LA FRANCE PITTORESQUE
Procès retentissant intenté
aux maîtres apothicaires en 1671
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Publié le mardi 18 septembre 2012, par LA RÉDACTION
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L’enseignement de la pharmacie n’était assurée au XVIe siècle, en Europe, qu’à l’Université de Montpellier. Une création de chaire fut réalisée à Toulouse au début du XVIIe siècle, mais elle fut sans lendemain. A Paris c’étaient les maîtres-apothicaires eux-mêmes qui instruisaient les aspirants dans leurs boutiques et leur faisaient subir les épreuves de la maîtrise dans leur jardin de la rue de l’Arbalète
 

Cette organisation ne donnait pas aux candidats toutes les garanties suffisantes, ainsi qu’en témoigne un bien curieux procès.

Les apothicaires
Les apothicaires

Il s’agit de l’action qu’un certain Nicolas du Ruisseau, né en 1630, intenta à la communauté des maîtres-apothicaires de Paris à la suite de son échec à l’examen de maîtrise. Il était devenu apprenti chez un marchand apothicaire et épicier,, avait fait immatriculer son brevet d’apprentissage, fait un long voyage en Europe et en France. À son retour, il avait obtenu le privilège d’apothicaire de la Grande Ecurie du Roy et s’était établi rue Saint-honoré où il faisait de fort belles affaires.

En 1671, le désir lui vint de se faire recevoir dans la communauté des maîtres apothicaires de Paris : il présenta son certificat et versa les 900 livres exigées. Au moment de passer son examen, on exigea qu’il versât de nouveau une somme égale pour les jetons des maîtres et qu’il fasse les présents d’usage.

Du Ruisseau refusa en invoquant de récents arrêts du Parlement. La corporation essaya d’abord de renvoyer aux calendes grecques le premier examen, puis, obligée de s’exécuter, s’arrangea de façon à ce que le candidat fût refusé. Le postulant demanda à être examiné par la Faculté de Médecine ; mais ne pouvant l’obtenir, il publia en mai 1673 un factum pour révéler au public « les intrigues qui règnent dans les examens des aspirants à la maîtrise ».

Du Ruisseau y affirmait que ses examinateurs, après lui avoir extorqué de fortes sommes et quelques banquets dispendieux, avaient refusé de lui faire subir les dernières épreuves parce qu’il avait brusquement interrompu ses libéralités.

Le factum, c’est-à-dire le mémoire d’avocat qui fut imprimé à l’occasion de cette affaire, eut plusieurs éditions parce qu’il amusa beaucoup le public : la corporation des apothicaires transigea en rendant son brevet et son argent à du Ruisseau, qui chanta victoire dans une 2e édition de son libelle et en publia une troisième dans laquelle il intercala des scènes bouffonnes.

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