LA FRANCE PITTORESQUE
Espérance bretonne
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Publié le vendredi 5 avril 2019, par LA RÉDACTION
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Espérance toujours déçue
 

Cette expression, fréquemment employée par les troubadours et les trouvères, s’explique par celle-ci : Attendre comme les Bretons Arthur, qui est également familière à ces poètes et qui a la même origine et la même signification.

Cet Arthur ou Artus, héros de la romancerie anglo-normande qui lui attribue l’institution de l’ordre de la Table Ronde, fut le dernier roi des Bretons-Siluriens — le nom d’Arthur est formé des deux mots Arth-uer, qui signifient souverain des Silures, suivant Withaer, auteur d’une histoire intéressante et même probable des guerres de ce prince. Après avoir défendu longtemps son pays avec succès contre les Angles du nord, les Saxons de l’occident et les Danois qu’il vainquit en douze batailles successives, il fut complètement défait à Camblan, vers 542.

Blessé mortellement dans cette affaire, il se fit transporter en un lieu inconnu, où il termina sa glorieuse vie. Ses soldats étonnés de ne pas le voir reparaître allèrent à sa recherche, et, comme ils ne trouvèrent nulle part son tombeau, ils se persuadèrent qu’il n’était pas mort. La superstition du temps accueillit cette idée exploitée par la politique nationale comme moyen de résistance contre les vainqueurs ; et bientôt ce fut une croyance populaire qu’Arthur reviendrait un jour régner sur l’Angleterre affranchie du joug étranger, et qu’il y ramènerait le siècle d’or.

Apparition du Graal aux chevaliers de la Table-Ronde. Enluminure du manuscrit Lancelot-Graal (1475)
Apparition du Graal aux chevaliers de la Table-Ronde.
Enluminure du manuscrit Lancelot-Graal (1475)

En attendant, il était censé dormir du sommeil d’Endymion au pied du mont Etna, par l’effet d’un philtre magique que les enchanteurs Merlin et Thaliessin lui avaient donné pour prolonger son existence, après l’avoir guéri de sa blessure. Les chants patriotiques des bardes le représentaient tantôt guerroyant en Palestine contre les Infidèles, et tantôt errant dans les forêts des deux Bretagnes.

Cette espérance du retour d’Arthur s’accrut à mesure que le peuple fut opprimé. Elle fut assez générale sous la domination despotique des rois normands. Henri II d’Angleterre, à qui elle inspirait des inquiétudes, imagina un moyen pour la faire cesser. Il se rendit à Glassenbury, dans le pays de Galles, fit faire des fouilles en un lieu que des vers chantés en sa présence par un pâtre indiquaient comme l’endroit de la sépulture d’un grand homme, et l’on en retira un cercueil de pierre décoré d’une petite croix de plomb, sur laquelle était écrit : Hic jacet inclytus rex Arthurius in insula Avalonia.

Cette prétendue découverte ne produisit pas néanmoins l’effet qu’il en attendait. L’espérance bretonne continua à régner. Elle était si vive au temps d’Alain de l’Isle, que ce savant a écrit dans ses explications des prophéties de Merlin : « On serait lapidé en Bretagne, si l’on osait dire qu’Arthur est mort. » (Explanat. in proph. Merlini, p. 19, lib. I).

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