LA FRANCE PITTORESQUE
Faire claquer son fouet
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Publié le mercredi 16 janvier 2013, par LA RÉDACTION
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Signifie, suivant le dictionnaire de l’Académie, se faire valoir, faire valoir son autorité, son crédit, ses talents
 

Il avait signifié primitivement être dans une position supérieure. Mais d’où vient que le fouet a été choisi pour exprimer de telles idées ? Est-ce, comme on le croit ordinairement, à cause du bruit qu’il fait ? Il semble que non, car cela seul ne suffit point à expliquer tous les rapports qu’on a établis entre le signe et les choses signifiées.

Il y a une autre raison qui me paraît plus propre à les faire comprendre : c’est que le fouet était jadis un attribut du commandement, un symbole de l’autorité. Végèce dit dans son traité De re militari, liv. III, ch. V, en parlant des signaux militaires : « On distingue certains ordres d’un général à un geste de la main, au fouet qu’il porte quelquefois comme les barbares. »

Il y a en outre plusieurs faits historiques qui montrent combien chez ces barbares un tel symbole était puissant et respecté. En voici un très remarquable. Les esclaves des Scythes s’étaient révoltés contre leurs maîtres, dont l’armée était sur le point d’être vaincue par eux en bataille rangée. Les généraux qui commandaient cette armée prirent soudain la résolution de ne pas employer les armes et de marcher aux rebelles le fouet à la main. Les esclaves alors cessèrent de résister et furent ramenés par la seule vue du symbole à une obéissance que tout l’appareil militaire n’avait pu produire.

Ajoutons, pour donner de la variété à ce commentaire, que les anciens avaient aussi classé le fouet au rang de leurs instruments de musique, et qu’ils avaient trouvé l’art de tirer des sons très variés de son claquement. Cette remarque a été faite par Vossius, dans ses Observations sur Catulle, où il nous apprend, en outre, que de son temps, c’est-à-dire au XVIIe siècle, les Tartares, habitants de la Chine, employaient, au lieu de trompettes, certains fouets très longs, avec lesquels ils formaient d’un seul coup trois différents sons fort bruyants. Il rapporte encore que deux courriers de son temps, dont l’un résidait à Maestricht et l’autre en Angleterre, étaient d’une adresse merveilleuse à produire toute sorte de sons avec leurs fouets.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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