LA FRANCE PITTORESQUE
8 août 1817 : mort de Pierre-Samuel
Dupont de Nemours
()
Publié le mardi 7 août 2012, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article

La littérature et les sciences préparèrent Dupont de Nemours au rôle d’homme d’Etat. Venu au monde cent ans plus tôt, il eût été poète, philosophe, et rien de plus : il eût rêvé le bonheur public sans pouvoir y travailler lui-même. Mais il naquit à Paris vers la fin de 1739, et, à l’époque où ses premiers succès le firent connaître, une grande révolution s’opérait dans les esprits, en attendant celle qui devait s’opérer dans les choses. A vingt ans, il publia des réflexions sur un livre intitulé Richesses de l’Etat, et cet opuscule l’introduisit dans la société des économistes. Bientôt il rédigea plusieurs Mémoires à l’appui de sa doctrine ; il entreprit ou continua plusieurs publications utiles, dont le fardeau pesait presque entièrement sur lui.

Quand Turgot fut appelé au ministère des finances, Dupont quitta les fonctions qu’il remplissait en Pologne pour venir occuper une place auprès de son ami. La disgrâce ne se fit pas attendre. Exilé verbalement par de Maurepas, Dupont se retira dans une terre du Gatinais, où l’agriculture et la poésie le consolèrent. En 1783, de Vergennes le chargea de poser les bases du traité qui termina la guerre de l’indépendance américaine, et celles d’un traité de commerce avec l’Angleterre. En 1788, il fut nommé conseiller d’Etat, secrétaire de l’assemblée des notables, et, lors de la convocation des Etats-Généraux, le bailliage de Nemours le choisit pour son député. Il avait une telle habitude des matières d’administration et de finances, que le travail de ce comité passait en grande partie par ses mains.

Il fut élu plusieurs fois secrétaire et deux fois président. Par une conduite et des opinions également honorables, il justifia des suffrages qui n’étaient pas de nature à éloigner de lui le danger. En plusieurs occasions, et notamment à l’issue de la séance où il avait combattu la création des assignats, Dupont manqua de payer de sa vie sa noble indépendance. Proscrit après le 10 août, il fut arrêté peu de jours avant le 9 thermidor, dont l’événement le sauva de l’échafaud.

Appelé en septembre 1795 au conseil des Anciens, il eût été compris parmi les victimes du 18 fructidor, si Chénier, son collègue à l’Institut, ne l’eût fait heureusement passer pour octogénaire, bien qu’il n’eût encore que soixante ans. Alors Dupont de Nemours fit voile pour l’Amérique, où l’on se souvenait de la part qu’il avait prise au traité de 1783. Il se fixa dans le Jersey, près de New-York, se livrant aux travaux agricoles, et s’occupant d’observations sur l’histoire naturelle et sur l’économie politique. Quelque temps après le 18 brumaire, il revint en France, rentra à l’Institut, fut admis à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, et, en 1805, nommé secrétaire, puis président de la société de commerce.

Malgré les travaux immenses que lui demandaient ces diverses sociétés, il concourait à la rédaction d’un grand nombre de recueils, tels que le Mercure, les Archives littéraires, la Bibliothèque française, la Revue philosophique, etc. Nommé conseiller d’Etat et membre de la Légion d’honneur par la première restauration, au retour de Napoléon il repartit pour l’Amérique : il y mourut entouré de ses enfants. Voici quelques-unes des idées éparses dans les écrits de cet homme justement célèbre. « La paresse n’est pas un vice ; c’est une rouille qui détruit toutes les vertus. — Contre la justice et la raison, l’esprit n’a que des armes de verre. — Une loi universelle de la nature veut que tout attachement durable perfectionne le cœur qui l’éprouve. »

Dupont de Nemours regardait la femme comme l’être le plus parfait, « Celui, disait-il, auquel le Créateur a donné un besoin, l’amour ; une affaire, l’amour ; un devoir, l’amour ; une récompense, l’amour : ce don céleste et ses trois branches, l’amour filial, l’amour conjugal, l’amour maternel, dont les rameaux, les fleurs et les fruits couvrent depuis l’enfance jusqu’à la caducité, et répandent un tel bonheur que nul être, digne d’en savourer les délices, ne voudrait d’une vie d’où ils seraient bannis. »

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE