LA FRANCE PITTORESQUE
Saoul comme la bourrique
à Robespierre
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Publié le samedi 23 mai 2015, par LA RÉDACTION
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Extrêmement ivre
 

L’anecdote suivante, que Quitard tenait du conventionnel Audoin, a été probablement l’origine de cette locution singulière.

Vers la fin du printemps de 1792, Robespierre était allé à Ermenonville, avec la famille Duplay, pour visiter, dans les environs, les divers endroits illustrés par le séjour de J.-J. Rousseau, dont il se vantait d’être le disciple. Ce pèlerinage se fit, suivant l’usage du pays, sur des ânes, dont la dernière halte fut au bord de la rivière où était la gondole destinée à passer les pèlerins sur l’île des Peupliers, dans laquelle est le tombeau du philosophe genevois.

L’ânier, chargé d’attendre leur retour, chercha un refuge avec ses bêtes contre la chaleur du soleil sous un hangar voisin, où quelques paysans étaient en train de prendre leur repas. Ceux-ci ayant su de lui qu’un de ses ânes avait servi de monture au fameux orateur du club des Jacobins, s’empressèrent de fêter l’animal patriote.

Ils l’invitèrent à manger et à boire avec eux ; ils le gorgèrent de pain trempé dans du vin, ce qui le rendit plus saoul que l’âne de Silène au temps des vendanges, et plus rétif que l’ânesse de Balaam. Il se roula par terre, les quatre fers en l’air, comme on dit, refusant de se relever, malgré les jurements de son maître qui le traitait de fainéant et de vaurien, en faisant jouer rudement martin-bâton sur ses côtes.

Robespierre, arrivé de l’île des Peupliers pendant cette scène, apprit en souriant ce qui l’avait produite et la fit cesser en recommandant d’avoir pitié de la pauvre bête. A ces mots, les citoyens paysans firent entendre de sympathiques acclamations, auxquelles le baudet joignit, comme par reconnaissance, son braire le plus strident.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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