LA FRANCE PITTORESQUE
23 décembre 1588 : Henri III
fait assassiner le duc de Guise
aux Etats de Blois
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Publié le samedi 22 décembre 2012, par LA RÉDACTION
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Henri de Lorraine, duc de Guise, fils du célèbre duc de ce nom assassiné au siège d’Orléans par Poltrot, avait hérité de la valeur et de l’ambition de son père. Il se signala d’abord à la bataille de Jarnac, et continua de se distinguer dans toutes les rencontres, à la tête des catholiques contre les protestants.

Un coup de feu qu’il reçut à la joue dans un combat près de Château-Thierry, le fit surnommer le Balafré, ainsi que son père François de Lorraine ; mais cette blessure ne lui ôta rien des charmes de sa figure. Sa bonne mine, son air noble, ses manières affables et populaires, lui conciliaient tous les cœurs, et le rendaient l’idole du peuple et des soldats. Il fut le plus ardent promoteur de cette confédération fameuse (la ligue), projetée d’abord par son oncle le cardinal de Lorraine. Le premier plan de cette funeste association fut dressé dans Paris.

On fit courir chez les bourgeois de cette capitale, enclins de tous les temps à la révolte, un projet d’union pour la défense de la religion du roi et de la liberté de l’Etat, c’est-à-dire pour opprimer à la fois le roi et l’Etat. Le duc de Guise anime les factieux, remporte plusieurs victoires sur les calvinistes, et se voit bientôt en état de prescrire des lois à son souverain. Il force Henri III à publier un édit qui anéantissait tous les privilèges des huguenots ; il demande impérieusement la publication du concile de Trente, l’établissement de l’inquisition, la cession de plusieurs places de sûreté, le changement des gouverneurs, et plusieurs autres choses qu’il savait que le roi ne pouvait ni ne devait accorder.

Henri III, fatigué de ses insolences, lui défend de paraître à Paris ; le duc y vient malgré sa défense ; de là la journée des barricades, qui lui donna un nouveau crédit, en faisant éclater sa puissance aux yeux des ligueurs. Son autorité était si grande, que les corps de garde de la capitale refusèrent de recevoir le mot du guet que le prévôt des marchands voulait leur donner de la part du roi, et ne voulurent recevoir l’ordre que du duc de Guise. Henri III fut forcé de quitter Paris, fuyant devant son sujet, et alla convoquer les Etats de Blois, où le duc de Guise vint se rendre maître des délibérations.

Les demandes insolentes des députés, et l’audace du duc de Guise parvenue à son comble, forcèrent enfin le roi aux dernières extrémités contre ce prince devenu trop puissant pour qu’on pût lui donner des juges. Ce n’était pas une terreur panique, que la crainte des entreprises que le duc pouvait former ; il se trouvait dans des circonstances pareilles à celles dont Pépin profita. Henri III ressemblait, à certains égards, aux rois de la première dynastie, et le prétexte de la religion eût fort bien pu susciter quelque pape de l’humeur de Zacharie.

II avait été averti que la duchesse douairière de Montpensier, sœur du duc de Guise, avait eu l’insolence de dire « qu’elle espérait qu’avec les ciseaux d’or qu’elle portait toujours à son côté, elle lui couperait les cheveux, pour le confiner dans un monastère. » II reçut en même temps un billet qui ne contenait que ces mots : La mort de Conradin est la vie de Charles (par allusion à la conduite de Charles d’Anjou, frère de saint Louis, qui avait fait mourir Conradin de Souabe, son compétiteur au royaume de Naples). Le roi, sur tant d’avis qu’on lui donnait de prendre garde à lui, consulta le maréchal d’Aumont, Rambouillet et Beauvais-Nangis, qui, tous trois, conclurent que, n’étant pas possible de faire le procès dans les formes au duc de Guise, il fallait se résoudre à l’assassiner ; seule voie sûre et immanquable, par la confiance aveugle où était le duc.

Les ordres furent donnés pour l’exécution. Crillon, maître de camp des Gardes-françaises, ne s’en voulut pas charger : Je me battrai contre lui, dit Crillon, il me tuera, je ne parerai point, mais en même temps je le tuerai. Quand on veut bien donner sa vie, on est maître de celle d’autrui. Lognac, premier gentilhomme de la chambre, et capitaine de quarante-cinq hommes gascons de la nouvelle garde du roi, en prit la commission ; il en choisit neuf des plus déterminés, et les fit cacher dans un cabinet du roi.

Le duc de Guise reçut plusieurs avis qu’on en voulait à sa vie. La veille du jour de sa mort, il trouva en dînant, sous sa serviette, un billet qui lui marquait que son dernier moment approchait. Il dit seulement : Il n’oserait, et acheva de dîner tranquillement. Néanmoins l’après-dîner, sur des avis réitérés, il tint conseil avec le cardinal de Guise, son frère, et l’archevêque de Lyon, sur le parti qu’il devait prendre. Le cardinal fut d’avis qu’il s’en allât à Paris ; mais l’archevêque lui ayant représenté, que s’il abandonnait les Etats, tous ses amis perdraient courage, et qu’il ne retrouverait jamais une si belle occasion d’établir son autorité, il se résolut ; à tout hasarder. Le lendemain il alla chez le roi ; il fut un peu surpris de voir la garde renforcée, les cent-suisses rangés sur les degrés.

Dès qu’il fut entré dans la première salle, on ferma la porte. Il ne laissa pas de faire bonne mine, salua tous ceux du conseil avec ses grâces ordinaires ; et dans le temps qu’il voulait entrer dans le cabinet, il fut percé de plusieurs coups de poignard, sans pouvoir mettre l’épée à la main, et expira en disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi !... Dès qu’il fut mort, le roi descendit dans la chambre de la reine-mère qui était malade et lui dit ce qui venait d’être fait. Je ne sais, lui dit-elle, si vous en avez bien prévu les suites.

Tel était alors le pouvoir de l’opinion religieuse, que les mêmes assassins qui n’avaient fait nul scrupule d’assassiner le duc de Guise, refusèrent de tremper leurs mains dans le sang du cardinal son frère. Il fallut chercher quatre soldats du régiment des gardes, qui le massacrèrent dans le même château, à coups de hallebarde.

Henri III perdit tout le fruit de cet acte de vigueur, en ne courant pas dans l’instant à Paris avec ses troupes. Il eut beau dire à la reine Catherine, sa mère, qu’il avait pris toutes ses mesures, il n’en avait pris que pour se venger et non pour régner. II reste dans Blois inutilement occupé à examiner les cahiers des Etats, tandis que Paris, Orléans, Rouen, Dijon, Lyon, Toulouse se soulèvent presque en même temps, comme de concert. Le pape l’excommunie ; soixante-dix docteurs assemblés en Sorbonne, le déclarent déchu du trône, et ses sujets déliés du serment de fidélité ; les prêtres refusent l’absolution aux pénitents qui le reconnaissent encore pour leur souverain, jusqu’à ce qu’enfin un exécrable fanatique l’assassine à Saint-Cloud (le 1er août suivant).

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