philippe V le Long. « Avant de mourir, dit Froissard, le roi Charles devisa que, s’il avenait que la reine s’accouchât d’un fils, il voulait que messire Philippe de Valois, son cousin germain, en fût mainbourg [tuteur] et régent du royaume, jusques à donc que son fils serait en âge d’être roi ; et s’il avenait que ce fût une fille, que les douze pairs et les hauts barons de France eussent conseil et avis entre eux d’en ordonner, et donnassent le royaume à celui qui avoir le devrait. »

« Après la mort du roi, dit le continuateur de Guillaume de Nangis, les barons s’assemblèrent pour délibérer sur le gouvernement du royaume. La reine était enceinte, on ignorait le sexe de l’enfant dont elle accoucherait, personne n’osait, à cause de cette incertitude, prendre le nom de roi. Il était donc seulement question entre les barons de savoir à qui on devait confier le gouvernement du royaume.

Charles IV le Bel. Gravure de 1845 d'Émile Giroux parue dans Galeries historiques de Versailles de Charles Gavard, d'après une peinture de Herminie Deherain (1837)
Charles IV le Bel. Gravure de 1845 d’Émile Giroux parue dans Galeries historiques de Versailles
de Charles Gavard, d’après une peinture de Herminie Deherain (1837)

« Les Anglais prétendaient que le gouvernement et le trône même, si la reine n’avait pas d’enfant mâle, devaient appartenir au jeune Édouard III, roi d’Angleterre, comme au plus proche parent du feu roi, étant fils de la fille de Philippe le Bel, et, par conséquent, neveu du feu roi Charles, tandis que Philippe, comte de Valois, était seulement son cousin germain.

« Beaucoup d’experts dans le droit canon et le droit civil étaient de cet avis ; il disaient qu’Isabelle, reine d’Angleterre, fille de Philippe le Bel et sœur de feu Charles, était repoussée du trône et du gouvernement, non parce qu’elle n’était pas par sa naissance la plus proche parente du feu roi, mais à cause de son sexe. Dès qu’on pouvait représenter quelqu’un qui était le plus proche parent par sa naissance, et apte par son sexe à régner, c’est-à-dire mâle, c’était à lui que revenaient la couronne et le gouvernement.

« D’un autre côté, ceux du royaume de France, ne pouvant souffrir volontiers d’être soumis à la souveraineté des Anglais, disaient que, si ledit fils d’Isabelle pouvait avoir quelques droits au trône, il ne les tenait naturellement que de sa mère ; or, que la mère n’ayant aucun droit, n’avait pu en transmettre aucun à son fils.

Gisants de Jeanne d'Evreux (à gauche) et Charles IV le Bel (à droite), église abbatiale de Maubuisson. Sculptures de 1372 de Jean Hennequin de Liège
Gisants de Jeanne d’Evreux (à gauche) et Charles IV le Bel (à droite),
église abbatiale de Maubuisson. Sculptures de 1372 de Jean Hennequin de Liège

« Cet avis ayant été accueilli et approuvé par les barons comme le meilleur, le gouvernement fut remis à Philippe, comte de Valois, qui fut appelé régent du royaume. » La régence du comte de Valois dura deux mois, et Philippe prit le titre de roi de France le jour même où Jeanne d’Évreux, veuve de Charles le Bel, accoucha le 1er avril 1328 d’une fille, nommée Blanche.

Philippe de Valois, né de Charles de Valois et troisième fils du roi Philippe III le Hardi, fut sacré à Reims le 29 mai 1528, avec la reine sa femme, Jeanne de Bourgogne, par l’archevêque Guillaume de Trie, qui avait été autrefois son pédagogue. Cette cérémonie réunit une assemblée nombreuse et brillante. Louis Ier ? comte de Flandre, y fut armé chevalier par le roi Philippe. Le roi d’Angleterre, Édouard III, alors âgé de seize ans, et dont la mère, Isabelle, avait protesté contre la nomination du comte de Philippe à la régence, ne se fit point représenter au sacre, malgré la sommation qui lui en fut faite.

« Au début de son règne, dit le vieil historien Mézeray, on surnomma le roi Philippe VI, le Bien Fortuné, parce que la mort avait ôté ses trois cousins du monde, pour lui déférer la couronne. Est-ce une bonne fortune, que de voir tomber un si terrible poids sur sa tête ? et y a t-il plus de sujet de se réjouir que de s’attrister, d’une charge qu’on ne peut bien faire sans une infinité de risques, de soucis et de fatigues ? »

Philippe VI de Valois. Gravure de 1845 d'Émile Giroux parue dans Galeries historiques de Versailles de Charles Gavard, d'après une peinture de Joseph-Nicolas Robert-Fleury
Philippe VI de Valois. Gravure de 1845 d’Émile Giroux parue dans Galeries historiques de Versailles
de Charles Gavard, d’après une peinture de Joseph-Nicolas Robert-Fleury

Ce titre de Fortuné ne resta pas d’ailleurs longtemps au chef de la branche des Valois. Bien qu’il eût semblé le justifier par sa victoire de Mont-Cassel, il le perdit fatalement dans les plaines sanglantes de Crécy. Sous le règne de Philippe de Valois commença entre la France et l’Angleterre une rivalité pareille à celle qui sépara autrefois Rome et Carthage, rivalité que Chateaubriand a jugée et caractérisée avec la hauteur de vues qui lui est propre :

« Jusqu’à Philippe de Valois, dit l’illustre auteur des Études historiques, les contentions entre la France et l’Angleterre n’avaient annoncé rien d’antipathique et de violent ; mais sous ce règne elles devinrent une rivalité nationale, et cette rivalité divisa le monde. Commencée sur la terre, elle s’y perpétua pendant deux siècles pour se prolonger ensuite sur la mer : la terre manqua aux Anglais et non la haine ; ils continuèrent à gronder avec l’Océan contre ces rivages dont nous les avions rejetés.

« Les deux peuples se séparèrent sans retour, poursuit Chateaubriand ; les liens de parenté et de famille se brisèrent ; l’Angleterre cessa d’être normande. Édouard III bannit des tribunaux la langue française ; l’idiome dédaigné du Saxon vaincu fut adopté par les vainqueurs, en inimitié de leur ancienne patrie. »

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