LA FRANCE PITTORESQUE
Il faut tourner sept fois
la langue dans la bouche
avant que de parler
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Publié le vendredi 1er février 2013, par LA RÉDACTION
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Il importe de bien réfléchir aux paroles qu’on veut dire, avant de les laisser échapper
 

Cela semble être une variante d’un autre proverbe plus ancien, qui conseille aux personnes à qui la langue frétille d’en tempérer la vivacité par la récitation mentale du Pater : Dis tout bas ton Pater, quand tu es prêt à mal parler.

Les deux proverbes, quoique formulés très différemment, expriment une parfaite identité de pensée, car le Pater est théologiquement le nombre des sept, c’est-à-dire des sept choses principales que le chrétien pieux doit désirer et qu’il demande par cette oraison : 1° la sanctification du nom de Dieu ; 2° l’avènement de son règne ; 3° l’accomplissement de sa volonté ; 4° le pain quotidien ; 5° le pardon des péchés ; 6° l’éloignement de la tentation ; 7° la délivrance du mal.

Voilà quelle serait l’interprétation des sept tours de langue proverbiaux, qui se rattachent aussi sans doute à l’influence mystérieuse que l’antiquité sacrée et l’antiquité profane attribuaient également au nombre septénaire, reproduit souvent dans le système religieux du christianisme et répété jusqu’à vingt-quatre fois dans l’Apocalypse.

Signalons de plus un rapprochement curieux qu’on pourrait faire entre notre proverbe et un passage d’Ovide dans sa description des Férales, au second livre des Fastes. Le poète latin y représente, au milieu d’un groupe de jeunes filles, une vieille décrépite offrant un sacrifice à Tacita, déesse du silence, et pouvant à peine se taire : « Elle roule, dit-il, sept fèves noires dans sa bouche » (Et septem nigras versat in ore fabas). Après cela elle se retire en s’écriant : « Nous avons enchaîné les langues hostiles et les bouches ennemies » (Hostiles linguas inimicaque vinximus ora).

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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