LA FRANCE PITTORESQUE
17 juillet 1429 : Charles VII
est sacré à Reims
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Publié le samedi 16 juillet 2016, par LA RÉDACTION
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On sait que les deux points de la mission de Jeanne d’Arc étaient de faire lever le siège d’Orléans aux Anglais, et ensuite de mener sacrer le roi à Reims.

Les Anglais furent chassés de devant Orléans le 8 mai 1429 ; mais le second point de la mission paraissait moins facile à remplir. Il ne s’agissait de rien moins que de traverser quarante lieues de pays occupé par les ennemis, de prendre d’assaut toutes les places, depuis Orléans jusqu’à Reims, qui était au pouvoir des Anglais ; cette entreprise paraissait contraire à toutes les règles de la prudence humaine. La confiance qu’on avait dans le courage et dans les promesses de l’héroïne miraculeuse, entraîna Charles VII et son conseil.

De toutes les places qui se trouvèrent sur la route du roi, les unes se rendirent, les autres furent emportées d’assaut. Quittant Châlons-en-Champagne où l’armée du dauphin, à l’avant de laquelle elle marchait toujours, avait passé la nuit du 14 juillet, Jeanne d’Arc arriva près de Reims le 15. A son approche, la garnison, qui n’était que de six cents hommes commandés par les seigneurs de Châtillon-sur-Marne et de Saveuse, sortit de la ville.

Les habitants se réunirent pour délibérer ; « et il y en avoit lors aucuns de bonne volonté, lesquels commencèrent à dire qu’il falloit aller devers le roy, et le peuple respondit lors tout saudain qu’on y envoyast : et y envoya-t’on des notables gens de la ville, tant d’église qu’autres ; enfin, après plusieurs requestes qu’ils faisoient, sur lesquelles on trouva des expédiens, ils délibérèrent et conclurent de laisser entrer le roy, avec l’archevesque d’icelle ville, et leur compagnée dedans.

« L’archevesque n’avoit point encore fait son entrée, laquelle il fit le samedy matin (16 juillet), et après le disner sur le soir, le roy avec ses gens entra dedans la ville, où Jehanne la Pucelle estoit fort regardée. Là vinrent par devers luy les ducs de Bar et de Lorraine, et le seigneur de Commercy, bien accompagnez de gens de guerre, s’offrant à son service.

Sacre de Charles VII à Reims par l'archevêque Charles de Chartres, par Jules Lenepveu
Sacre de Charles VII à Reims par l’archevêque Charles de Chartres, par Jules Lenepveu

« Le lendemain, qui fust le dimanche, on ordonna que le roy prendroit et recevroit son digne sacre, et toute la nuict fit-on grande diligence, à ce que tout fust prest au matin, et ce fust un cas bien merveilleux ; car on trouva en ladite cité toutes les choses nécessaires, qui sont grandes, et si ne pouvoit avoir celles qui sont gardées dans Sainct-Denys en France. Or, pource que l’abbé de Sainct-Remy n’a pas accoustumé de bailler la saincte ampoulle, sinon en certaine forme et manière, le roy y envoya le seigneur de Rays, mareschal de France, le seigneur de Boussac et de Saincte-Severe, aussi mareschal de France, le seigneur de Graville, maistre des arbalestriers, et le seigneur de Culant, admiral de France, lesquels firent les sermens accoustumez, c’est à sçavoir, de la conduire seurement, et aussi reconduire jusques en l’abbaye : après quoy ledit abbé l’apporta estant revestu d’habillemens ecclésiastiques, bien solennellement, et dévotement dessous un poille, jusques à la porte devant l’église Sainct-Denys, là où l’archevesque, revestu d’habits sacerdotaux, accompagné de chanoines, l’alla quérir, et l’apporta dedans la grande église, et la mit sur le grand autel.

« Lors vint le roy au lieu qui luy avoit esté ordonné, vestu et habillé de vestemens à ce propices ; puis l’archevesque luy fist faire les sermens accoustumez, et ensuite il fust fait chevalier par le duc d’Alençon ; par après l’archevesque procéda à la consécration, gardant tout au long les cérémonies et solennités contenues dans le livre pontifical. Le roy y fit le seigneur de Laval comte, et il y eut plusieurs chevaliers faits par les ducs d’Alençon et de Bourbon. Là estoit présente Jehanne la Pucelle, tenant son estendart en sa main, laquelle en effet estoit, après Dieu, cause dudit sacre et couronnement, et de toute cette belle assemblée. Et qui eût veu cette Pucelle accoller le roy à genoux par les jambes, et luy baiser le pied en pleurant à chaudes larmes, il en eût eu pitié ; mesme elle provoquoit plusieurs à pleurer, en disant : Gentil roy, or est exécuté le plaisir de Dieu, qui vouloit que vinssiez à Rheims recevoir vostre digne sacre, en monstrant que vous estes vray roy, et celuy auquel le royaume doit appartenir. »

Charles VII fut sacré à Reims le 17 juillet, et recouvra une grande partie de son royaume. Après la célébration du couronnement, Jeanne se jeta aux genoux du roi et le supplia, versant des larmes, de lui permettre de se retirer, puisque sa mission était accomplie. Son père, Jacques d’Arc, son oncle et ses frères, s’étaient rendus à Reims pour la voir ; les embrassades de sa famille, après une si longue absence, lui faisaient désirer ardemment de rentrer dans l’humble condition dont elle n’était sortie qu’à regret.

« Plût à Dieu mon créateur, dit-elle à l’archevêque de Reims, que je pusse maintenant partir, abandonnant les armes, et aller servir mon père et ma mère, en gardant leurs brebis, avec ma sœur et mes frères, qui moult se réjouiraient à me voir ! »

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