LA FRANCE PITTORESQUE
Petit homme rouge des Tuileries (Le) :
lutin annonçant des événements funestes
(D’après « Revue des traditions populaires », paru en 1889)
Publié le jeudi 22 janvier 2015, par LA RÉDACTION
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D’après une tradition ancienne, ce petit lutin se montrait chaque fois qu’une catastrophe menaçait le souverain : de Marie de Médicis à Napoléon, tous redoutaient le petit homme rouge
 

Lorsque les Tuileries eurent été construites par Catherine de Médicis, elle vint y demeurer ; mais presque aussitôt, elle prit ce séjour en horreur et le quitta pour toujours. Elle déclara qu’un petit monstre rouge s’était établi dans le palais, apparaissant et disparaissant au gré de son caprice ; que non seulement elle l’avait vu, mais qu’il lui avait, prédit qu’elle mourrait près de Saint-Germain.

Bonaparte et le petit Homme Rouge
Bonaparte et le petit Homme Rouge

Les Tuileries étant trop près de Saint-Germain l’Auxerrois, elle quitta le palais pour aller demeurer à l’hôtel de Soissons ; elle ne voulut jamais aller à Saint-Germain-en-Laye, ni visiter l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Toutefois elle ne put éviter sa destinée. Ayant demandé au confesseur qui l’assistait à son lit de mort, quel était son nom, il répondit qu’il se nommait Laurent de Saint-Germain, elle poussa un cri et expira.

Le petit homme rouge se montra pendant la nuit du 14 mai 1610, lorsque Henri IV tomba sous le couteau de Ravaillac. Une nouvelle apparition présagea les troubles de la Fronde durant la minorité de Louis XIV ; le matin qui suivit le départ de Louis XVI pour Varennes, où il fut arrêté, on vit ce mystérieux petit lutin couché dans le lit du roi ; on le vit encore en 1793.

On dit qu’un soldat qui gardait les restes de Marat aux Tuileries mourut de peur en l’apercevant. On a aussi cru que Napoléon Ier recevait la visite d’un esprit familier, qui était, assure-t-on, identique au petit homme rouge. Il apparut pour la première fois, à ce qu’on dit, au petit caporal, au Caire, peu de jours après la bataille des Pyramides, et prédit au jeune général sa destinée future. M. de Segur, dans son Histoire de la campagne de Russie, dit que l’empereur reçut à minuit plusieurs avertissements mystérieux pendant l’hiver qui précéda la campagne de Russie.

Les Anecdotes de Napoléon et de sa cour rapportent que le mois de janvier de cette année, le petit homme rouge apparut à une sentinelle placée dans l’escalier du château et lui demanda s’il pouvait parler à l’empereur. Le soldat lui ayant répondu que non, le lutin le poussa, et le laissant incapable de se mouvoir, s’élança sur les marches, et personne ne l’arrêtant, arriva au salon de la Paix et demanda à un chambellan s’il pouvait voir l’empereur. M. d’A... répondit que personne ne pouvait entrer sans permission. « Je n’en ai pas, répondit l’esprit ; mais allez lui dire qu’un homme vêtu de rouge, qu’il a connu en Egypte, désire l’entretenir. »

Dès que Napoléon l’eut vu, il s’enferma avec lui dans son cabinet ; la conversation fut longue ; on en entendit quelques mots : l’empereur semblait demander quelque faveur qu’on lui refusait. Enfin la porte s’ouvrit, l’homme rouge sortit et passa rapidement dans les corridors et disparut dans le grand escalier, par lequel on ne le vit pas descendre. Celte histoire, vraie ou non, courut tout Paris, et plus d’une personne fut arrêtée par la police pour l’avoir répétée.

L'homme rouge arrête les derniers efforts du tyran et la mort lui montre le seul chemin ouvert pour sortir de son exil
Estampe satirique : « L’homme rouge arrête les derniers efforts du tyran
et la mort lui montre le seul chemin ouvert pour sortir de son exil »

Sous la Restauration, l’homme rouge se montra plusieurs jours avant l’assassinat du duc de Berry, et il apparut à Louis XVIII sur son lit de mort. Nous ne savons si la chanson de Béranger a été inspirée par un bruit populaire, d’après lequel le petit homme rouge se serait montré vers la fin du règne de Charles X. Il serait aussi intéressant de savoir si en 1830, en 1848,1852,1870,1871, la rumeur populaire a mentionné de nouvelles apparitions.

Lorsque le célèbre ethnologue breton Paul Sébillot publia en 1885, dans l’Homme, une esquisse des Légendes de Paris, il adressa ce petit travail à de Ronchaud, alors directeur des Musées nationaux, en le priant de demander aux vieux gardiens du Louvre et des Tuileries, si quelque souvenir du petit homme rouge subsistait encore, s’il avait déménagé après l’incendie, et si le Louvre avait aussi son démon familier. De Ronchaud répondit à Sébillot qu’on n’avait pu lui donner aucun renseignement.

Il est vraisemblable que d’autres palais ont eu aussi leur génie familier : peut-être le petit homme rouge venait-il du palais des Tournelles ou de l’hôtel Saint-Paul, après avoir précédemment été attaché au palais de la Cité et au palais des Thermes. Il ne serait pas impossible de rencontrer des mentions analogues dans les anciens historiens. Le Palais-Royal, le Luxembourg, l’Hôtel de Ville, d’autres demeures parisiennes détruites, ou encore debout, on pu aussi avoir des génies familiers.

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