LA FRANCE PITTORESQUE
Le pharmacien cévenol Soubeiran
découvre le chloroforme
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Publié le lundi 10 mars 2014, par LA RÉDACTION
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Fait peu banal, le chloroforme surgit à la fois dans deux laboratoires différents assez distants l’un de l’autre. Tandis que le Français Eugène Soubeiran recueillait à Paris du chloroforme en mettant du chlorure de chaux en contact avec de l’alcool et distillant le mélange, le grand chimiste Allemand, Liebig, obtenait, à Giessen, le même corps en traitant le chloral par les alcalis
 

Pour étrange que soit cette coïncidence, elle est incontestable : des deux côtés du Rhin, on est d’accord pour la reconnaître. D’ailleurs, le même numéro des Annales de chimie et de physique portant la date d’octobre 1831 contient un mémoire de Soubeiran ayant pour titre : Recherches sur quelques combinaisons du chlore et une lettre de Liebig à Gay-Lussac lui exposant le résultat de ses expériences.

Eugène Soubeiran
Eugène Soubeiran

Détail curieux, ni Soubeiran, ni Liebig, n’ont compris ce qu’était le nouveau produit. Le premier le prit pour un composé de chlore et d’hydrogène bicarboné, le second pour un chlorure de carbone. C’est Dumas qui, quelques années plus tard, découvrit sa constitution, ses propriétés chimiques et lui donna le nom qu’il porte encore aujourd’hui. Et c’est encore beaucoup plus tard que le chloroforme fut découvert à son tour par la médecine.

Tout le monde connaît Liebig. Soubeiran a laissé moins de souvenirs. C’était cependant un grand chimiste. Né à Paris le 24 mai 1797, d’une vieille famille de protestants Cévenols, Soubeiran eut une jeunesse et surtout une éducation mouvementées par suite de la déconfiture de son père, agent de change à Paris. Ce malheur eut pourtant une heureuse contrepartie : en effet, le père Soubeiran, ruiné, organisa, pour faire vivre les siens, un petit atelier de filature et de blanchissage dans la banlieue Parisienne, à Houilles. Le jeune Soubeiran s’intéressa beaucoup aux opérations du blanchiment et bientôt il allait étudier la chimie et la pharmacie à Montpellier, où il fut blessé au cours d’une émeute en 1815.

Revenu à Paris, il devenait successivement interne des hôpitaux, puis pharmacien en chef de la Pitié et professeur adjoint à l’Ecole de Pharmacie. En 1832, il était appelé à la direction de la Pharmacie Centrale de l’Assistance Publique, à Paris, et, en 1853, il succédait à Orfila, dans la chaire de pharmacie de la Faculté de Médecine.

Il mourut le 17 novembre 1858, ayant écrit de nombreux mémoires et plusieurs manuels ou traités de pharmacie théorique et pratique qui furent souvent réédités de 1826 à 1857. Ses élèves de l’Ecole de Pharmacie disaient de lui qu’il était soporifique : mais ce n’était qu’une boutade et un hommage : simple moyen de rappeler qu’il avait découvert le chloroforme.

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