LA FRANCE PITTORESQUE
Donner un soufflet à Ronsard
()
Publié le vendredi 6 juillet 2018, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article
Faire une faute contre la langue
 

Ronsard composa une rhétorique pleine de beaux préceptes pour parler élégamment la langue française, et cet auteur fit autorité dans son temps. Il fut surnommé le prince des poètes français, titre qu’on trouve au frontispice de ses œuvres, magnifiquement imprimées aux frais du trésor royal.

L’admiration qu’il inspirait était si grande, que l’historien De Thou voyait une compensation du désastre de Pavie dans la naissance de Ronsard, arrivée suivant lui, le jour de ce désastre : ce qui n’est pas vrai.

Pierre de Ronsard
Pierre de Ronsard

Montaigne déclarait Ronsard égal aux plus grands poètes de l’antiquité, et la poésie française élevée par lui à la perfection. Dans toute l’Europe civilisée, le nom de Ronsard était connu et révéré. Les souverains lui envoyaient des présents ; Le Tasse venu à Paris, s’estimait heureux de lui être présenté et d’obtenir son approbation pour deux chants de la Jérusalem dont il lui fit lecture. Un poème italien fut composé à la louange de Ronsard par Spéroni. Sa mort fut presque regardée comme une calamité publique. Le cardinal Du Perron prononça pompeusement son oraison funèbre, et sa mémoire, revêtue de toutes les consécrations, semblait entrer dans la postérité comme dans un temple.

On disait dans le Moyen Age, casser la tête de Priscien, pour signifier parler ou écrire contre la grammaire. Priscien de Césarée fut un célèbre grammairien du quatrième siècle, dont la grammaire servit de base à l’enseignement du latin, jusqu’à la renaissance des lettres. Il avait l’habitude de dire qu’il souffrait autant d’entendre parler incorrectement, que si on lui cassait la tête. Nous avons encore l’expression proverbiale, mettre Vaugelas en pièces — Claude Favre de Vaugelas, grammairien —, dont Molière s’est servi dans les Femmes savantes : « Elle met Vaugelas en pièces tous les jours. »

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE