LA FRANCE PITTORESQUE
Révolte des Maillotins en 1382
(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1845)
Publié le lundi 11 janvier 2010, par LA RÉDACTION
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Au commencement du règne de Charles VI (1380-1422), des mouvements populaires inquiétants pour l’aristocratie eurent lieu en Flandre, en Angleterre et en France
 

Le foyer révolutionnaire était la puissante et populeuse ville de Gand, dont les habitants s’entendaient avec ceux de Londres et de Paris, et ne voulaient rien moins qu’exterminer « toute noblesse et gentillesse. » L’insurrection parisienne éclata le 1er mars 1382, lorsque le duc d’Anjou eut voulu rétablir par force une taxe sur les denrées.

« Il y eut, dit Juvénal des Ursins, une vieille qui vendoit du cresson aux halles, à laquelle le fermier vint demander l’imposition, laquelle commença à crier. Et à coup vindrent plusieurs sur ledit fermier, et luy firent plusieurs plaies, et après le tuèrent et meurtrirent bien inhumainement. Et tantost par toute la ville le menu peuple s’émeut, prirent armures, et s’armèrent tellement, qu’ils firent une grande commotion et sédition de peuple, et couroient et recouroient, et s’assemblèrent plus de cinq cents... Et pour ce qu’ils étoient mal armés et habillés, ils surent que en l’hostel de la ville avoit des harnois, ils y allèrent, et rompirent les huis où étoient les choses pour la défense de la ville, prirent les harnois et grande foison de maillets de plomb, et s’en allèrent par la ville, et tous ceux qu’ils trouvoient fermiers des aides, ou qui en étoient soupçonnés, tuoient et mettoient à mort bien cruellement. »

Les Maillotins sortant de Paris pour recevoir Charles VI
Les Maillotins sortant de Paris pour recevoir Charles VI

Charles VI, qui était alors à Meaux, n’osa rentrer à Paris et envoya seulement les troupes royales ravager les environs de la ville. Les bourgeois, alors, fermèrent les portes, tendirent les chaînes des rues et exercèrent une surveillance active pour déjouer les projets de ceux qui auraient voulu livrer la capitale au roi. « Et étoient, dit Froissard (livre II, chapitre 151), en la cité de Paris, de riches et puissants hommes armés de pied en cap, la somme de trente mille hommes, aussi bien arréés (équipés) et appareillés de toutes pièces comme nul chevalier pourroit être ; et avoient leurs varlets et leurs mainies (serviteurs) armés à l’avenant. Et avoient et portoient maillets de fer et d’acier, périlleux bâtons pour effondrer heaumes et bassinets ; et disoient en Paris quand ils se nombroient, que ils étoient bien gens, et se trouvoient par paroisses, tant que pour combattre de eux-mêmes, sans autre aide, le plus grand seigneur du monde. Si appeloit-on ces gens les routiers et les maillets de Paris. ».

C’est seulement à partir du XVIe siècle que l’on a appelé Maillotins les Parisiens révoltés en 1382. Le roi et ses oncles, effrayés de ces formidables préparatifs, capitulèrent avec la ville qui consentit à payer un don gratuit de 100 000 livres, à condition que les impôts ne seraient pas rétablis.

Les troubles recommencèrent à la fin de la même année ; mais lorsque le roi eut triomphé des Flamands à la sanglante journée de Rosebecque (27 novembre 1382), il marcha sur Paris à la tête de son armée victorieuse. Les habitants sortirent et allèrent à sa rencontre au nombre de trente mille hommes bien armés. Cette démonstration jeta l’effroi parmi la noblesse ; mais sans chefs, les Parisiens ne surent pas prendre la résolution de se défendre ; ils laissèrent pénétrer dans leurs murs le roi qui y entra avec ses troupes par une brèche, comme dans une ville conquise. Les bourgeois furent ensuite désarmés, et l’esprit de révolte fut étouffé dans les supplices.

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