LA FRANCE PITTORESQUE
La musique : meilleure
des lotions capillaires ?
(D’après « Le Petit Français illustré », paru en 1902)
Publié le jeudi 28 novembre 2013, par LA RÉDACTION
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Qu’on se rassure, écrit Ch. Galbrun en 1902. Ceci n’est point une thèse, non plus que la traduction d’un chapitre d’Aristote. Le chapitre des chapeaux suffit à la gloire du célèbre philosophe et nous craindrions de perdre haleine dans notre péroraison, si nous voulions démontrer, avec preuves à l’appui, que la musique conserve leurs cheveux à ceux qui la pratiquent ou que la chevelure prédispose certains individus à l’exercice de musique.
 

Nous désirons seulement rechercher si les musiciens figurent dans leurs portraits avec ou sans cheveux et s’il est raisonnable de continuer à croire qu’on doit fatalement écrire de la musique ou en exécuter parce qu’on est doté d’une chevelure absalonienne.

Cependant, notre tâche va se trouver abrégée, la musique étant un art essentiellement moderne. Il est bien certain qu’on a fait de la musique dès les âges les plus éloignés de nous et qu’Adam et Eve ont émis des sol et des ré sans s’en douter, comme M. Jourdain parlait en prose ; mais la musique, enrichie de toutes ses ressources, ne date guère que de deux siècles.

Ludwig van Beethoven travaillant à la Missa Solemnis. Peinture de Joseph Karl Stieler (1820)
Ludwig van Beethoven travaillant à la Missa Solemnis.
Peinture de Joseph Karl Stieler (1820)

Aux XVe et XVIe siècles, les compositeurs négligeaient de se faire « portraicturer » et les effigies des plus célèbres d’entre eux sont rares. Elles n’abondent qu’à partir du XVIIIe siècle, à l’époque où, malheureusement, il nous est impossible de poursuivre nos investigations.

Et pourquoi, direz-vous ? Parce que la perruque commence à apparaître dans la mode et que tous les musiciens dont les noms nous ont été conservés sont pourvus de cet encombrant ajustement. Comme nous ne voulons pas être dupes, nous abandonnerons les porteurs de perruques des siècles passés pour réserver notre attention aux compositeurs du XIXe siècle, et à ceux seulement qui ont déjà quitté celte vallée de larmes.

Le père de la musique moderne, le grand Beethoven, avait une chevelure magnifique, à vagues tumultueuses, à mèches ourlées et capricieuses qui donnaient à sa physionomie un caractère de puissance qui semble correspondre à son immense talent. Cimarosa, Dalayrac, Lesueur, étaient pourvus de belles chevelures, roulées ou frisées à la mode d’alors. Dans le beau portrait d’Ingres, du Musée du Louvre, Chérubini est représenté avec des cheveux d’un beau gris, naturellement bouclés ; Méhul, l’auteur de Joseph et du Chant du départ, a le visage orné de longues « anglaises » qui encadrent joliment ses traits.

Spontini et Boïeldieu, même dans leur vieillesse, sont copieusement doués au point de vue capillaire. Auber a dû avoir des cheveux dans sa jeunesse, mais les dernières effigies qu’on a conservées de lui le représentent avec un petit « toupet » qui pourrait bien cacher quelque subterfuge de coquetterie. Weber, au front tragique, à l’allure si romantique, devait porter les cheveux longs, mais, à la manière dont il les disposait, je crois deviner des éclaircies au sommet du crâne. Arrêtons-nous ici. Voilà un chauve ! C’est Hérold qui, quoique mort très jeune, ne devait posséder que juste ce qu’il convenait de cheveux pour laisser croire que la nature ne l’avait pas complètement oublié.

Schumann, Rossini, Meyerbeer, étaient chevelus ; Schubert avait les cheveux drus et frisés et je m’imagine volontiers, en examinant son portrait, qu’il devait les avoir durs et rebelles. Donizetti, Halévy, Bellini étaient chevelus. Berlioz portail une des chevelures les plus caractéristiques qu’on pût voir ; elle avait l’apparence, tantôt d’un roc inaccessible, tantôt d’une vague furieuse, suivant que la tète était relevée ou baissée. Mendelssohn, Félicien David, Listz, avaient de beaux cheveux, Listz surtout, qui les a conservés jusque dans sa vieillesse. Wagner avait adopté une coiffure qui accentuait la carrure de sa tête ; les toques de velours qu’il portait volontiers en dissimulaient une partie.

Ambroise Thomas était toujours « mal peigné ». Une personne qui le connaissait de longue date disait de lui qu’il se « peignait avec un clou ». Je n’en crois rien, mais les apparences sont conformes à cette allégation, car Ambroise Thomas avait le chef recouvert d’une toison quelque peu en broussailles. Même dans sa vieillesse, Verdi avait conservé ses cheveux. Une calvitie légère avait atteint Gounod, mais il a gardé, pendant toute sa vie, une chevelure très souple qui s’harmonisait complètement avec la douceur de ses yeux et la finesse de sa barbe. Victor Massé était chauve. Bizet, par contre, avait de très beaux cheveux et en grande abondance.

En résumé, les compositeurs dépourvus de cheveux sont très rares, nous avons pu en citer deux seulement : Hérold et Victor Massé. C’est peu ! Décidément, la musique est la meilleure des lotions capillaires !

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