LA FRANCE PITTORESQUE
C’est un rossignol d’Arcadie
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Publié le vendredi 16 octobre 2015, par LA RÉDACTION
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Au propre, c’est un baudet ; au figuré, c’est un ignorant, un chanteur détestable
 

Les Grecs et les Romains assimilaient les hommes d’une grande ignorance aux ânes d’Arcadie, qu’ils regardaient comme les prototypes de l’espèce.

Nous avons adopté cette comparaison proverbiale, et nous avons dit d’abord un roussin d’Arcadie, puis nous avons substitué plaisamment le nom de rossignol à celui de roussin, avec lequel il a une certaine analogie phonique, par allusion au trait de la fable qui représente le dieu Pan donnant des leçons de musique à ces stupides animaux.

Cette tradition mythologique est fondée sans doute sur l’observation de quelques effets extraordinaires produits par les sons mélodieux de la voix ou des instruments sur ces animaux, qui ont montré quelquefois une délicatesse d’oreille, dont bien des gens pourraient être jaloux.

Témoin l’âne dont parle le père Regnault : cet âne élevait la tête par dessus le chapeau d’un joueur de flûte pour mieux l’entendre, et, dans cette position, il restait la bouche béante à l’écouter. Témoin encore l’âne d’Ammonius, commentateur d’Aristote. Ce second amateur était plus remarquable encore que le premier.

Le patriarche Photius était si émerveillé de ses qualités, qu’il a cru devoir en faire une mention honorable dans un ouvrage de théologie où il assure que cet illustre baudet, entendant son maître déclamer ou chanter des vers, oubliait les meilleurs chardons placés devant lui, et souffrait la faim plutôt que d’interrompre son attention.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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