LA FRANCE PITTORESQUE
23 décembre 1714 : disgrâce
de la princesse des Ursins
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Publié le samedi 22 décembre 2012, par LA RÉDACTION
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Madame des Ursins avait eu le plus grand ascendant sur Marie-Louise, première femme de Philippe V. Après la mort de cette princesse, le roi d’Espagne lui conserva la même confiance, et la nomma gouvernante des infants.

Les relations naturelles que cette charge lui donnait avec Philippe, firent soupçonner aux courtisans que Madame des Ursins, quoique fort âgée à cette époque, avait des vues plus élevées : l’exemple de Madame de Maintenon dont elle était l’amie, avait pu en effet lui faire embrasser cette chimère. Quoi qu’il en soit, ce bruit parvint aux oreilles du roi, qui fut très irrité, et qui prit dès ce moment la résolution de renvoyer la gouvernante.

Ce fut alors qu’il demanda au duc de Parme, sa nièce Elisabeth Farnese. Madame des Ursins se flatta qu’elle aurait le même ascendant sur cette princesse que sur Marie-Louise ; elle crut qu’une jeune personne, élevée dans une petite cour, et se trouvant portée subitement au trône d’Espagne, aurait besoin de son expérience : son espérance fut bien trompée. Avant qu’Elisabeth arrivât en Espagne, le roi lui avait fait connaître ses intentions sur Madame des Ursins, et l’avait chargée de la renvoyer à la première entrevue, dans la crainte qu’elle ne se laissât séduire par les manières insinuantes de la gouvernante.

Elisabeth traversa une partie de la France pour passer en Espagne. Le roi s’avança au-devant d’elle jusqu’à Guadalaxara, et Madame des Ursins, ignorant le sort qui lui était destiné, alla sept lieues plus loin dans un bourg appelé Quadraqué. Ce fut là qu’elle vit la reine pour la première et la dernière fois. Madame des Ursins se présenta devant elle pour la complimenter : tout le monde s’éloigna par respect : après quelques minutes de conversation on les entendit parler haut, et la reine appela ses officiers en leur ordonnant de chasser cette folle qui lui manquait de respect.

Madame des Ursins interdite, demandait quel était son crime ? La reine, sans lui répondre, dit à Damezagua, lieutenant des gardes du corps, de faire monter cette femme dans un carrosse avec deux officiers sûrs, et de la conduire sur-le-champ à Bayonne. L’officier, qui n’était pas dans le secret, observa qu’il n’appartenait qu’au roi de donner un pareil ordre. N’en avez-vous pas un, lui dit fièrement la reine, de m’obéir en tout sans réserve et sans représentation ? Damezagua avait en effet cet ordre, et Madame des Ursins vit bien que sa disgrâce était depuis longtemps décidée.

Il paraît que, dans le voyage, on n’eut pas pour elle les égards qu’on devait à son sexe et à son malheur. « Je ne sais, écrit-elle à Madame de Maintenon, comment j’ai pu résister à toutes les fatigues du voyage ; on m’a fait coucher sur la paille, et jeûner d’une manière bien opposée aux repas que j’avais coutume de faire. Je ne mangeais, ajoute-t-elle que deux vieux œufs par jour. »

Madame des Ursins n’eut pas en France l’accueil qu’elle attendait de Madame de Maintenon. Il ne lui fut pas permis de paraître à la cour. Elle se retira à Rome où elle fut chargée du cérémonial de la petite cour de Jacques III.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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