LA FRANCE PITTORESQUE
Emerveillement des enfants et parents
devant le phonographe
(D’après « Ma Revue hebdomadaire illustrée », paru en 1908)
Publié le vendredi 14 octobre 2016, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article
Au début du XXe siècle, le chroniqueur scientifique Emile Gautier évoque l’émerveillement que suscite le phonographe, appareil révolutionnaire, source d’amusement pour les enfants, et de joie pour les parents
 

Si l’on prenait cent personnes au hasard, dans la rue, et qu’on leur posait, à brûle-pourpoint, cette indiscrète question : « À quoi sert le phonographe ? » Il y en aurait sans doute au moins cinquante à répondre, après une courte hésitation : « Le phonographe ? Mais... Mais... il sert à amuser les enfants ! », affirme Emile Gautier.

La réponse ne serait déjà pas si bête, à la condition d’ajouter ou de sous-entendre que, tout en amusant les « gosses », le phonographe sert aussi à amuser les grandes personnes, dont les plus graves redeviennent volontiers enfants à leurs heures.

Rien de plus exact, en réalité, et tel est bien le rôle des millions de phonographes et de gramophones, avec leur répertoire de cylindres et de disques variés, qui courent aujourd’hui le monde, un rôle, après tout, qui n’est point à dédaigner. Il s’en faut, car la vie n’est point, en soi, une partie de plaisir, et, en général, elle n’est pas assez gaie pour qu’il soit inutile d’y mêler un peu de distraction et d’agrément.

L’amusement, d’ailleurs, est loin d’être l’unique usage du phonographe. Dans tous les cas où la parole humaine compte pour quelque chose, le phonographe peut, en effet, la suppléer, parfois avec avantage, en ce sens qu’il ne dépend, lui, au moins dans une certaine mesure, ni de l’espace, ni du temps, puisque ni la distance ni l’âge ne lui ferment... la bouche.

Tout ce numéro y passerait s’il me fallait dresser, ajoute Emile Gautier, la liste complète des services qu’il a rendus et qu’il ne cesse de rendre à la politique, à la publicité, à la propagande, à la pédagogie, à la philologie, à la médecine, à la justice elle-même, aux affaires, â la stratégie, etc. L’imagination de mes lecteurs peut, sur tous ces points, à défaut de leur mémoire, se donner libre carrière : il y a, comme l’on dit, de la marge.

Mais, ne fût-il qu’un « amuseur » pur et simple, songez que l’amusement offert par le phonographe ne consiste pas seulement à mettre à la disposition des auditeurs, en tout temps et en tout lieu, l’écho fidèle du morceau favori des plus grands artistes, des plus magnifiques exécutions musicales, de l’opéra ou de la chansonnette à la mode.

Songez qu’il peut également donner l’illusion de la voix du père ou de l’ami en train de dormir sous six pieds de terre l’éternel sommeil, ou du fils, du frère, de l’époux absent. Et force vous sera bien de confesser que ni le sentimentalisme, ni la piété, ni la tendresse n’ont rien à y perdre.

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE