LA FRANCE PITTORESQUE
20 décembre 1740 : mort
du prédicateur Jean Soanen
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Publié le mercredi 19 décembre 2012, par Redaction
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C’est cet illustre évêque de Senez, comparable aux Ambroise, aux Athanase, aux Chrysostôme, qui signait Jean Soanen, évêque de Senez, prisonnier de Jésus-Christ, lorsqu’il eut été condamné et suspendu de ses fonctions par ce concile scandaleux d’Embrun, auquel présidait le cardinal de Tencin.

Le cardinal de Fleury, dont le zèle contre le jansénisme fut le principal tort de son ministère, voulut faire ce qu’on appelait un exemple, sur un évêque janséniste : on ne pouvait mieux s’y prendre pour rendre la bulle odieuse. Des évêques mondains et courtisans, dont plusieurs avoient leur fortune à faire, et tous à l’augmenter, n’eurent pas honte de condamner, de déposer un vieil évêque, parvenu à l’épiscopat par ses talents et ses travaux, blanchi dans la pratique des vertus, père des pauvres, vrai modèle de la charité chrétienne ; qui avait refusé l’évêché de Viviers, parce que cette ville, étant sur une route fréquentée, l’aurait obligé de consumer en vaines représentations un revenu qu’il regardait comme le patrimoine des pauvres ; qui n’avait accepté le pauvre évêché de Senez, que parce que ce lieu étant isolé, lui laissait la liberté de répandre tout son revenu dans le sein des indigents ; un prélat enfin, qui avait tellement pour principe de ne jamais refuser l’aumône, qu’un jour ayant rencontré un pauvre, et n’ayant point d’argent sur lui, il lui donna sa bague.

On ne se contenta pas de le déposer, il fut exilé au couvent de la Chaise-Dieu, en Auvergne. Une foule d’honnêtes gens s’attendrissaient, en le voyant partir pour l’exil à l’âge de quatre-vingts ans ; il leur montrait ses cheveux blancs : Heureusement, leur disait-il, cela ne sera pas long. Il se trompait : il y vécut encore treize ans.

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