LA FRANCE PITTORESQUE
28 juillet 1488 : bataille de Saint-Aubin,
et fin de la « Guerre folle »
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Publié le lundi 27 juillet 2015, par LA RÉDACTION
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Pendant qu’on négociait le mariage de Maximilien et de la future duchesse de Bretagne — Maximilien de Habsbourg, veuf de Marie de Bourgogne, morte en 1482 et fille unique de Charles le téméraire, duc de Bourgogne —, une armée de douze mille Français se mit en marche au mois de mars 1488, sous la conduite de La Trémouille, et fit une nouvelle irruption en Bretagne.

Châteaubriant, Ancenis, Fougères, furent prises par les Français. Les Bretons reprirent Vannes ; mais cette conquête ne réparait point leurs pertes. Les deux armées se trouvèrent en présence, l’une postée près du village d’Andouillé, l’autre à Saint-Aubin-du-Cormier. On voyait, dans l’armée de François Ier, des Bretons, des Anglais, des Allemands, des Gascons et des Espagnols. Le duc d’Orléans et le sire d’Albret s’y trouvaient. Au milieu de la nuit le quartier du prince français fut éveillé par une alerte. On prit les armes précipitamment ; les assaillants étaient les troupes du sire d’Albret et du maréchal de Rieux. On les accusa d’avoir médité une surprise nocturne, une trahison ; le duc d’Orléans fut accusé lui-même d’être d’intelligence avec le roi. On répandit parmi les troupes bretonnes qu’il avait le projet de passer aux Français ; et ce prince, pour donner une preuve de sa loyauté, se vit forcé de déclarer qu’il resterait à pied au milieu de l’infanterie pendant la bataille.

Cette bataille eut lieu le 28 juillet 1488. L’avant-garde bretonne, commandée par le maréchal de Rieux, repoussa la première ligne française, mais un mouvement des Allemands pour se mettre à l’abri de l’artillerie ayant rompu la ligne de bataille du duc, la cavalerie française la chargea et la coupa. Le carnage devint général. Six mille Bretons furent tués. Le duc d’Orléans et le prince d’Orange furent pris. Cette bataille marquait la fin de la Guerre folle, coalition de seigneurs s’opposant à Anne de Beaujeu, régente du royaume entre 1483 et 1491.

Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier
Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier

Le soir, Louis de la Trémoille — commandant l’armée royale avec Jean de Baudricourt et Jean de Rohan — retint à souper le duc d’Orléans et le prince d’Orange, ainsi que les officiers français et étrangers faits prisonniers. Le duc, prince du sang, eut la place d’honneur, le prince d’Orange s’assit à côté de lui, le général se mit en face d’eux. Au dessert, deux franciscains furent introduits : la terreur s’empara des convives, persuadés que ces moines n’avaient été appelés que pour les préparer à la mort. Un silence morne régnait dans l’assemblée ; La Trémoille prit la parole : « Prince, dit-il au duc d’Orléans, je n’ai aucun pouvoir sur vous, et quand j’en aurais, je ne voudrais pas en faire usage. C’est au roi seul qu’il appartient de vous juger. Mais quant à ceux qui, en donnant lieu à cette guerre, ont manqué à leurs serments, et violé la discipline militaire, ils payeront de leur tête ce crime de lèse-majesté : ces moines sont là pour les confesser. » Les deux princes prièrent La Trémoille de sauver des hommes, coupables seulement de les avoir servis ; La Trémoille fut inflexible : les officiers français furent décapités, et les princes envoyés à la gouvernante, qui fit emprisonner le duc d’Orléans.

La prise de Dinan et de Saint-Malo fut la conséquence de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier. Une armée de huit mille Anglais, arrivée au secours du duc de Bretagne, ne put empêcher ce prince découragé de demander la paix au roi de France, dans une lettre où il se reconnaissait son sujet. Par le traité, signé au château du Verger, en Anjou, le 21 août 1488, toutes les prétentions du roi Charles VIII sur les États du duc de Bretagne, à défaut d’héritiers mâles, furent réservées ; le roi garda comme nantissement Fougères, Dinan, Saint-Aubin-du-Cormier, et Saint-Malo. Le duc s’obligea à renvoyer toutes les troupes étrangères, et à ne jamais en rappeler dans ses États ; enfin, il se soumit à ne marier ses filles qu’avec le consentement du roi.

Cette dernière condition renversait tous les projets du duc de Bretagne, qui mourut deux mois plus tard d’une chute de cheval, le 9 septembre 1488.

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