LA FRANCE PITTORESQUE
Monaldeschi (L’armure de), favori assassiné
(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1907)
Publié le lundi 11 janvier 2010, par LA RÉDACTION
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Parmi les souvenirs qui flottent épars au sein des somptueuses galeries du château de Fontainebleau, le sinistre drame de Monaldeschi reste l’un des plus poignants qui aient été vécus. Ce château, édifié par François Ier, fut le témoin, le 10 novembre 1657, d’un acte de sauvagerie commis par la reine Christine de Suède, de passage en France.
 

Elle séjournait au palais lorsqu’elle voulut clore brusquement une intrigue par l’assassinat de Monaldeschi, son favori, dans la galerie des Cerfs. La découverte de lettres au sein desquelles son grand écuyer et amant raillait son physique, l’aurait poussée à commettre ce forfait.

Marquis de Monaldeschi
Marquis de Monaldeschi

Le Père Lebel, qui assistait Monaldeschi comme confesseur, fit des efforts réitérés pour attendrir la royale amante, cruellement blessée dans son amour-propre. Mais il échoua. La reine rendit un arrêt inexorable, et son confesseur dut assister à toutes les stations douloureuses de l’exécution du marquis :

1° On lui porta, du côté droit, un coup dans l’estomac. Il le para, en partie, avec sa main droite, et se fit couper trois doigts. L’épée fut faussée, et les spadassins s’aperçurent qu’il était « garni » en dessous.

2° Le même sbire frappa alors une seconde fois, mais en pleine figure. Monaldeschi tomba à genoux, puis il se jeta à plat ventre.

3° Un autre garde le frappa alors sur le haut de la tête en lui emportant des os.

4° Monaldeschi supplia qu’on l’achevât en lui coupant la gorge, et le meurtrier lui donna deux ou trois coups de taille sur le cou, sans lui faire grand mal, car la cotte de mailles était montée avec un collet qui para le coup.

5° Enfin, on lui perça la gorge d’une épée assez longue et étroite, « duquel coup le marquis ne parla plus ».
Il mourut à trois heures un quart. On lui fit faire une bière, et on l’enterra deux heures après.

Cotte de mailles et épée exposées dès les années 1830 au château de Fontainebleau
Cotte de mailles et épée
exposées
dès les années 1830
au château de
Fontainebleau

La cotte de mailles et l’épée exposées dès les années 1830 dans la galerie de Diane du château de Fontainebleau n’étaient pas celles de Monaldeschi, comme on l’affirmait alors. Le marquis reçut un seul coup d’estoc et l’épée de l’exécuteur se plia sans pénétrer dans la poitrine. La tunique de fer, invisible sous le pourpoint, ne fut pas perforée, comme celle exposée. En outre, le tricot à grosses mailles était depuis longtemps abandonné au XVIIe siècle. Les cottes de 1657 pouvaient souvent passer par un bracelet, et leurs anneaux s’entrelaçaient si finement qu’une pointe n’aurait pu les traverser.

Du reste, le bon sens l’indique, Monaldeschi ne se serait pas protégé par une chemise de fer lourde et inefficace. Puis, autre argument : le tissu flexible portait certainement un collet sur lequel s’amortit le coup de taille, que l’on ne retrouve pas sur la casaque exhibée. Enfin, l’épée à quillons droits du seizième siècle, assez vulgaire, du reste, avec sa fusée tressée de fil d’archal, n’est pas plus authentique que l’autre pièce d’armure. Monaldeschi ne pouvait porter qu’une arme à gardes multiples, suivant la mode de l’époque, une de ces épées à coquille, dites rapières.

En réalité Monaldeschi, dit le Père Lebel, fut enterré à la hâte. Il est probable qu’on ne songea pas à le dévêtir. Si l’on imagine cependant que sa cotte ne le suivit pas dans son tombeau, et que l’on admet la légende des religieux du couvent des Mathurins, qui l’exhibèrent aux curieux dans leur bibliothèque jusqu’en 1793, qu’advint-il de l’armure par la suite ? Il faut suivre alors la cotte et l’épée à travers de nombreuses pérégrinations avec des étapes multipliées.

Christine de Suède
Christine de Suède

Selon une première version, on les déposa à l’École militaire de Fontainebleau, formée par Napoléon Ier, en 1806 ; elles suivirent le matériel à Saint-Cyr, puis furent déposées au musée d’artillerie de Saint-Thomas-d’Aquin, et réclamées ensuite par les Tuileries pour le musée de Pierrefonds, d’où elles revinrent à leur point de départ. D’après une seconde relation, ces reliques séjournèrent au couvent jusqu’au moment de sa démolition, en 1820, et vinrent au Musée d’artillerie, où elles figuraient en 1834, époque à laquelle elles retournèrent à Fontainebleau, que Louis-Philippe remeublait.

Or, sur les registres officiels, il ne subsiste aucune trace certaine des deux itinéraires, aller et retour, que prirent les souvenirs conservés de Monaldeschi. Erreur ou substitution dans le tohu-bohu des emballages ou dans les péripéties de la route ? Supercherie excusable des Mathurins pour meubler leur cabinet de curiosités ?

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