LA FRANCE PITTORESQUE
13 août 1732 : première représentation
de Zaïre, tragédie de Voltaire
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Publié le dimanche 12 août 2012, par LA RÉDACTION
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« Quatorze ans, dit La Harpe s’étaient écoulés depuis Œdipe, et Voltaire avait échoué successivement dans Artémire, dans Marianne, dans Eryphile et Brutus, qui n’avaient montré qu’au petit nombre de juges éclairés et équitables ce que l’auteur pouvait faire. Brutus était resté bien au-dessous d’OEdipe dans l’opinion de la multitude, qui ne juge que sur le succès du théâtre...

« Je tiens de la bouche même de Voltaire, que les plus beaux esprits de ce temps, que madame de Tencin rassemblait chez elle, et à leur tête Fontenelle et Lamotte, engagèrent cette dame à lui conseiller de ne plus s’obstiner à suivre une carrière pour laquelle il ne semblait pas fait, et d’appliquer à d’autres genres le grand talent qu’il avait pour la poésie ; car alors on ne le lui disputait pas.

« C’est depuis que son talent pour la tragédie » eut éclaté de manière à ne pouvoir être mis en doute, qu’on s’avisa de lui contester celui de la poésie. Ainsi les sottises de la haine et de l’envie varient selon les temps et les circonstances ; mais l’envie et la haine ne changent point. Je demandai à Voltaire ce qu’il avait répondu à ce beau conseil : Rien, me dit-il, mais je donnai Zaïre. »

Cette réponse était, en effet, la meilleure de toutes, et celle qui ne manque jamais au génie. Zaïre, que l’auteur du Cours de littérature proclame la plus touchante de toutes les tragédies qui existent, et à laquelle nulle œuvre plus récente n’a pu enlever ce titre, fut conçue et écrite en dix-huit jours. Le succès passa les espérances même de l’auteur. Jamais l’amour, passion despotique au théâtre, ne s’était produit avec autant d’énergie, ou, pour parler plus exactement, de fureur. Un élément nouveau entrait dans l’art des Corneille et des Racine, et, sans aucun doute, Voltaire l’avait emprunté aux inspirations du vieux Shakespeare. Le christianisme et l’histoire de France apparaissaient, pour la première fois, sur la scène. Enfin une actrice charmante, mademoiselle Gaussin, remplissait le principal rôle de Zaïre.

Depuis le jour de la première représentation de cette pièce, jusqu’à celui où Lekain joua le rôle d’Orosmane, ce fut celui de Zaïre que l’on regarda comme le principal. A compter de cette époque, la chance tourna, et Zaïre disparut devant Orosmane. La critique s’est lassée à relever les invraisemblances de ce chef-d’œuvre : s’il y avait encore des acteurs capables de le jouer, le public ne se lasserait pas d’y pleurer et de l’applaudir.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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