LA FRANCE PITTORESQUE
3 mai 1324 : institution des
Jeux Floraux à Toulouse
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Publié le mardi 3 mai 2016, par LA RÉDACTION
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Avant l’année 1324, quelques habitants de Toulouse avaient déjà formé une académie, qui fut comme le berceau de celle qu’on appelait les Jeux Floraux. Depuis longtemps la poésie vulgaire ou provençale avait été singulièrement cultivée dans cette ville. Sept de ses principaux habitants, tous amateurs des beaux-arts, imaginèrent, pour exciter l’émulation, de proposer un prix à celui qui excellerait en ce genre de poésie.

Clémence Isaure. Peinture de Jules Lefebvre
Clémence Isaure

Ils écrivirent en vers provençaux une lettre circulaire, où se qualifiant de la gaie société des sept troubadors, ils invitaient tous les poètes des divers pays de la langue d’oc, à se rendre à Toulouse pour y faire la lecture de leurs ouvrages, avec promesse de donner une violette d’or à l’auteur de la pièce qui serait jugée digne d’être couronnée. Le sujet devait être de piété, en l’honneur de Dieu, de la sainte Vierge ou des Saints.

On se rendit de toutes parts au jour marqué, dans le jardin et les faubourgs, ou les sept maintenants ou associés avaient coutume de s’assembler. On y lut publiquement les différents poèmes qui furent présentés ; on les examina le lendemain en particulier ; enfin, le surlendemain la joya de la violetta fut adjugée à maître Arnaud Vidal, de Castelnaudary, qui en même temps fut créé docteur en la gaie science ou poésie. Les capitouls, enchantés du succès et de l’utilité d’un pareil projet, flattés d’ailleurs du concours de tous les beaux-esprits que cette solennité attirait dans leur ville, arrêtèrent, de l’avis de l’assemblée, que tous les ans on distribuerait un semblable prix aux dépens du public.

Alors les sept maintenants choisirent entre eux un chancelier pour les présider, et un bedeau ou secrétaire, pour rédiger conjointement avec lui un traité de rhétorique et de poésie, où l’on trouverait des règles sûres pour juger plus sainement du mérite des ouvrages qui seraient présentés. On les chargea de plus, de présenter des statuts, qui furent qualifiés Lois d’amour, d’où l’académie naissante fut nommée le Jeu d’amour.

On régla qu’on expédierait en vers provençaux, et qu’on scellerait en cire et en lacs de soie verte, des lettres de bachelier en la gaie science, pour celui qui aurait remporté l’un des premiers prix, ce qui ne devait pas empêcher que préalablement les maintenants n’examinassent sa capacité, en présence de leur chancelier et de ceux qu’ils voudraient admettre dans leur conseil : sage règlement qui prévenait le danger de recevoir des sujets qui n’auraient qu’un mérite emprunté.

On porta la précaution plus loin encore : pour prévenir toutes les questions, quelquefois trop bien fondées sur le titre de certaines réceptions, il fut dit que pour être admis au grade d’académicien, ou, comme on parlait alors, de docteur et maître dans le gai savoir, il ne suffirait pas d’avoir remporté les trois principales fleurs — en 1356, outre la violette d’or, on ajouta deux autres fleurs : une églantine et un souci d’argent —, ni d’être bachelier en la même science, mais qu’il faudrait de plus subir un examen public. Le bachelier, avant que d’être reçu, faisait serment de garder les lois de la gaie science, et d’assister tous les ans à l’assemblée, où l’on adjugeait la principale joie.

On a dit qu’au commencement, le lieu de l’assemblée de la gaie société, était au jardin des faubourgs de Toulouse ; mais ces faubourgs ayant été détruits durant la guerre des Anglais, elle fut transférée dans l’Hôtel de ville, où elle a toujours tenu depuis ses séances ; alors elle prit le nom de collège de Rhétorique. Bientôt elle reçut un nouveau lustre par l’immortelle libéralité d’une dame toulousaine. Cette héroïne, Clémence Isaure, voulant signaler son goût pour les lettres, fonda par son testament, de quoi fournir aux frais des trois fleurs qu’on distribuait chaque année.

Les capitouls, par reconnaissance, voulurent lui dresser une statue de marbre blanc qui devait être élevée sur son tombeau, dans l’église de la Daurade, mais qui fut placée dans la salle où l’assemblée des sept maintenants avait été transférée. Tous les ans, le 3 mai, jour de la distribution des prix, on la couronnait de fleurs.

Jusque-là c’était plutôt une société tolérée de gens de lettres, qu’une académie autorisée par la volonté du prince. Ce ne fut qu’en 1694, sous le règne de Louis XIV, qu’elle obtint des lettres de confirmation. Alors les jeux floraux furent mis sous la protection du chancelier de France ; les fleurs augmentées d’une quatrième qui était une amarante d’or, et le nombre des académiciens fixé à trente-six. Le roi Louis XV l’augmenta jusqu’à quarante.

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