LA FRANCE PITTORESQUE
Découverte d’un autoportrait
inédit de Baudelaire
(Source : Le Figaro)
Publié le dimanche 21 avril 2013, par LA RÉDACTION
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Issu d’une donation, ce dessin du poète sera dévoilé à la Cité de l’architecture lors de l’exposition consacrée au sculpteur romantique, Geoffroy-Dechaume
 

Les musées connaissent-ils vraiment tous les trésors qui dorment dans leurs réserves ? Peut-être pas. C’est en inventoriant une donation, faite par les descendants du sculpteur du XIXe siècle Geoffroy-Dechaume, que Caroline Lenfant, conservatrice à la Cité de l’architecture et du patrimoine, repère un dessin, sur une feuille volante. Le portrait d’un homme, moustachu, regard perçant et foulard rehaussé de rouge, est entouré d’une série de petits croquis au graphite. « Je me suis tout de suite dit que c’était important », explique-t-elle aujourd’hui.

Autoportrait, Baudelaire. Le dessin n'a pu être daté
Autoportrait, Baudelaire. Le dessin n’a pu être daté. © Crédits photo : Fonds Geoffroy-Dechaume, MMF/CAPA

Après enquête, la conservatrice sait que son intuition est la bonne. La Cité de l’architecture détient désormais un des cinq autoportraits de Charles Baudelaire, un inédit, qui sera montré à partir du 22 avril lors d’une exposition consacrée à Geoffroy-Dechaume. De la pièce dessinée à la preuve, il a fallu consulter, recouper, émettre des hypothèses. C’est là le charme du travail de conservateur, pointu par essence et fait de rencontres qui ne le sont pas moins.

Communauté d’artistes
Le poète connaissait le sculpteur, et la piste de Baudelaire s’impose rapidement. Le visage de l’au­teur desFleurs du mal n’est d’ailleurs pas méconnu. Il y a quatorze photos de lui, et le Musée d’Orsay détient déjà trois autoportraits. Un premier rendez-vous est pris avec Thierry Bodin, expert en autographes. Ce dernier « reconnaît » Charles Baudelaire, mais estime qu’il s’agit de la copie d’une gravure. Consulté à son tour, Jean-Paul Avice, spécialiste de Baudelaire, n’est pas de cet avis. « Autour de la tête, il y a des croquis faits de la même main. Cela ne pouvait pas être une estampe », en déduit-il. L’homme au portrait a une moustache qui n’apparaît généralement pas dans l’imagerie de Baudelaire. Mais Jean-Paul Avice détient un texte d’époque, qui mentionne cet attribut, la datant d’avant 1847. « Pour moi, c’est un autoportrait », tranche-t-il.

Personne ne sait quand le ­dessin a été fait, et comment il s’est retrouvé dans les cartons d’archives de l’arrière-petit-fils de Geoffroy-Dechaume. Carole Lenfant ne manque pas d’hypothèses. Avec le caricaturiste Daumier, le peintre Trimolet, des écrivains comme Gérard de Nerval et biens d’autres, le sculpteur Geoffroy-Dechaume et Charles Baudelaire formaient une communauté d’artistes. Des lieux, à Paris ou à Valmondois, dans l’Oise, les ont rassemblés. « On pense que ce dessin appartenait à Daumier, ami indéfectible de Geoffroy-Dechaume », avance-t-elle, prenant notamment appui sur un article du Petit ­Figaro, daté du 24 juillet 1868, où l’on peut lire : « Les dessins de Baudelaire sont célèbres parmi ses amis et parmi les artistes. Daumier qui en conserve quelques-uns, particulièrement un portrait de l’auteur par lui-même (...), a dit plus d’une fois que si Baudelaire eût appliqué à la peinture les facultés qu’il a consacrées à la poésie, il eût été aussi grand peintre qu’il a été poète distingué et original. » Daumier aurait donné le croquis à son ami ou, tout simplement, l’aurait laissé en dépôt dans son atelier. Grâce à lui, on redécouvrira une face cachée de Baudelaire.

Informations pratiques : « Dans l’intimité de l’atelier, Geoffroy-Dechaume, sculpteur romantique », Cité de l’architecture, Paris. Du 22 avril au 22 juillet.

Claire Bommelaer
Le Figaro

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