LA FRANCE PITTORESQUE
Badaud de Paris
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Publié le vendredi 26 mai 2017, par LA RÉDACTION
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Allusion au fait que les Parisiens ont coutume de s’amasser rapidement autour de bonimenteurs et charlatans
 

La badauderie passait pour être le défaut bien connu des Parisiens, et c’est peut-être une des choses que les étrangers y admiraient le plus, que cet étrange assemblage de niaiserie, de bonhomie, et en même temps d’esprit fin et observateur, se faisant remarquer dans le Parisien-né.

Au sein de la France d’autrefois, un provincial ou un étranger qui vient voir de près le peuple le plus spirituel de la terre, à savoir le peuple de Paris, ne laisse pas d’être surpris de trouver sur une de nos places publiques une centaine de bouches et d’oreilles béantes, autour d’un charlatan qui débite en plein air ses chansons, poudres à dents, élixir de longue vie, ou ses crayons dorés. Et c’est là le peuple qui fait le Dictionnaire de l’Académie, qui fait la langue universelle, rivale de la langue-mère latine ! Et l’Europe se venge par cette épithète de badaud, injure bien innocente et qui ne nous humilie guère, car c’est un mot tout national et dont le sens est plus solide qu’on ne le voudrait croire.

La voiture de charlatan
La voiture de charlatan. Chromolithographie de la fin du XIXe siècle

Quelques étymologistes croient que ce sobriquet nous vient de l’ancienne porte Baudaye ou Badaye. D’autres supposent que les habitants de Paris doivent cette dénomination, dérivée du celtique badaur (batelier), au goût qu’ils ont toujours eu pour la navigation ; car il y avait à Paris une corporation de bateliers connus, au commencement du Ve siècle, sous le titre de Mercatores aquae parisiaci, Marchands parisiens par eau, dont l’institution datait à peu près de Jules César, et dont les Romains s’étaient même servis avec avantage pour le transport des vivres et des munitions de guerre. Enfin, d’autres ont cru trouver une étymologie plus certaine de ce mot dans Rabelais, qui dit que Platon comparait les niais et les ignorants à des gens nourris dans des navires, d’où, comme si l’on était renfermé dans un baril, on ne voit le monde que par une fissure.

De ce nombre sont les badauds de Paris en badaudois, par rapport à la cité de Paris, laquelle étant dans une île de la figure d’un bateau, a donné lieu aux habitants de prendre une nef pour armoiries de leur ville. « Comme ils ne quittent pas facilement leurs vers, dit toujours Rabelais, rien de plus naturel que le sobriquet de badauds qu’on leur a appliqué, par allusion au bateau des armoiries de Paris. »

Un charlatan bonimenteur et sa charrette à bras
Un charlatan bonimenteur et sa charrette à bras

Il est bien remarquable que Paris a toujours eu une succession de charlatans presque non-interrompue, et que la souveraineté de ces rois de carrefour subsiste encore, malgré le progrès, malgré les révolutions, et malgré tout l’orgueil de ce XIXe siècle. Mais aussi nous avons eu de ces charlatans auxquels ne manquaient que de plus convenables tréteaux pour faire peut-être des personnages d’une plus haute illustration.

Qui sait quel physicien ou quel alchimiste eût fait le fameux maître Gonin, la coqueluche des badauds de Paris au temps de Charles IX ? Qui sait si maître Tabarin ne fût devenu sous une autre étoile un illustre écrivain, et si de nos jours Mengin, le célèbre Mengin, ne serait pas aussi honorablement connu sous l’habit doré du diplomate ?

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