LA FRANCE PITTORESQUE
27 mars 1351 : combat des Trente
()
Publié le dimanche 24 mars 2013, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article

Jean le Bon, duc de Bretagne, s’étant marié trois fois sans jamais devenir père, et voulant se choisir un successeur assez puissant pour réprimer les projets ambitieux de plusieurs prétendants, désigna Charles de Blois, neveu du roi de France, et qu’il avait uni lui-même à Jeanne de Penthièvre, sa nièce. Mais son frère, Jean de Montfort, n’était pas homme à renoncer volontairement à ses espérances : de là une guerre longue et désastreuse, dont la mort du duc Jean donna le signal, et qui dura près de vingt-cinq ans.

Déjà les hostilités avaient parcouru un cercle de dix années avec des alternatives de succès et de revers pour les deux partis. Jean de Beaumanoir, chevalier breton, ami et compagnon du célèbre Bertrand Duguesclin, avait embrassé la cause de Charles de Blois : il venait d’enlever la ville de Vannes aux Anglais, qui protégeaient Montfort. Chargé de la défense de Josselin, il gémissait de voir la garnison anglaise de Ploërmel parcourir les campagnes, et les désoler par le meurtre et le pillage ; muni d’un saufconduit, il va trouver sir Brembro, chef des Anglais, et lui reproche de faire mauvaise guerre. L’Anglais accuse à son tour les gens de Beaumanoir d’avoir rompu la trêve. La conférence s’échauffe et se termine par un défi.

Le rendez-vous est donné au chêne de Mi-voye, entre Josselin et Ploërmel, et le jour est fixé au 27 mars : trente Anglais doivent combattre trente Bretons. Le jour venu, les combattants se rendent au lieu convenu, suivis d’une foule de spectateurs. Là, Brembro semble hésiter ; il représente à Beaumanoir l’irrégularité d’un combat non autorisé par leurs princes ; mais Beaumanoir réplique qu’il est trop tard pour réfléchir, et qu’il ne veut pas perdre cette occasion de prouver qui a meilleur corps et plus belle amie. Des deux côtés, les champions mettent pied à terre ; le combat s’engage. Les Anglais obtiennent d’abord quelque supériorité ; mais bientôt leur chef Brembro, atteint par la lance de Kerangais, est achevé par l’épée de Geffroy-Dubois.

Sa mort jette le trouble parmi ses compatriotes, qui cependant se rallient et combattent avec une nouvelle fureur. Beaumanoir, blessé et tourmenté d’une soif ardente, demande à boire : « Bois de ton sang, lui crie Geffroy-Dubois, et ta soif se passera. » En ce moment, Guillaume de Montauban monte à cheval, et s’éloigne. « Faux et méchant chevalier, lui dit Beaumanoir, ta trahison fera ta honte et à jamais celle de ta race ! » Montauban répond sans s’étonner : « Travaille bien de ta part, Beaumanoir, je ferai tout devoir de mon côté. » En effet, il se retourne tout-à-coup, pousse son cheval à travers les ennemis, et décide la victoire en faveur des Bretons.

Telle fut l’issue de ce fameux combat des Trente, qui ne termina point la guerre, mais qui éleva un beau trophée à la valeur bretonne. « Jamais, a dit Froissard dans sa chronique, on ne combattit plus vaillamment après la bataille des Trente. »

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE