LA FRANCE PITTORESQUE
29 octobre 1783 : mort du
mathématicien et encyclopédiste
Jean le Rond d’Alembert
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Publié le mercredi 28 octobre 2015, par LA RÉDACTION
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Jean le Rond d’Alembert, de l’Académie française, des Académies des Sciences de Paris, de Berlin, de Pétersbourg, de la Société Royale de Londres, a donné le second exemple, après Fontenelle, d’un bel esprit géomètre, et a prouvé qu’on peut réussir à la fois dans les sciences exactes et dans les belles-lettres.

Comme littérateur, ses principaux ouvrages sont : 1° Eloges lus dans les séances de l’Académie française ; recueil plein de morceaux très bien écrits, de parallèles ingénieux, de portraits peints avec énergie et vérité. On a relevé, avec raison, quelques tournures alambiquées, des pensées recherchées, de froides plaisanteries ; 2° des Mélanges de Littérature, d’Histoire et de Philosophie. On y trouve le discours préliminaire de l’Encyclopédie, remarquable par la profondeur des vues, l’intelligence du plan, l’ordonnance des distributions, l’exposition des matières, l’exactitude des règles, la vigueur des pensées et la noblesse du style.

Jean le Rond d'Alembert, par Quentin de La Tour
Jean le Rond d’Alembert, par Quentin de La Tour

On a de d’Alembert, comme géomètre : 1° un Traité de Dynamique ; ce livre fut le fondement de sa réputation, comme mathématicien. Il partagea avec Euler la gloire d’être un des plus célèbres géomètres de son siècle ; 2° Traité de l’équilibre et du mouvement des Fluides, ouvrage digne du précédent ; 3° Réflexions sur la cause générale des Vents ; 4° Recherches sur la précession des Equinoxes.

« C’est surtout, dit La Harpe, à ses travaux dans les mathématiques, et au génie qu’il a montré dans les sciences exactes, qu’il fut redevable de sa réputation, et c’est là sans doute la partie la plus brillante de sa gloire. Les géomètres les plus profonds conviennent qu’il a découvert et de nouvelles méthodes et de nouvelles analyses, en un mot ajouté à la science, ce qui n’est donné qu’à un petit nombre d’hommes. Mais ses titres littéraires ne sont pas non plus sans éclat ; et comme littérateur, et comme écrivain, il mérite encore une place très distinguée.

On a démesurément loué son Discours préliminaire de l’Encyclopédie, qui n’est point, quoiqu’on en ait dit, un ouvrage de génie, mais dont le plan bien conçu et bien rempli, est d’un esprit juste, étendu et méthodique, et d’un bon écrivain. Son Eloge de Montesquieu, et quelques autres morceaux du même genre prouvent qu’il avait échappé à la contagion du mauvais goût : le style en est sain, élégant et précis. Mais comme on ne rencontre dans aucun des sujets qu’il a choisis, ni grands tableaux, ni grands mouvements, ni grandes idées, il ne peut être mis qu’au second rang des prosateurs. »

Jean le Rond d’Alembert était né à Paris, le 16 novembre 1717, et fut exposé sur les marches de Saint-Jean-le-Rond, église située près Notre-Dame, et aujourd’hui détruite. L’existence de cet enfant parut si frêle, que le commissaire de police qui le recueillit, au lieu de l’envoyer aux Enfants Trouvés, crut nécessaire de lui faire donner des soins particuliers, et le confia, dans cette vue, à la femme d’un pauvre vitrier. Peut-être avait-il déjà quelques instructions pour agir de la sorte : car, quoique les parents de d’Alembert ne se soient jamais fait connaître publiquement, peu de jours après sa naissance, ils réparèrent l’abandon où ils l’avoient laissé ; son père lui laissa douze cents livres de rente, revenu suffisant alors pour mettre au-dessus du besoin. Le temps a déchiré le voile dont ils avaient voulu se couvrir. On sait aujourd’hui que d’Alembert était fils de madame de Tencin, salonnière, femme célèbre par son esprit et par sa beauté, et de Destouches, commissaire provincial d’artillerie, au nom duquel on ajoutait le mot Canon, pour le distinguer de l’auteur du Glorieux.

Rien n’illustra plus d’Alembert que l’offre et le refus de l’emploi d’instituteur du fils de Catherine II, qui fut depuis Paul Ier. La lettre de l’impératrice s’adressait à l’amour-propre, le plus cher intérêt des écrivains, et celui auquel la philosophie même la plus vraie ne les fait jamais renoncer, puisqu’ils sont hommes.

D’Alembert mourut à 66 ans, et l’ouverture de son corps prouva ce qu’il avait craint de s’avouer en lui-même, qu’il avait la pierre, et qu’une opération sûre et facile eût pu prolonger ses jours, et peut-être pour bien des années. Mais il ne voulut jamais souffrir la sonde, et il avouait même que dans le cas où il serait avéré qu’il avait la pierre, il ne pourrait se résoudre à subir l’opération, et qu’il aimerait mieux mourir.

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